Les chiffres qui parlent d'eux-mêmes
La Côte d'Ivoire affiche un produit intérieur brut de 86,54 milliards de dollars en 2024, selon les données officielles de la Banque mondiale. Un chiffre impressionnant qui place Abidjan comme la première économie de l'UEMOA et la deuxième d'Afrique de l'Ouest derrière le Nigeria.
De l'autre côté, l'Alliance des États du Sahel (AES) - qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger - affiche un PIB cumulé d'environ 62,3 milliards de dollars selon les estimations du FMI pour 2024. Soit 24 milliards de dollars de différence, un écart qui représente à lui seul plus que l'économie du Sénégal.
Pourquoi cet écart est-il si massif ?
La Côte d'Ivoire bénéficie d'une stabilité politique relative depuis 2012, d'infrastructures portuaires de classe mondiale (Abidjan est le premier port francophone d'Afrique), et d'une économie diversifiée : cacao (leader mondial avec 39% du marché), anacarde (40% de la production mondiale), pétrole, gaz, et un secteur tertiaire dynamique.
L'AES, malgré des richesses naturelles considérables (or, uranium, pétrole), reste paralysée par l'insécurité chronique. Les zones d'insurrection contrôlent des pans entiers des territoires, bloquant l'exploitation des ressources et repoussant les investisseurs.
Les trois pays de l'AES en détail
Mali : 19,98 milliards $ (PIB 2021, dernière donnée fiable)
Burkina Faso : 15,75 milliards $ (PIB 2021)
Niger : 10,27 milliards $ (PIB 2021)
Soit un total de 46 milliards $ en 2021, avec une croissance annuelle insuffisante pour combler l'écart avec Abidjan qui, elle, a progressé de 7,1% en 2024.
L'AES face à son défi existentiel
Les dirigeants de l'Alliance sont conscients de cette domination économique. C'est pourquoi ils accélèrent la création d'institutions communes : banque d'investissement, monnaie unique, télévision commune, passeport biométrique. L'objectif ? Créer une masse critique capable de négocier d'égal à égal avec les géants régionaux.
Mais l'insécurité reste le talon d'Achille. Le Burkina Faso consacre 29,49% de son budget à la défense. Le Mali et le Niger suivent la même trajectoire. Des dépenses militaires qui grèvent les investissements dans l'éducation, la santé et les infrastructures.
Ce que cela signifie pour l'Afrique de l'Ouest
Cette domination économique ivoirienne pose une question cruciale : une région divisée entre un géant économique stable et trois pays en proie à l'instabilité peut-elle rester cohérente ?
La CEDEAO, dont les trois pays de l'AES sont en cours de retrait, représentait 8,4% du PIB de la communauté. Leur absence affaiblit l'intégration régionale et renforce la polarisation entre « pays stables » et « pays fragiles ».
Le pari impossible de l'AES
Pour rattraper la Côte d'Ivoire, l'AES devrait afficher une croissance soutenue de plus de 10% par an pendant dix ans. Mission impossible sans stabilité sécuritaire. Les investisseurs étrangers fuient les zones de conflit. Les projets miniers et pétroliers sont bloqués. Le tourisme est inexistant.
Pire : les sanctions économiques de la CEDEAO, levées mais dont les effets persistent, ont fragilisé les économies déjà exsangues.
Ce que disent les chiffres
PIB par habitant : Côte d'Ivoire (2 390 $) vs AES moyenne (372 $ pour le Niger, 986 $ pour le Mali, 729 $ pour le Burkina)
Croissance 2024 : Côte d'Ivoire (7,1%) vs AES estimée (3-4%)
Déficit commercial : Côte d'Ivoire excédentaire vs AES déficitaire
Un défi de taille
La Côte d'Ivoire a construit son économie sur la stabilité et la diversification. L'AES, elle, tente de survivre face à l'insécurité tout en rêvant d'intégration. Le fossé de 24 milliards de dollars n'est pas qu'une question de chiffres. C'est le symbole d'une fracture régionale entre développement et instabilité.
Pour l'AES, le défi est clair : transformer les richesses du sous-sol en richesse pour les populations. Pour la Côte d'Ivoire, le défi est tout aussi grand : éviter de devenir une île de prospérité dans une mer d'instabilité.
L'Afrique de l'Ouest a besoin des deux. Mais les deux ont besoin de paix.