Chaque mois de novembre, la campagne Movember, née en Australie en 2003, invite les hommes à se laisser pousser la moustache pour parler de leur santé. Sa cause historique, le cancer de la prostate, concerne directement l'Afrique : c'est aujourd'hui le cancer le plus fréquent chez les hommes en Afrique subsaharienne, et souvent l'un des plus meurtriers parce qu'il est découvert tard.
Le premier cancer masculin en Afrique subsaharienne
Selon la fiche régionale de l'Observatoire mondial du cancer du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence spécialisée de l'OMS, l'Afrique subsaharienne compte environ 96 700 nouveaux cas de cancer de la prostate par an, soit 26,5 % de tous les cancers diagnostiqués chez les hommes. Il arrive au premier rang, devant tous les autres cancers masculins.
Le même document estime à plus de 55 000 le nombre de décès annuels liés à ce cancer dans la région, ce qui le place aussi en tête de la mortalité par cancer chez les hommes. Pour l'OMS, ce lourd bilan s'explique en partie par des diagnostics tardifs, liés au manque de moyens de dépistage et de traitement.
Qui est le plus exposé ?
Le bureau de l'OMS au Sénégal rappelle les principaux facteurs de risque :
- L'âge, premier facteur : la plupart des cas sont diagnostiqués après 60 ans, même si des cas plus jeunes sont de plus en plus signalés ;
- L'ascendance africaine : les hommes noirs, en Afrique comme dans la diaspora, présentent un risque plus élevé, et la recherche montre davantage de formes agressives chez eux ;
- Les antécédents familiaux de cancer ;
- L'alimentation, une alimentation riche en graisses animales étant considérée comme un facteur environnemental important.
Une analyse publiée dans le Journal de l'Association médicale canadienne (CMAJ) en 2023 confirme ce sur-risque dans la diaspora : en Angleterre, l'incidence est plus de deux fois plus élevée chez les hommes noirs que chez les hommes blancs, et aux États-Unis, les hommes afro-américains ont environ deux fois plus de risques d'en mourir. Les auteurs relèvent aussi des taux de mortalité parmi les plus élevés au monde dans les Caraïbes et en Afrique centrale, australe et de l'Ouest.
Le dépistage, encore trop rare
Le diagnostic repose habituellement sur un toucher rectal et un dosage sanguin du PSA (antigène prostatique spécifique), précise l'OMS. Mais l'accès à ces examens et aux biopsies reste limité, surtout en zone rurale, et le manque d'information retarde les consultations. « On ne saurait trop insister sur leur importance dans la détection des premiers signes de cancer », souligne le Pr Papa Ahmed Fall, chef du service d'urologie-andrologie de l'hôpital Dalal Jamm de Dakar, cité par l'OMS.
Il n'existe pas de recommandation unique sur l'âge du premier dépistage. Selon l'analyse du CMAJ, l'Association européenne d'urologie classe les hommes noirs parmi les personnes à haut risque et propose d'envisager un dépistage dès 45 ans, tandis que d'autres instances restent plus prudentes en raison des risques de surdiagnostic. C'est pourquoi la décision doit être prise avec un médecin, en fonction de l'âge, des antécédents familiaux et de l'état de santé.
Ce que l'on peut faire au quotidien
Il n'existe pas de méthode infaillible pour prévenir ce cancer, rappelle l'OMS. L'organisation cite toutefois l'activité physique régulière, le maintien d'un poids sain et la limitation des graisses et de la viande rouge comme des habitudes favorables.
Surtout, mieux vaut en parler tôt avec un soignant, en particulier en cas d'antécédents familiaux. Cet article ne remplace pas un avis médical : pour toute question sur le dépistage ou des symptômes, consultez un médecin ou un professionnel de santé.
FAQ
Le cancer de la prostate est-il fréquent en Afrique ? Oui. Selon le CIRC, c'est le cancer le plus diagnostiqué chez les hommes en Afrique subsaharienne, avec environ 96 700 nouveaux cas par an.
À partir de quel âge se faire dépister ? Il n'y a pas de consensus. Certaines sociétés savantes évoquent 45 ans pour les hommes à risque élevé, dont les hommes noirs. La décision se prend avec un médecin.
Comment se fait le dépistage ? Généralement par un toucher rectal et une prise de sang mesurant le PSA, d'après l'OMS. D'autres examens peuvent suivre si les résultats sont anormaux.
