C'est l'un des prix d'ingénierie les plus suivis du continent. Le 28 octobre 2026, la Royal Academy of Engineering britannique désignera à Johannesburg le lauréat de la 12e édition de l'Africa Prize for Engineering Innovation. Quatre finalistes ont été annoncés le 28 septembre : deux Kenyanes, un Sud-Africain et, pour la première fois, un ingénieur nigérien, selon le communiqué officiel.
Likita Care, un équipement médical « made in Niger »
Mamane Kabirou Ousseini est le premier ingénieur du Niger retenu dans le programme de l'Africa Prize, souligne la Royal Academy of Engineering. Son entreprise, Likita Care, a mis au point une plateforme de surveillance médicale fabriquée localement, pensée pour les hôpitaux et les centres de santé.
Le kit réunit un électrocardiographe, un cardiotocographe (pour le suivi du rythme cardiaque du fœtus pendant la grossesse) et un thermomètre frontal. Selon le communiqué, il permet de :
- suivre 12 paramètres vitaux chez l'adulte, le nouveau-né et le fœtus ;
- surveiller simultanément 10 à 20 patients depuis un tableau de bord, avec des fonctions de télémédecine et des protocoles cliniques numériques ;
- analyser les signes vitaux en temps réel grâce à un module d'intelligence artificielle qui fonctionne hors ligne, d'après la présentation des 16 présélectionnés.
Les appareils sont produits au Niger par impression 3D, découpe numérique (CNC) et assemblage électronique. Un atout pour réparer vite et dépendre moins des importations : les réparations sur site peuvent être faites en moins de 24 heures, indique le communiqué.
Des premiers résultats sur le terrain
Toujours selon la Royal Academy of Engineering, Likita Care a mené des essais cliniques sur plus de 100 patients, recueillant plus de 4 000 données. Plus de 70 unités ont été déployées au Niger, et cinq centres médicaux utilisent activement la technologie, confirme le média kényan TechTrends. L'entreprise prévoit de construire une usine au Niger et étudie des débouchés dans les pays voisins.
Les trois autres finalistes
Pee-Cycling (Afrique du Sud). Porté par l'ingénieur chimiste Dyllon Randall, ce système modulaire transforme l'urine en engrais liquide et récupère une eau réutilisable. Une unité de 12 à 15 m² traite jusqu'à 3 000 litres par jour. L'installation du stade du Cap est opérationnelle et a collecté 3 600 litres lors d'un match de rugby Afrique du Sud-Nouvelle-Zélande, rapporte Cape Town Etc.
Renal Roads (Kenya). L'infirmière Naom Monari a installé une clinique de dialyse complète dans un conteneur maritime de 40 pieds monté sur remorque : quatre machines, traitement de l'eau par osmose inverse, alimentation solaire. L'unité visite en moyenne trois communautés par semaine et peut assurer jusqu'à 400 séances par mois, prises en charge par l'assurance maladie nationale kényane.
MoyoECG (Kenya). La médecin Alice Muhuhu a conçu un électrocardiogramme portable et sans fil, couplé à une IA capable de reconnaître plus de 50 pathologies cardiaques, dont la fibrillation auriculaire. Lors des premiers projets pilotes, le temps d'interprétation d'un ECG est passé d'environ 30 minutes à moins de cinq, même avec une connexion internet instable, selon TechTrends.
Un Sénégalais parmi les présélectionnés
L'Afrique francophone était aussi représentée dans la présélection de 16 innovateurs issus de 11 pays, dévoilée en mars. Outre Likita Care, on y trouvait le Sénégalais Moustapha Diop et sa plateforme Jangalma, qui utilise l'IA pour accompagner les élèves du secondaire en Afrique francophone. Tous les présélectionnés ont suivi huit mois de formation en gestion d'entreprise et bénéficié de mentors techniques et commerciaux.
Ce qui se joue le 28 octobre
La finale se tient au NH Johannesburg Sandton, avec un début de soirée prévu à 17 h 30, heure sud-africaine, d'après la page de l'événement. L'entrée est gratuite sur inscription, et une retransmission en ligne est proposée sur inscription séparée. La soirée sera animée par l'ancien rugbyman sud-africain Bryan Habana.
- Lauréat : 50 000 livres sterling (environ 57 000 euros) ;
- Trois autres finalistes : 10 000 livres chacun ;
- Prix « One-to-Watch » : 5 000 livres, attribué par le vote du public parmi les autres présélectionnés.
« La présélection de cette année illustre clairement l'extraordinaire diversité des talents en ingénierie », a déclaré Rebecca Enonchong, présidente du jury et fondatrice d'AppsTech, dans le communiqué officiel.
Un tremplin pour l'innovation africaine
Créé en 2014, l'Africa Prize a soutenu 165 entreprises de 22 pays, qui emploient plus de 40 000 personnes et touchent plus de 11 millions de bénéficiaires, selon la Royal Academy of Engineering. Le lauréat 2025, le Kényan Elly Savatia, avait été récompensé pour Terp 360, développé par sa société Signvrse.
FAQ
Qu'est-ce que l'Africa Prize for Engineering Innovation ? Un prix créé en 2014 par la Royal Academy of Engineering britannique. Il accompagne pendant huit mois des ingénieurs d'Afrique subsaharienne et récompense le meilleur projet par 50 000 livres sterling.
Qui est Mamane Kabirou Ousseini ? Le fondateur de Likita Care et le premier ingénieur nigérien retenu dans le programme. Sa plateforme fabriquée au Niger surveille 12 paramètres vitaux chez l'adulte, le nouveau-né et le fœtus.
Comment suivre la finale ? La finale a lieu le 28 octobre 2026 à Johannesburg. Elle est gratuite sur inscription, sur place ou en ligne, via le site de la Royal Academy of Engineering.
