Selon un article publié le 19 octobre 2026 par Rolling Out, qui s'appuie sur une enquête de Vogue, des coiffeuses constatent qu'une partie de leurs clientes redemandent un défrisage, malgré les inquiétudes sanitaires. Le phénomène surprend : les ventes de défrisants avaient chuté de 60 % entre 2011 et 2016 environ, et le magazine Forbes décrivait en 2022 une catégorie « proche de l'extinction ». Sur TikTok, le mot-dièse #RelaxerTok cumule pourtant des centaines de millions de vues.
Les professionnelles interrogées avancent plusieurs explications. Charlotte Mensah, coiffeuse depuis quatre décennies, évoque surtout une lassitude face aux routines naturelles trop lourdes : selon elle, ce n'est pas la texture qui pose problème, mais la routine trop compliquée. D'autres citent le retour des coupes courtes des années 1990, ou encore les changements hormonaux de la ménopause, qui modifient la forme de la boucle et l'hydratation du cheveu.
Ce que dit la science sur le cancer de l'utérus
La principale source d'inquiétude vient de la Sister Study, une vaste étude menée par les Instituts nationaux de la santé américains (NIH). Publiés en octobre 2022 dans le Journal of the National Cancer Institute, ses résultats portent sur 33 497 femmes de 35 à 74 ans suivies pendant environ 11 ans, comme l'explique le communiqué du NIH.
Les chiffres clés :
- les femmes ayant utilisé un produit lissant plus de quatre fois dans l'année précédente avaient plus de deux fois plus de risques de développer un cancer de l'utérus que les non-utilisatrices ;
- le risque estimé à 70 ans passait de 1,64 % chez les femmes n'ayant jamais utilisé ces produits à 4,05 % chez les utilisatrices fréquentes ;
- environ 60 % des participantes ayant déclaré un usage récent de lissants étaient des femmes noires ;
- aucune association n'a été trouvée avec les colorations, décolorations ou permanentes.
Ces résultats doivent être lus avec prudence. Les chercheurs n'ont pas recueilli les marques ni les ingrédients des produits utilisés, et l'étude établit une association, pas un lien de cause à effet. La chercheuse principale, Alexandra White, a qualifié le doublement du risque de « préoccupant », tout en rappelant que le cancer de l'utérus reste « un type de cancer relativement rare ». L'équipe estime que d'autres travaux sont nécessaires, notamment dans d'autres populations, pour confirmer ces résultats et identifier les substances en cause. Le NIH cite parmi les pistes les parabènes, le bisphénol A, certains métaux et le formaldéhyde, et note que les brûlures et lésions du cuir chevelu pourraient favoriser l'absorption.
Brûlures, casse, chute des cheveux : les risques connus
Au-delà de cette question encore ouverte, les effets locaux sont bien documentés. La dermatologue britannique Sharon Belmo, spécialiste de la chute des cheveux citée par Rolling Out, rappelle que les défrisants cassent les ponts disulfures qui structurent la fibre capillaire et la fragilisent. Leur forte alcalinité peut provoquer démangeaisons, brûlures chimiques, dermatites et chute des cheveux. Elle précise que les formules dites « sans soude » (no-lye) restent, elles aussi, très alcalines.
Au Royaume-Uni, une enquête de World Afro Day menée avec l'institut Shift Insight, citée dans le même article, indique qu'un tiers des personnes aux cheveux afro interrogées estiment que des produits capillaires ont déjà nui à leur santé.
Les précautions recommandées par les dermatologues
Pour celles qui choisissent malgré tout le défrisage, Sharon Belmo recommande de :
- confier l'application à un professionnel ;
- espacer les retouches ;
- ne traiter que la repousse ;
- protéger le cuir chevelu avec une crème barrière ;
- ne jamais supporter une sensation de brûlure ;
- neutraliser soigneusement le produit ;
- renoncer au défrisage sur un cuir chevelu irrité ou fraîchement gratté.
Défriser ou rester naturelle reste un choix personnel, qui ne doit pas être dicté par la pression sociale. Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical : en cas de brûlure, de chute de cheveux inhabituelle ou de saignements gynécologiques anormaux, consultez un dermatologue, un gynécologue ou un autre professionnel de santé.
FAQ
Le défrisage provoque-t-il le cancer ? La Sister Study du NIH a observé un risque de cancer de l'utérus plus élevé chez les utilisatrices fréquentes de lissants, mais sans prouver de lien de cause à effet. D'autres études sont nécessaires.
Les défrisants « sans soude » sont-ils plus doux ? Pas forcément. Selon la dermatologue Sharon Belmo, ils restent très alcalins et peuvent aussi irriter ou brûler le cuir chevelu.
Comment limiter les risques ? Passer par un professionnel, espacer les retouches, ne traiter que la repousse, protéger le cuir chevelu et arrêter immédiatement en cas de brûlure.
