Un an après la crise électorale d'octobre 2025, les convocations de responsables de l'opposition ivoirienne devant la justice antiterroriste ont connu une nouvelle étape. Les trois hommes, entendus le même jour, sont ressortis libres mais soumis à un contrôle judiciaire. Leurs partis dénoncent une instrumentalisation de la justice, tandis que le gouvernement renvoie aux juges d'instruction.
Trois auditions, une même issue
Selon Afrik Soir, Georges-Philippe Ezaley, vice-président du PDCI-RDA et conseiller spécial de Tidjane Thiam, et Roger M'Bia, directeur général du parti, ont été entendus le lundi 19 octobre. Ils ont ensuite été placés sous contrôle judiciaire et sont rentrés chez eux.
Le même jour, Koua Justin, premier secrétaire général adjoint du PPA-CI, le parti de Laurent Gbagbo, a connu le même sort à l'issue de son audition devant le 8e cabinet de la section antiterroriste du tribunal d'Abidjan, rapporte Fraternité Matin. Selon le quotidien, d'autres responsables de son parti entendus avant lui avaient bénéficié de la même mesure.
Les conditions précises de ces contrôles judiciaires n'ont pas été rendues publiques.
Des charges encore floues
Selon des sources proches du dossier citées par Afrik Soir, Georges-Philippe Ezaley et Roger M'Bia feraient face à 17 chefs d'accusation, comparables à ceux visant des responsables du PPA-CI. Ce chiffre n'a pas été confirmé officiellement, et la nature exacte des faits reprochés n'a pas été détaillée.
Lors de l'annonce des convocations, le 16 octobre, l'Agence ivoirienne de presse (AIP) relevait que « les motifs précis de ces convocations ainsi que les dates de comparution n'ont pas été, pour l'heure, mentionnés ». Selon L'Infodrome, les faits seraient liés à la crise électorale d'octobre 2025.
L'opposition dénonce une « déferlante judiciaire »
Après les auditions, l'avocat du PDCI-RDA, Me Luc Adjé, a dénoncé une « déferlante judiciaire » et s'est inquiété de la sécurité des acteurs de l'opposition, selon Afrik Soir.
Dans une déclaration datée du 17 octobre, le secrétaire général exécutif du parti, Calice Yapo, avait jugé que « un an après la crise électorale d'octobre 2025, la Côte d'Ivoire a besoin d'apaisement, de vérité et de réconciliation ». Il a réclamé « la cessation de toute instrumentalisation politique de la justice ». Le PDCI-RDA avait aussi saisi la CEDEAO, l'UA et l'ONU, comme Splash Media l'a rapporté.
Le PPA-CI, de son côté, a qualifié les convocations de « manœuvres d'étouffement », selon Ouestaf. Le parti réclame la libération de ceux qu'il appelle des « détenus politiques » et l'ouverture d'un dialogue politique inclusif.
Le gouvernement renvoie à la justice
Côté gouvernement, le porte-parole Amadou Coulibaly a affirmé le 14 octobre que seul le juge d'instruction peut établir les responsabilités dans les procédures en cours, selon Ouestaf. L'exécutif défend le traitement par la justice des dossiers liés aux violences postélectorales.
La presse proche du pouvoir rejette elle aussi l'idée d'un acharnement. D'après la revue de presse d'Afrique sur 7, Le Patriote et L'Avenir dénoncent une « victimisation », tandis que L'Expression parle de reddition des comptes après les violences de 2025. Le Temps évoque au contraire une « instrumentalisation de la justice ».
Blaise Lasm devant le tribunal après 384 jours de détention
Le même lundi, Blaise Lasm, secrétaire général adjoint du PPA-CI, a comparu devant le tribunal correctionnel du Plateau après 384 jours de détention, selon Fraternité Matin. Arrêté fin septembre 2025, il était poursuivi notamment pour provocation à l'insurrection.
Une ordonnance du 7 septembre 2026 a prononcé un non-lieu partiel. Selon son avocate, les charges les plus graves ont été abandonnées. L'issue de son audience n'était pas connue au moment de la rédaction.
Ce qu'il faut suivre
D'autres cadres de l'opposition ont été convoqués. Selon Ouestaf, cinq responsables du PPA-CI devaient comparaître entre le 15 et le 23 octobre. Sur les six cadres du PDCI-RDA convoqués, d'autres auditions restent attendues.
Le PPA-CI affirme par ailleurs que plus de 1 600 personnes sont détenues depuis la présidentielle d'octobre 2025, un chiffre avancé par le parti et non confirmé par les autorités.
