Restée relativement épargnée jusqu'ici, Niamey est à son tour touchée par la pénurie d'essence qui frappe plusieurs villes du Niger depuis quelques semaines. Le dimanche 18 octobre 2026, de longues files d'attente se sont formées devant les rares stations encore approvisionnées de la capitale, qui compte environ deux millions d'habitants, selon l'AFP, dont la dépêche est reprise par Connaissance des Énergies.
La situation s'est dégradée en fin de semaine, après la publication par le ministère du Commerce d'une liste de stations disposant encore de carburant. Ces points de vente ont été pris d'assaut. Plusieurs gérants affirment que leurs cuves sont vides depuis quatre jours.
Des nuits entières dans les files d'attente
Les témoignages recueillis par l'AFP décrivent une capitale au ralenti. Aïcha, une habitante du quartier de la Poudrière, explique avoir fait la queue de 21 heures à 3 heures du matin avant d'être servie. Amadou Harouna, conducteur de moto, dit avoir parcouru la moitié de la ville sans trouver d'essence.
« On nous a annoncé la fin de la pénurie mais nous ne voyons pas le bout du tunnel », a confié à l'AFP Abdoulaye Zakari, un conducteur immobilisé faute de carburant. La circulation dans Niamey paraissait plus fluide qu'à l'ordinaire.
La crise survient après plusieurs semaines de coupures d'électricité récurrentes, rappelle le média Madar.
Un pays pétrolier qui manque d'essence
Le paradoxe est au cœur de la colère. Le Niger produit du pétrole depuis 2011 et extrait environ 90 000 barils de brut par jour dans la zone d'Agadem, dans le nord-est du pays. Mais le pays ne dispose que d'une seule raffinerie en activité, la Société de raffinage de Zinder (SORAZ).
Sa capacité installée est de 20 000 barils par jour, selon l'Autorité de régulation du secteur de l'énergie citée par l'AFP. Ses rendements sont de 55 % pour le gasoil, 26 % pour l'essence et 5 % pour le gaz de pétrole liquéfié. Elle ne peut donc pas couvrir seule la demande intérieure en essence. La Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) doit importer pour combler le manque.
« La population n'arrive pas à comprendre : on dit que le Niger a le pétrole mais nous continuons de souffrir », a reconnu Fatimata Marafa Salifou, nouvelle directrice générale de la Sonidep, lors d'une réunion avec les acteurs du secteur vendredi, selon l'AFP. Son prédécesseur avait été limogé début octobre par le général Abdourahamane Tiani, sans que les motifs soient rendus publics.
Les causes avancées par les autorités
Selon le ministère nigérien de l'Énergie, cité par l'AFP, le déficit a atteint 196,62 millions de litres d'essence super et 52,60 millions de litres de gasoil sur les huit premiers mois de 2026. Le ministère évoque plusieurs facteurs :
- une production nationale insuffisante ;
- la reprise de l'activité économique ;
- le ravitaillement de véhicules étrangers ;
- d'éventuelles sorties irrégulières de carburant.
Un autre facteur pèse lourd : le recul de l'essence de contrebande venue du Nigeria. Depuis la fin des subventions publiques au Nigeria, ce carburant est devenu plus cher. Or il pouvait représenter jusqu'à 50 % du marché nigérien, surtout dans les régions frontalières, selon l'AFP.
Les mesures d'urgence du gouvernement
Le 12 octobre, le ministre du Commerce et de l'Industrie, Abdoulaye Seydou, a signé un arrêté interdisant l'exportation d'essence super et de gasoil, sauf surplus et accord spécial du ministre, rapporte Bénin Web TV.
Le 18 octobre, un comité de haut niveau s'est réuni en séance de crise, selon le média Mondafrique cité par Madar. Trois pistes auraient été retenues : acheter de l'essence au Nigeria, vider les dernières cuves de la Sonidep à la raffinerie de Zinder, et attendre l'arrivée de 30 millions de litres d'essence en provenance d'Algérie « dans quelques jours ». Ces informations n'ont pas été confirmées officiellement à ce stade.
Côté prix, le Conseil des ministres aurait décidé le 9 octobre de maintenir le litre d'essence à 499 FCFA et celui de gasoil à 618 FCFA, toujours selon Mondafrique. Une hausse reste politiquement sensible : le général Tiani, au pouvoir depuis juillet 2023, l'a écartée pour l'instant afin de ne pas alourdir le coût de la vie, selon l'AFP.
FAQ
Pourquoi le Niger manque-t-il d'essence alors qu'il produit du pétrole ? Le pays extrait environ 90 000 barils de brut par jour, mais sa seule raffinerie, à Zinder, a une capacité de 20 000 barils par jour et produit surtout du gasoil. Le reste du brut est exporté, et l'essence doit en partie être importée.
Quel rôle joue le Nigeria dans cette pénurie ? L'essence de contrebande venue du Nigeria pouvait couvrir jusqu'à la moitié du marché nigérien. Depuis la fin des subventions nigérianes, elle est plus chère et se raréfie.
Les prix à la pompe vont-ils augmenter ? Pas pour l'instant. Selon l'AFP, le général Tiani a écarté une hausse. Selon Mondafrique, les prix ont été maintenus à 499 FCFA pour l'essence et 618 FCFA pour le gasoil le 9 octobre.
Quand la situation peut-elle s'améliorer ? Aucune date officielle n'a été donnée. Une livraison de 30 millions de litres d'essence venue d'Algérie est annoncée par la presse, sans confirmation officielle à ce stade.
