L'épidémie d'Ebola continue de s'étendre en République démocratique du Congo (RDC). Deux cas ont été confirmés dans la province du Nord-Ubangi, au nord-ouest du pays, ont indiqué jeudi 15 octobre deux responsables sanitaires à l'agence Reuters, reprise par TimesLIVE. Les autorités congolaises n'avaient pas encore annoncé officiellement ces cas au moment de la publication de ces informations.
Le Nord-Ubangi devient ainsi la huitième province congolaise touchée. Elle partage une frontière avec la République centrafricaine, ce qui fait craindre un passage du virus vers un nouveau pays.
Une épidémie partie de l'Est
L'épidémie a été déclarée à la mi-mai 2026. Elle est due à la souche Bundibugyo du virus Ebola, contre laquelle il n'existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique, contrairement à la souche Zaïre.
Selon la mise à jour du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) publiée le 16 octobre (données arrêtées au 14 octobre), la RDC compte :
- 9 277 cas confirmés et 4 478 décès ;
- 2 486 personnes guéries et 924 patients hospitalisés à l'isolement ;
- 65 zones de santé touchées sur 167, réparties dans sept provinces (hors Nord-Ubangi, pas encore intégré aux chiffres officiels) ;
- 65 nouveaux cas et 37 décès enregistrés pour la seule journée du 14 octobre.
L'Ituri reste l'épicentre, avec 6 806 cas et 3 148 décès, devant le Nord-Kivu (1 991 cas, 1 133 décès). Le Haut-Uélé, la Tshopo, le Bas-Uélé, le Sud-Kivu et le Sud-Ubangi sont également touchés. Selon l'ECDC, seuls 78 % des contacts identifiés étaient suivis par les équipes sanitaires.
Des décès suspects dans une zone minière
Au Nord-Ubangi, l'alerte est venue d'une série de décès suspects dans une zone minière de l'aire de santé de Wapinda, près de la limite avec le Bas-Uélé, a rapporté un responsable sanitaire provincial cité par Reuters. Des échantillons ont été envoyés pour analyse dans un laboratoire provincial et à Kinshasa.
Il s'agit déjà de la deuxième plus grande épidémie d'Ebola jamais documentée, après celle d'Afrique de l'Ouest (2014-2016), qui avait fait plus de 11 000 morts, rappelle le site AfricActu. Le taux de létalité avoisine 48 %, soit près d'un malade diagnostiqué sur deux.
Le Kenya touché, l'Ouganda sorti d'affaire
Le virus a déjà franchi les frontières. Le Kenya a annoncé le 6 octobre un premier cas importé : un citoyen kényan qui vivait en RDC, décédé à Nairobi. Le 14 octobre, un deuxième cas a été confirmé chez un proche parent de ce patient, qui était déjà en quarantaine, selon l'ECDC. Sur les 128 contacts recensés au Kenya, 15 n'avaient pas encore été localisés. Selon AfricActu, Nairobi a renforcé le suivi des contacts et les contrôles aux frontières.
L'Ouganda, qui avait enregistré 20 cas entre mai et juin, a été déclaré exempt de transmission active le 25 août par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En Europe, l'ECDC juge le risque d'importation « très faible », tout en signalant des cas importés ou évacués sanitaires en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.
Selon Africanews, l'OMS prévoit le lancement d'un premier essai clinique de vaccin en RDC d'ici fin octobre. Ce calendrier reste à confirmer.
Plus de 700 millions de dollars introuvables
La propagation intervient alors qu'une polémique enfle sur le financement de la riposte. Lors d'une conférence de presse à Kinshasa le 14 octobre, le directeur général de l'Africa CDC, Jean Kaseya, a indiqué que les bailleurs disaient avoir versé environ 962 millions de dollars aux organisations chargées de la riposte, mais qu'un peu plus de 200 millions seulement avaient pu être retracés, rapportent Africanews et Nairametrics.
Selon Nairametrics, Jean Kaseya a précisé que cet écart ne signifiait pas forcément un détournement, mais que les autorités ne pouvaient pas savoir comment l'argent avait été alloué et dépensé. Seuls 30 % environ des partenaires ont fourni des informations financières. Le ministre congolais de la Santé, Samuel-Roger Kamba, a de son côté écrit sur X que les fonds mobilisés par les bailleurs étaient « directement transférés aux partenaires internationaux » (traduction Splash Media).
Ce que cela change pour l'Afrique
L'arrivée du virus dans une province frontalière de la Centrafrique élargit la zone à surveiller en Afrique centrale. Les déplacements de population, l'insécurité dans l'Est et l'absence de vaccin contre la souche Bundibugyo compliquent la riposte, souligne AfricActu. Pour les voyageurs et la diaspora, les contrôles sanitaires aux frontières se renforcent, comme au Kenya. L'affaire des fonds non retracés pose aussi la question de la transparence de l'aide internationale, au moment où l'épidémie réclame toujours plus de moyens.
FAQ
Combien de pays sont touchés par Ebola en 2026 ? La RDC est le principal foyer. L'Ouganda a été touché puis déclaré exempt en août, et le Kenya a confirmé deux cas en octobre. Des cas importés ou évacués ont été signalés en Europe.
Existe-t-il un vaccin contre la souche Bundibugyo ? Non, aucun vaccin ni traitement spécifique n'est homologué. Des vaccins candidats sont à l'étude, et un essai clinique est attendu en RDC.
Pourquoi le Nord-Ubangi inquiète-t-il ? Cette province borde la République centrafricaine, ce qui fait craindre une propagation dans un nouveau pays.
