Ce que change la naissance de l’armée AES
La création de la force conjointe donne un cadre opérationnel à la coopération sécuritaire scellée dès 2023 par l’Alliance des États du Sahel (AES), puis consolidée en Confédération à l’été 2024. Elle intervient après la sortie formelle des trois pays de la CEDEAO en janvier 2025, qui a accéléré la mise en place d’outils propres de défense et de sécurité régionale.
Une chaîne de commandement et un état-major dédiés
Selon la presse officielle nigérienne, l’état-major de la Force unifiée s’est installé à la base 101 de Niamey à partir de novembre 2025. Le commandement opérationnel a été confié au colonel Éric Dabiré (Burkina Faso), chargé de conduire les opérations contre les groupes armés dans la zone tri-frontalière et au-delà. (Les autorités n’ont pas détaillé publiquement les effectifs ni le calendrier des premiers déploiements.)
Un lancement très politique
La cérémonie du 20 décembre, qualifiée de « tournant » par plusieurs médias, s’inscrit dans une séquence plus large : session confédérale des ministres AES à Bamako les 20–21 décembre et sommet des chefs d’État annoncé pour renforcer l’architecture de coopération. L’objectif affiché : donner à l’armée AES une capacité de planification et d’intervention communes, en s’appuyant sur des règles d’engagement harmonisées et un partage de renseignement.
Pourquoi maintenant ?
La région fait face à une pression persistante de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Malgré des succès ponctuels, la courbe des attaques demeure élevée, notamment au Niger et dans la zone dite « des trois frontières ». Les autorités du Sahel défendent l’idée qu’une armée AES structurée, dotée d’un état-major unique et d’opérations conjointes planifiées, est plus à même de reprendre l’initiative.
Ce que l’on sait (et ce que l’on ignore encore)
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Acté : l’entrée en service de la Force unifiée AES via la remise officielle de l’étendard à Bamako ; la participation des trois armées nationales ; la création d’un état-major commun.
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Indiqué par des sources officielles locales : implantation de l’état-major à Niamey – base 101 et conduite opérationnelle par le colonel Éric Dabiré. (Ces éléments n’ont pas encore fait l’objet d’un communiqué conjoint détaillé.)
À préciser : l’ordre de bataille (effectifs, unités), les premières zones de déploiement, le format des forces (bataillons conjoints, forces spéciales, appuis aériens), les mécanismes de financement et de soutien logistique.
Les prochaines étapes clés
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Publication des règles d’engagement et du concept d’opérations : indispensable pour crédibiliser l’armée AES auprès des partenaires et des opinions publiques.
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Calendrier des déploiements : sécurisation progressive d’axes routiers et de corridors transfrontaliers, zones à haute incidence d’attaques.
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Coordination civile-militaire : articulation avec les autorités locales et les dispositifs humanitaires pour éviter l’effet « tout-sécuritaire ».
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Transparence et discipline : communication régulière sur les résultats et enquêtes en cas d’allégations d’exactions, afin d’ancrer la légitimité de la Force unifiée.
En résumé
Le lancement de l’armée AES formalise une capacité militaire commune du Burkina Faso, du Mali et du Niger, avec un état-major dédié et une volonté affichée d’opérer ensemble. C’est une étape majeure, résolument politique, qui devra maintenant se traduire sur le terrain par des opérations coordonnées, mesurables et respectueuses du droit, pour inverser la dynamique sécuritaire au Sahel.