Quand le Théâtre des Rêves se transforme en chambre d'exécution
Le verdict est tombé comme un couperet ce lundi 5 janvier 2026. Ruben Amorim a été limogé de Manchester United, 14 mois seulement après son arrivée. Un bail éclair dans un club où les entraîneurs passent désormais plus vite que les saisons mancuniennes. Old Trafford, ce temple autrefois glorieux, est devenu un cimetière d'ambitions. Et le Portugais en est la dernière victime.
L'histoire aurait pu s'écrire autrement. Novembre 2024 : Ruben Amorim débarque auréolé de son succès au Sporting CP, ce magicien du 3-4-3 qui avait ressuscité les Lions de Lisbonne. Manchester United y voit le messie tant attendu. Sir Jim Ratcliffe sort le chéquier. Le club recrute pour près de 250 millions d'euros (Sesko, Mbeumo, Cunha et Lammens). Les projecteurs s'allument. Le rideau se lève.
Mais au Théâtre des Rêves, les tragédies remplacent désormais les comédies musicales.
Le système qui tua l'homme
Ruben Amorim n'a remporté que 24 de ses 63 matchs, toutes compétitions confondues, soit 38,1% - le pire pourcentage depuis Ferguson. Les chiffres ne mentent pas. Mais au-delà des statistiques glaciales, c'est l'entêtement qui a précipité sa chute.
Le Portugais n'a jamais dérogé à son système 3-4-3, malgré un effectif inadapté et les avertissements répétés. Un dogme tactique transformé en camisole de force. Là où la Premier League exige flexibilité et pragmatisme, Amorim a choisi l'orthodoxie suicidaire. Un architecte obstiné à construire une cathédrale avec des matériaux pour un bunker.
Le résultat ? Manchester United occupe la sixième place, avec seulement deux victoires lors de ses sept derniers matchs. Le tableau de bord du naufrage.
La sortie qui ne pardonne pas
Dimanche soir, après un nouveau match nul frustrant contre Leeds (1-1), Amorim commet l'irréparable. Face aux caméras, il lâche :
"Je suis venu ici pour être le manager de Manchester United, pas pour être son entraîneur. Je ne vais pas démissionner. Je ferai mon travail jusqu'à ce que quelqu'un d'autre vienne me remplacer".
Des mots qui sentent la défiance. La rupture. Le désespoir aussi, peut-être.
Les dirigeants de Manchester United ont jugé la réaction d'Amorim lors de sa réunion avec le directeur sportif Jason Wilcox très négative et émotionnelle. Quand la tension devient combustion, il suffit d'une étincelle. Ces déclarations ont été l'allumette finale.
Lundi matin, 11h GMT : le club officialise ce que tout le monde pressentait. Game over.
Qui pour relever les Red Devils de leurs cendres ?
La question brûle toutes les lèvres : qui sera assez fou - ou assez courageux - pour s'asseoir sur ce banc maudit ? Car depuis le départ de Sir Alex Ferguson, Manchester United est devenu le cimetière des réputations. Van Gaal, Mourinho, Ten Hag, et maintenant Amorim : tous ont succombé.
À court terme, Darren Fletcher assurera l'intérim. Une solution pansement le temps que la direction retrouve ses esprits.
Pour la succession définitive, plusieurs noms circulent dans les couloirs d'Old Trafford :
Oliver Glasner fait figure de grand favori. Le coach autrichien de Crystal Palace séduit la direction mancunienne, impressionnée par la stabilité qu'il a apportée au club londonien. Un pragmatique qui sait faire briller des équipes modestes. Exactement ce dont United a besoin.
Enzo Maresca revient dans la danse. Fraîchement éjecté de Chelsea après le chaos des Blues, certains bookmakers le voient bien rebondir chez les Red Devils. Osé ? Audacieux ? Désespéré ?
Kieran McKenna représente la carte nostalgie. L'actuel entraîneur d'Ipswich a entraîné les U18 de United et été adjoint au club de 2018 à 2021. Le retour de l'enfant prodigue, ce conte de fées que United affectionne tant.
D'autres noms surgissent : Gareth Southgate, l'ancien sélectionneur anglais en quête de gloire clubistique. Andoni Iraola, l'artiste basque de Bournemouth. Eddie Howe, sous pression à Newcastle mais respecté. Même Xavi fait partie de la shortlist élargie selon certaines sources.
Selon David Ornstein, Manchester United devrait patienter jusqu'à la fin de la saison avant de nommer un entraîneur titulaire. Sage décision ou attente anxieuse ? L'été permettra peut-être de mieux identifier le bon profil.
Le cercle infernal continue
Voilà Manchester United, ce géant aux pieds d'argile, condamné à errer dans son propre labyrinthe. Depuis 2013 et le départ de Ferguson, le club accumule les faux départs, les révolutions avortées, les reconstructions inachevées.
Après l'intérimaire Ryan Giggs, Louis van Gaal, José Mourinho, Ole Gunnar Solskjaer, Ralf Rangnick, Erik ten Hag et Ruud van Nistelrooy, Amorim devient le huitième coach à échouer.
Le problème n'est peut-être plus l'entraîneur. C'est le système. La structure. La vision - ou plutôt son absence. Comment bâtir quoi que ce soit quand les fondations tremblent à chaque défaite ?
Les fans mancuniens, eux, oscillent entre colère et résignation. Sur les réseaux sociaux, certains applaudissent le départ d'Amorim. D'autres dénoncent une énième décision court-termiste. Tous partagent la même lassitude.
Et maintenant ?
L'histoire de Manchester United est à une croisée des chemins. Le prochain entraîneur ne sera pas seulement jugé sur ses résultats, mais sur sa capacité à insuffler une culture, une identité, un projet.
Glasner a le profil du bâtisseur patient. Maresca celui du tacticien moderne. McKenna incarne le lien émotionnel avec le passé glorieux. Chacun a ses forces. Tous auront à affronter les mêmes démons : un effectif déséquilibré, des attentes démesurées, une pression toxique.
Manchester United est sixième à trois points du quatrième Chelsea. La Ligue des Champions n'est pas perdue. Mais la route sera longue. Et pavée d'embûches.
Dans ce marasme, une certitude : le football ne pardonne ni l'obstination aveugle ni les sorties médiatiques suicidaires. Ruben Amorim vient de l'apprendre à ses dépens.
Le Théâtre des Rêves attend son nouveau metteur en scène. Pourvu qu'il connaisse le scénario.