Huit ans après l'avoir rayée de sa législation, le Burkina Faso réintroduit la peine capitale. Le texte, défendu par le gouvernement de transition au nom de la lutte contre le terrorisme, a été voté sans aucune voix contre. Il doit encore entrer en vigueur, et sa date d'application n'a pas été communiquée.
Un vote sans opposition à Ouagadougou
Selon Kaweru et MADAR, les 71 députés de l'ALP ont adopté le texte à l'unanimité, sous la présidence d'Ousmane Bougouma. Le projet a été présenté par le ministre de la Justice et des Droits humains, Edasso Rodrigue Bayala.
La commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains, qui a examiné le texte, y a apporté plus de 700 amendements de forme et de fond, selon Kaweru. Le nouveau code compte neuf livres, 33 titres, 97 chapitres et plus de 900 articles.
Il remplace la loi n° 025-2018/AN du 25 mai 2018, le Code pénal qui avait aboli la peine de mort, rappelle Yeclo. L'abolition était effective depuis le 31 mai 2018, selon MADAR.
Les crimes désormais passibles de la peine capitale
D'après MADAR, la peine de mort s'appliquera notamment à :
- plusieurs infractions liées au terrorisme ;
- l'espionnage et la trahison ;
- l'importation de produits périmés ou interdits lorsqu'elle entraîne la mort.
La sanction viserait l'auteur comme le complice. Le texte définitif n'a pas encore été rendu public, et Kaweru se contente d'évoquer « certaines infractions ». La liste exacte devra donc être confirmée par la version promulguée.
Le gouvernement invoque la lutte contre le terrorisme
Pour le ministre Bayala, la réforme doit renforcer l'ordre public et lutter contre le terrorisme et la criminalité économique et financière. Selon MADAR, il affirme que les groupes armés recrutent en assurant à leurs candidats qu'ils « ne risquent pas gros » en cas d'arrestation.
Le gouvernement dit vouloir une « justice pénale qui répond aux aspirations du peuple », rapporte Yeclo. Selon ce média, le ministre a estimé que l'abolition de 2018 avait profité aux groupes armés qui attaquent le pays.
Le Burkina Faso est confronté depuis 2015 à des attaques jihadistes qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.
Délits de presse, détournements et sécurité routière
La peine de mort n'est pas la seule nouveauté. Selon Kaweru, le texte recriminalise les délits de presse, proportionne les peines aux montants détournés et durcit les sanctions pour certaines infractions routières.
MADAR précise que les détournements au-delà d'un certain montant seront punis de la réclusion à perpétuité, avec une amende égale au triple de la somme détournée. Le ministre présente l'insécurité routière comme la « première cause de mortalité » au Burkina.
Selon Yeclo, le code punit aussi « la promotion des pratiques homosexuelles et assimilées ». Il s'inscrit dans une série de réformes : le Code de procédure pénale a été adopté en juin 2025, et le Code des personnes et de la famille a été modifié en septembre 2025.
Les défenseurs des droits humains inquiets
La réforme suscite des débats juridiques et des critiques sur le terrain des droits humains, relève la revue de presse régionale d'Impact.sn. En décembre 2025, Amnesty International avait appelé les autorités à stopper le projet de rétablissement de la peine de mort. Aucune réaction d'ONG au vote du 20 octobre n'avait encore été rendue publique au moment de la rédaction.
Selon Yeclo, aucune exécution n'a eu lieu au Burkina Faso depuis 1988. Reste à savoir si le rétablissement de la peine dans les textes se traduira par des condamnations, puis par des exécutions.
Questions fréquentes
Quand la peine de mort a-t-elle été abolie au Burkina Faso ? Par le Code pénal du 25 mai 2018, avec une abolition effective depuis le 31 mai 2018.
Pour quels crimes la peine de mort est-elle rétablie ? Selon MADAR, pour plusieurs infractions terroristes, l'espionnage, la trahison et l'importation de produits périmés ou interdits ayant causé la mort. La liste définitive reste à confirmer dans le texte publié.
Le nouveau Code pénal est-il déjà en vigueur ? Pas encore. Sa date d'entrée en vigueur n'a pas été communiquée.
À quand remonte la dernière exécution ? Selon Yeclo, aucune exécution n'a eu lieu au Burkina Faso depuis 1988.
