L'« Appel d'Abidjan », adopté le 29 septembre 2026 à l'issue d'une semaine régionale de haut niveau, place l'emploi des jeunes et l'autonomisation économique des femmes au centre des priorités en Afrique de l'Ouest et au Sahel, en particulier dans les zones rurales, frontalières et touchées par les conflits. Environ 150 représentants de gouvernements, d'organisations régionales et internationales, d'institutions financières et de la société civile y ont participé, selon un communiqué des Nations unies repris par l'Agence Ecofin.
Le texte appelle à renforcer l'enseignement et la formation technique et professionnelle, et à investir davantage dans l'emploi décent, l'entrepreneuriat et l'accès au financement. Mais il ne fixe ni enveloppe budgétaire, ni objectif chiffré de créations d'emplois, ni calendrier, relève Ecofin.
Un chômage faible en apparence
À première vue, les statistiques du chômage semblent rassurantes. Selon le rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) Tendances mondiales de l'emploi des jeunes 2026, le taux de chômage des 15-24 ans en Afrique subsaharienne était de 8,4 % en 2025, stable depuis 2023, contre 12,4 % au niveau mondial, d'après la synthèse publiée par DRH.ma. L'Afrique du Nord fait figure d'exception, avec 22,6 % de jeunes au chômage.
Ce chiffre bas ne signifie pas que les jeunes trouvent de bons emplois. Dans des économies où il n'existe pas d'allocation chômage, la plupart ne peuvent tout simplement pas se permettre de rester sans activité.
L'informalité, règle quasi générale
Le cœur du problème est là. Dans les huit pays de l'UEMOA, le travail indépendant représentait 70,1 % de l'emploi des 15-29 ans en 2022, selon une analyse de l'OIT citée par l'Agence Ecofin. Ce taux va de 49,9 % au Sénégal à 82,1 % au Niger, et l'agriculture reste le premier secteur d'activité de ces jeunes. Toujours selon l'OIT, presque tous les jeunes travailleurs de l'UEMOA occupent un emploi informel : sans contrat, sans protection sociale, souvent avec des revenus irréguliers.
À l'échelle du continent, le rapport Africa Youth Employment Outlook 2026, publié en février par World Data Lab avec la Mastercard Foundation et l'Université du Cap, chiffre les taux de formalité des emplois occupés par les jeunes :
- 22 % dans les services ;
- 12 % dans l'industrie ;
- 3 % dans l'agriculture.
Trois grandes mutations en cours
Le même rapport décrit trois basculements qui redessinent le marché du travail des jeunes Africains, au nombre d'environ 550 millions chez les 15-35 ans, soit plus de 22 % de la jeunesse mondiale :
- de l'école au travail trop tôt : certains jeunes, dès 15-17 ans, commencent à travailler avant d'avoir terminé leur scolarité, surtout dans des emplois agricoles informels et mal payés ;
- de l'agriculture aux services : d'ici 2033, les services devraient employer plus de jeunes que l'agriculture pour la première fois ;
- des campagnes vers les villes : l'urbanisation déplace les emplois des jeunes vers les centres urbains.
Les jeunes femmes restent plus exclues du marché du travail que les jeunes hommes, souligne le rapport.
Le Ghana, exemple d'une jeunesse qui étudie plus longtemps
Le cas ghanéen illustre un phénomène plus positif. Entre 2012 et 2023, le taux de participation des 15-29 ans au marché du travail est passé de 62 % à 41 %, selon la Banque mondiale citée par Ecofin. Environ 60 % de cette baisse s'explique par l'allongement des études. Mais la part des étudiants sans emploi a aussi augmenté, de 23 % à 35 %, ce qui pose la question de l'insertion à la sortie des études.
Des réponses encore à concrétiser
L'UEMOA et l'OIT ont signé en février un programme de coopération 2026-2030 consacré à l'employabilité des jeunes, à la productivité des entreprises et à la qualité des emplois, rappelle Ecofin. Plusieurs États multiplient aussi les annonces nationales, comme le Ghana avec son plan pour l'emploi.
Le défi reste d'ampleur : la population jeune du continent continuera de croître jusqu'aux années 2070, alors qu'elle devrait reculer dans le reste du monde, selon World Data Lab. Pour que cette jeunesse devienne un atout, l'enjeu n'est pas seulement de créer des emplois, mais des emplois formels, mieux payés et protégés.
FAQ
Pourquoi le chômage des jeunes est-il plus bas en Afrique subsaharienne qu'ailleurs ? Parce que la plupart des jeunes ne peuvent pas rester sans revenu : ils travaillent, mais très majoritairement dans l'informel. Le taux de chômage mesure l'absence d'emploi, pas sa qualité.
Qu'est-ce que l'Appel d'Abidjan ? C'est un texte adopté le 29 septembre 2026 à Abidjan, qui fait de l'emploi des jeunes et de l'autonomisation des femmes une priorité régionale. Il ne fixe pas d'objectif chiffré ni de budget.
Quel secteur emploiera le plus de jeunes Africains demain ? Selon l'Africa Youth Employment Outlook 2026, les services devraient dépasser l'agriculture d'ici 2033.
