L'essai clinique ne verra pas le jour, du moins pour l'instant. En Guinée-Bissau, la police judiciaire a saisi le 19 octobre 2026 un lot de vaccins contre l'hépatite B dans les locaux du Bandim Health Project, un centre de recherche de Bissau. Deux jours plus tard, l'un des chercheurs a reconnu que l'étude ne pouvait pas avoir lieu, faute d'autorisation du gouvernement, selon Africa Briefing.
L'affaire dépasse les frontières du pays. L'essai devait être financé en partie par les États-Unis et a reçu le soutien public du secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr.
Une saisie qui ne vise pas la qualité des vaccins
La perquisition a eu lieu le lundi 19 octobre. Selon MedicalBrief, qui reprend The Guardian, les autorités ont expliqué vouloir éclaircir « les circonstances liées audit lot de vaccins » (propos traduits de l'anglais).
La police a pris soin de préciser un point : la saisie ne signifie pas que les vaccins posent un problème de qualité, de sécurité ou d'efficacité. Il s'agit d'une enquête pour savoir si la loi a été respectée, rapporte aussi Africa Radio, cité par allAfrica.
Un essai qui retardait le vaccin pour la moitié des bébés
Le projet portait sur environ 14 000 nouveau-nés, répartis au hasard en deux groupes, selon Africa Briefing :
- un groupe devait recevoir le vaccin contre l'hépatite B peu après la naissance ;
- l'autre devait suivre le calendrier national et recevoir sa première dose plusieurs semaines plus tard.
Selon The Guardian, cité par MedicalBrief, la version révisée de l'étude aurait ainsi privé environ 7 000 nouveau-nés du vaccin pendant leurs six premières semaines de vie. L'objectif était de mesurer des effets dits « non spécifiques », comme la mortalité globale ou des troubles du neurodéveloppement, et non l'efficacité du vaccin.
Le financement prévu était de 1,6 million de dollars des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, et autant de donateurs privés, selon Africa Briefing.
Le gouvernement bissau-guinéen dément toute autorisation
Le ministre de la Santé, Quinhin Nantote, affirme que le pays n'a jamais approuvé l'étude. Il s'est dit « surpris » par les informations laissant entendre le contraire, selon The Guardian.
Les chercheurs, eux, assurent disposer d'un feu vert. Le Bandim Health Project a publié une lettre d'approbation datée du 14 juillet et signée par le président du comité national d'éthique. Mais le ministère maintient qu'il n'a pas autorisé l'essai. Le ministre a convoqué une réunion d'urgence avec le Bandim, le comité d'éthique, l'Institut national de santé publique (Inasa) et le Programme élargi de vaccination.
Dès février, le ministre des Affaires étrangères, João Bernardo Vieira, avait déclaré que l'essai n'aurait pas lieu. En janvier, le gouvernement avait aussi sollicité des experts d'Africa CDC pour évaluer le projet.
Ce que disent les chercheurs
Le Bandim Health Project est dirigé par des chercheurs danois, dont Peter Aaby et Christine Stabell Benn, liés à l'Université du Danemark du Sud. Selon Africa Briefing, ils affirment que tous les enfants recevraient les vaccins prévus par le calendrier national, que l'étude ne visait pas à remettre en cause l'efficacité du vaccin et qu'elle pourrait éclairer les politiques d'autres pays africains.
Le 21 octobre, Frederik Schaltz-Buchholzer, l'un des responsables de l'étude, a reconnu que l'essai ne pouvait pas avoir lieu sans l'accord du gouvernement.
Au Danemark, le comité d'éthique avait approuvé l'étude début octobre. Au moins quatre de ses membres ont démissionné après cette approbation accélérée, selon The Guardian.
L'OMS juge l'étude contraire à l'éthique
L'Organisation mondiale de la santé est très critique. Son porte-parole, Tarik Jašarević, a jugé « contraire à l'éthique » toute étude qui prive des nouveau-nés du vaccin, estimant qu'elle les « expose à un préjudice grave et potentiellement irréversible », selon The Guardian (propos traduits de l'anglais).
L'OMS recommande une première dose dans les 24 heures suivant la naissance. Cette vaccination précoce prévient 70 à 95 % des transmissions de la mère à l'enfant, selon Africa Briefing.
L'enjeu est réel pour le pays. Plus de 12 % des adultes bissau-guinéens seraient porteurs d'une hépatite B chronique, et environ 2 % des enfants de moins de cinq ans seraient infectés. Le gouvernement prévoit de généraliser la dose à la naissance d'ici 2028.
Le contexte politique est aussi particulier : la Guinée-Bissau est dirigée par un gouvernement militaire de transition depuis le coup d'État de novembre 2025.
Questions fréquentes
Les vaccins saisis sont-ils dangereux ?
Rien ne l'indique. La police a précisé que la saisie ne prouve aucun problème de qualité, de sécurité ou d'efficacité. Elle vise à vérifier le respect de la loi.
Pourquoi l'essai est-il contesté ?
Il prévoyait de retarder de plusieurs semaines la vaccination d'environ la moitié des nouveau-nés, alors que l'OMS recommande une dose dans les 24 heures après la naissance.
L'essai va-t-il avoir lieu ?
Non, pas pour l'instant. Un responsable de l'étude a reconnu le 21 octobre qu'il ne pouvait pas se tenir sans l'accord du gouvernement.
