Le bras de fer migratoire entre Londres et Asmara franchit un cap. Jeudi 15 octobre, la ministre britannique de l'Intérieur (Home Secretary), Shabana Mahmood, a menacé d'interdire l'entrée du Royaume-Uni à tous les ressortissants érythréens si l'Érythrée n'accepte pas de reprendre davantage de migrants arrivés par petits bateaux et de personnes condamnées par la justice britannique, rapporte l'AFP, reprise par Arab News.
« L'Érythrée a eu toutes les chances d'accepter le retour des criminels et de ceux qui n'ont pas le droit d'être au Royaume-Uni. Contrairement à d'autres pays, elle a refusé », a déclaré Shabana Mahmood dans un communiqué cité par l'AFP (traduction Splash Media). Son message : reprendre ses ressortissants ou faire face à une interdiction complète d'entrée pour ses citoyens.
Premières sanctions déjà en vigueur
Sans attendre, Londres a pris des premières mesures. Les responsables et personnalités érythréennes ont perdu l'accès aux procédures de visa accélérées. Et depuis jeudi, les diplomates érythréens en poste au Royaume-Uni ne peuvent plus s'éloigner de plus de 60 km de Londres sans l'autorisation du ministère des Affaires étrangères, selon Africanews et la radio britannique LBC.
Le gouvernement s'appuie sur des pouvoirs prévus par la loi sur la nationalité et les frontières de 2022 (Nationality and Borders Act), adoptée sous le gouvernement conservateur, précise LBC. Shabana Mahmood a prévenu qu'elle n'hésiterait pas à prendre des mesures similaires contre d'autres pays refusant de coopérer.
Pourquoi Londres cible l'Érythrée
Selon le ministère britannique de l'Intérieur (Home Office), l'Érythrée a « brusquement » mis fin à sa coopération sur les retours plus tôt cette année. D'après LBC, Asmara délivrait depuis 2024 des documents de voyage d'urgence à ses ressortissants sans passeport valide, ce qui permettait les expulsions, avant d'arrêter en mars.
Les chiffres expliquent la pression du gouvernement :
- les Érythréens sont la première nationalité parmi les migrants arrivés par petits bateaux sur l'année achevée fin juin 2026, selon le Home Office ;
- moins de 4 % des 2 626 Érythréens déboutés de l'asile ces quatre dernières années ont été expulsés, selon Africanews ;
- ils affichent pourtant le deuxième taux d'acceptation de l'asile en première instance, à 84 %, selon LBC.
Ce dernier chiffre rappelle qu'une large majorité des demandeurs d'asile érythréens obtiennent une protection au Royaume-Uni : la menace vise donc d'abord la minorité de déboutés et les personnes condamnées.
La riposte d'Asmara
L'ambassade d'Érythrée au Royaume-Uni a qualifié la menace de « gadget politique de pure forme » et a dit rejeter « catégoriquement » les affirmations de la ministre, rapporte LBC (traduction Splash Media). Asmara affirme qu'elle « n'accepte pas le retour forcé de ses citoyens » et que Londres « n'a montré aucun intérêt » pour un dialogue sérieux.
L'ambassade assure aussi que le Royaume-Uni n'a délivré « aucun visa à un responsable érythréen depuis 2023 ». Elle estime que la politique d'asile britannique sert d'appel d'air, et accuse les autorités britanniques d'avoir présenté comme volontaires des retours qui ne l'étaient pas, et de ne pas avoir signalé que certaines personnes renvoyées étaient des condamnés purgeant encore leur peine. C'est ce qui l'aurait poussée à suspendre les retours escortés. Ces affirmations n'ont pas été vérifiées de manière indépendante.
Une méthode déjà testée sur d'autres pays africains
Londres a déjà utilisé le levier des visas en Afrique. En décembre 2025, le Royaume-Uni avait supprimé les visas accélérés pour les Congolais de RDC et menacé de suspendre tous les visas ; Kinshasa a accepté en février 2026 de reprendre ses ressortissants en situation irrégulière, selon l'AFP. L'Angola et la Namibie, menacés eux aussi, avaient accepté en décembre.
En mars, le gouvernement britannique a par ailleurs suspendu les visas étudiants pour l'Afghanistan, le Cameroun, la Birmanie et le Soudan, rappelle LBC.
Ce que cela change pour l'Afrique et la diaspora
Les Érythréens qui se rendent légalement au Royaume-Uni sont relativement peu nombreux, et l'impact concret d'une interdiction reste incertain, souligne LBC. Mais le message dépasse l'Érythrée : Londres fait désormais de l'accès aux visas une monnaie d'échange dans ses négociations migratoires. Pour les étudiants, travailleurs et familles africaines, la coopération de leur gouvernement en matière d'expulsions peut ainsi peser sur leurs propres démarches.
FAQ
Le Royaume-Uni a-t-il déjà interdit les visas aux Érythréens ? Non. Il s'agit pour l'instant d'une menace. Seules des mesures ciblées (fin des visas accélérés pour les officiels, restriction des déplacements des diplomates) sont en vigueur.
Pourquoi Londres veut-il renvoyer des Érythréens ? Le Home Office veut expulser des personnes déboutées de l'asile et des personnes condamnées, et reproche à Asmara d'avoir cessé de coopérer cette année.
D'autres pays africains ont-ils été visés ? Oui. La RDC, l'Angola et la Namibie ont été menacés de restrictions de visas et ont fini par accepter des accords de retour.
