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Rapport de l'ONU sur le climat : 1,5 °C sera dépassé, l'Afrique en première ligne

Par Ibrahime StevePublié le •Actualités•0 vues
rapport ONU climat 1,5 °C
4 min de lecture

C'est un tournant dans le vocabulaire onusien. Pour la première fois, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) écrit noir sur blanc que la planète ne pourra plus éviter de dépasser le seuil de 1,5 °C de réchauffement fixé par l'Accord de Paris. Son Emissions Gap Report 2026, sous-titré « The Point of Return » (le point de retour), a été publié le mercredi 21 octobre, moins de trois semaines avant la COP31.

« Le monde ne peut plus éviter de dépasser la limite de 1,5 degré, et les conséquences sont déjà dévastatrices », a déclaré le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, cité par Euronews.

Ce que dit le rapport

Le rapport, 17e édition de cette évaluation annuelle, mesure l'écart entre les engagements des États et ce qu'il faudrait faire pour tenir les objectifs climatiques. Ses conclusions sont sévères.

  • Le 1,5 °C n'est plus tenable sans dépassement. Selon le PNUE, cité par Down To Earth, « la chance de maintenir le réchauffement sous 1,5 °C sans dépassement ou avec un dépassement limité a disparu ». Le monde s'est déjà réchauffé d'environ 1,4 °C depuis l'ère préindustrielle.
  • Les émissions restent à un niveau record. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint 58,4 milliards de tonnes d'équivalent CO₂ en 2025, un niveau quasi identique à celui de 2024. Les émissions de CO₂ d'origine fossile ont continué d'augmenter.
  • Les trajectoires actuelles mènent loin. Les politiques en place conduiraient à environ 2,8 °C de réchauffement d'ici 2100. Même si les États appliquaient pleinement leurs nouveaux engagements (les « contributions déterminées au niveau national »), on atteindrait environ 2,6 °C, selon Time.

Les États-Unis pointés du doigt

Les émissions américaines ont augmenté de 133 millions de tonnes d'équivalent CO₂ en 2025, une hausse qui « dépasse de loin » celle de tous les autres pays, en raison d'une demande d'électricité en forte croissance, liée en partie aux centres de données, et d'un retour du charbon. Les États-Unis restent le deuxième pollueur mondial derrière la Chine.

Le retrait américain de l'Accord de Paris a aussi assombri les projections, puisque l'engagement climatique de Washington n'est plus pris en compte. Le département d'État a répondu que le pays « n'approuve pas et ne partage pas » l'analyse du rapport, selon Time.

Parmi les six plus gros émetteurs, les données préliminaires de 2025 montrent une hausse aux États-Unis, en Indonésie et en Chine, et une baisse en Inde, en Russie et dans l'Union européenne. Le G20 représente environ les trois quarts des émissions mondiales.

Ce qu'il faudrait faire

Le PNUE ne parle pas de renoncement. Pour limiter le pic de réchauffement autour de 1,7 à 1,8 °C, puis revenir sous 1,5 °C d'ici la fin du siècle, les émissions mondiales devraient baisser, par rapport à 2025 :

  • de 18 % d'ici 2030 ;
  • de 45 % d'ici 2035 ;
  • de 69 % d'ici 2040.

Cela suppose de tripler les capacités d'énergies renouvelables d'ici 2035, de réduire d'au moins 75 % la production d'électricité au charbon à la même échéance, et de retirer de grandes quantités de CO₂ de l'atmosphère, selon le Centre régional d'information des Nations unies.

Le rapport note aussi des progrès. « Depuis l'adoption de l'Accord de Paris, la capacité mondiale d'électricité renouvelable a progressé trois fois plus vite que prévu », a souligné Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. Le solaire photovoltaïque, lui, s'est développé sept fois plus vite qu'anticipé.

Pourquoi c'est important pour l'Afrique

Le continent africain contribue peu aux émissions mondiales, mais il figure parmi les régions les plus exposées aux sécheresses, aux inondations et aux vagues de chaleur. Chaque dixième de degré compte : le PNUE rappelle que toute fraction de degré au-delà de 1,5 °C augmente le risque de changements irréversibles.

António Guterres l'a résumé ainsi : ceux qui sont « les moins responsables souffrent en premier et le plus durement ». Une phrase qui résonne au Sahel, dans la Corne de l'Afrique ou dans les deltas côtiers.

Les réactions africaines ont été vives. « C'est un échec historique du leadership politique », a déclaré Mohamed Adow, directeur du centre de réflexion kényan Power Shift Africa, cité par Euronews. « Les conséquences se mesureront en vies perdues, pas seulement en degrés de réchauffement », a-t-il ajouté.

Cap sur la COP31 à Antalya

La COP31 se tiendra du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie. Plusieurs pays en développement vulnérables accusent déjà les grands émetteurs d'avoir abandonné les objectifs de Paris, et un bras de fer est attendu sur l'objectif de 1,5 °C.

Pour les délégations africaines, l'enjeu sera double : obtenir des réductions d'émissions plus rapides chez les grands pollueurs, et des financements pour s'adapter à un climat qui se dérègle déjà.

FAQ

Le seuil de 1,5 °C est-il déjà franchi ? Pas encore de manière durable. Le monde s'est réchauffé d'environ 1,4 °C, mais le PNUE juge le dépassement imminent et inévitable. L'objectif devient de le limiter puis de revenir sous 1,5 °C d'ici 2100.

Quel pays a le plus augmenté ses émissions en 2025 ? Les États-Unis, avec une hausse de 133 millions de tonnes d'équivalent CO₂, selon le rapport. Washington conteste ses conclusions.

Quand a lieu la COP31 ? Du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie.

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