L'Union africaine (UA) et l'UNICEF ont lancé le 23 septembre 2026 la première édition du rapport State of Africa's Children (« La situation des enfants d'Afrique »), consacrée à l'eau, l'assainissement et l'hygiène, désignés sous le sigle anglais WASH. Le document complet a été mis en ligne par la Commission de l'UA le 7 octobre, selon le site de l'Union africaine.
Ce choix n'est pas un hasard : l'eau et l'assainissement sont le thème de l'année 2026 de l'UA. Le continent compte environ 691 millions d'enfants de moins de 18 ans, contre 413 millions en 2000, soit près de la moitié de sa population, d'après le communiqué de l'UA.
Les données s'appuient principalement sur le Programme commun OMS/UNICEF de suivi (JMP) et sur l'initiative GLAAS d'ONU-Eau. Le rapport précise que ses résultats n'ont pas été validés pays par pays avec les États membres.
Des progrès réels depuis 2000
Le rapport souligne d'abord le chemin parcouru :
- 161 millions d'enfants ont obtenu un accès à une eau potable gérée en toute sécurité depuis 2000 ;
- 129 millions ont gagné un assainissement géré en toute sécurité sur la même période ;
- 65 millions ont accédé à des services d'hygiène de base depuis 2015 ;
- la défécation à l'air libre en milieu rural est passée de 28 % à 20 % depuis 2015.
Mais en 2024, seuls 40 % des enfants utilisaient une eau potable gérée en toute sécurité, 30 % un assainissement géré en toute sécurité et 38 % disposaient de services d'hygiène de base, selon l'UA.
92 millions d'enfants sans toilettes
La défécation à l'air libre touche encore 92 millions d'enfants sur le continent. Cinq pays concentrent une grande partie de ces cas : le Nigeria, l'Éthiopie, le Niger, la RD Congo et le Tchad. Huit pays seulement sont en voie d'éliminer la pratique d'ici 2030 ; le rapport cite notamment la Guinée, le Cabo Verde, le Malawi et le Rwanda.
Les conséquences sanitaires sont lourdes. Le manque d'eau potable, de toilettes et d'hygiène a contribué à 264 000 décès d'enfants de moins de 5 ans en Afrique en 2019, soit environ les deux tiers du total mondial, selon le rapport.
Dans certains pays, aller chercher l'eau reste une corvée quotidienne. Au Tchad et au Malawi, au moins un ménage sur cinq y consacre plus d'une heure par jour.
L'école et le centre de santé, maillons faibles
L'accès à l'eau ne s'arrête pas à la maison. En 2023, 51 % des écoles africaines n'avaient pas d'eau potable de base. Au total, 195 millions d'enfants d'âge scolaire fréquentaient un établissement sans eau potable et 121 millions une école sans toilettes.
En Afrique francophone, le rapport classe le Niger et le Togo parmi les trois pays les plus en retard sur l'assainissement scolaire, avec l'Éthiopie. Le Tchad et le Togo sont les plus éloignés de l'objectif d'un point de lavage des mains avec eau et savon dans les écoles. La Côte d'Ivoire figure parmi les pays où le manque de toilettes à l'école touche le plus d'élèves.
Côté santé, seuls 62 % des centres de santé disposaient d'eau de base en 2023, et 25 % d'un assainissement de base. En RD Congo comme en Côte d'Ivoire, au moins un tiers des structures de santé n'ont pas d'eau, selon le rapport. Le Sénégal est cité parmi les pays qui progressent le mieux sur ce point.
Climat et financement, les deux freins
Le changement climatique aggrave la situation. L'UNICEF estime que 529 millions d'enfants africains sont exposés à la sécheresse, 55 millions aux inondations et 45 millions aux tempêtes tropicales. Seuls 40 % des pays ont réalisé une évaluation des risques climatiques pour planifier leurs services d'eau.
Dix pays cumulent une « triple menace » : faible accès, forte mortalité liée au manque d'eau et d'hygiène, et risque climatique élevé. Ils abritent 190 millions d'enfants. Sur le plan financier, 17 pays n'ont aucun plan pour rendre ces services abordables.
Une feuille de route jusqu'en 2040
Le rapport reconnaît qu'un accès universel à des services gérés en toute sécurité d'ici 2030 n'est « plus à portée ». Il propose un calendrier en trois étapes : éliminer la défécation à l'air libre et garantir un accès de base à chaque foyer en 2026-2027 ; équiper toutes les écoles et tous les centres de santé d'ici 2030 ; viser des services sûrs pour tous d'ici 2040.
Il formule quatre appels : combler le fossé d'accès, financer l'eau sur les budgets nationaux, renforcer les données et la redevabilité, et bâtir la résilience face au climat et aux conflits. Dans sa préface, Omar Abdi, directeur général adjoint de l'UNICEF chargé des programmes, prévient en anglais qu'un rapport « lu mais non suivi d'effets » représenterait un échec du partenariat.
FAQ
Que signifie « eau gérée en toute sécurité » ? C'est le niveau le plus élevé fixé par l'OMS et l'UNICEF : une eau disponible à domicile quand on en a besoin et exempte de contamination.
Quels pays francophones sont les plus concernés ? Le Niger, la RD Congo et le Tchad figurent parmi les cinq pays qui concentrent la défécation à l'air libre. Le Niger et le Togo sont parmi les plus en retard pour les toilettes à l'école.
Où lire le rapport ? Le rapport complet, en anglais, est disponible sur le site de l'Union africaine ; une présentation figure sur le site de l'UNICEF.
