L'Afrique vit une transition urbaine d'une ampleur inédite. D'ici 2050, ses villes devraient accueillir deux fois plus d'habitants qu'en 2020. Une note publiée en août 2026 par les éditions de l'OCDE rappelle que la question n'est plus seulement « combien » de citadins, mais « comment » les villes vont s'étendre. À l'approche de la Journée mondiale des villes, le 31 octobre, tour d'horizon des chiffres.
700 millions de citadins en 2020, 1,4 milliard en 2050
Les données de référence viennent d'Africapolis, la base de données urbaines développée avec le Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest (CSAO/OCDE). Selon le rapport Dynamiques de l'urbanisation africaine 2025, coproduit par la Banque africaine de développement (BAD), Cities Alliance, l'OCDE/CSAO et CGLU Afrique :
- la population urbaine africaine doit doubler entre 2020 et 2050, de 700 millions à 1,4 milliard de personnes ;
- les villes absorberont 80 % de la croissance démographique du continent d'ici 2050 ;
- le taux d'urbanisation passerait de 54 % à 65 % ;
- le nombre d'agglomérations passerait de plus de 9 000 à plus de 11 000 ;
- l'Afrique compterait 17 mégapoles de plus de 10 millions d'habitants en 2050.
Le même rapport note que douze pays, en majorité d'Afrique de l'Ouest, resteraient pourtant sous la barre des 50 % de citadins en 2050. La région s'urbanise vite, mais part de plus loin.
Des villes qui grandissent plus vite en surface qu'en population
C'est le point central de la note Scénarios de densité et expansion urbaine en Afrique à l'horizon 2050, signée par le géographe François Moriconi-Ebrard et parue le 20 août 2026 dans la série Notes ouest-africaines de l'OCDE. Son message : la densité n'est pas une fatalité, mais un levier que les urbanistes et les décideurs peuvent utiliser pour anticiper l'étalement.
Les chiffres du rapport 2025 montrent l'enjeu. La population urbaine africaine croît d'environ 2,3 % par an, mais la superficie urbaine progresse de 3,2 % par an, et devrait passer de 175 000 à 450 000 km² entre 2020 et 2050. Autrement dit, les villes s'étalent plus vite qu'elles ne se peuplent. Plus d'étalement, cela signifie plus de routes, de canalisations et de réseaux électriques à construire, et des trajets plus longs pour les habitants.
Abidjan pourrait presque doubler
Pour les villes ivoiriennes et ouest-africaines, les projections sont parlantes. D'après la lecture de la note de l'OCDE publiée par Le360 Afrique :
- Abidjan, 5,88 millions d'habitants en 2020 (12ᵉ agglomération d'Afrique), atteindrait environ 11,6 millions en 2050 ;
- selon le scénario, l'agglomération ivoirienne occuperait entre 840 km² (forte densité) et 1 705 km² (faible densité), soit du simple au double ;
- Lagos passerait de 13,8 millions à 33,6 millions d'habitants ;
- Bamako atteindrait 8,4 millions, et Kinshasa 23,4 millions.
Ces chiffres sont des projections fondées sur des hypothèses de densité, pas des prévisions certaines. Le360 présente d'ailleurs le chiffre d'Abidjan dans deux scénarios différents, une incohérence que seule la note originale permet de trancher.
Logement, transport, emploi : les défis du quotidien
Derrière les courbes, ce sont des questions très concrètes pour les familles : trouver un logement abordable, se rendre au travail, accéder à l'eau et à l'électricité. Le thème retenu cette année pour la Journée mondiale des villes, organisée du 31 octobre au 2 novembre 2026 à Fuzhou, en Chine, est justement « Régénérer la ville : un logement convenable pour tous », selon The Star.
Le rapport Dynamiques de l'urbanisation africaine 2025 identifie plusieurs priorités : la maîtrise du foncier, une meilleure coordination entre État et collectivités locales, la prise en compte du secteur informel, qui fait vivre une grande partie des citadins, et des investissements ciblés. Il observe aussi que les grandes agglomérations absorbent progressivement les villes voisines : les dix plus grandes du continent devraient fusionner en moyenne avec 56 autres d'ici 2050.
Une opportunité autant qu'un risque
Les auteurs ne présentent pas l'urbanisation comme un problème en soi. Bien planifiée, elle peut être un moteur de transformation économique, rappelle la note de l'OCDE, en écho à l'agenda de l'Union africaine et à la Déclaration de Nairobi adoptée lors du deuxième Forum urbain africain. Mal anticipée, elle se traduit par des quartiers précaires, des embouteillages et des services publics débordés.
Pour des villes comme Abidjan, Dakar ou Ouagadougou, la fenêtre pour planifier est maintenant : la forme qu'elles prendront en 2050 se décide dans les plans d'urbanisme et les choix fonciers des prochaines années.
Questions fréquentes
Combien d'Africains vivront en ville en 2050 ? Environ 1,4 milliard, contre 700 millions en 2020, selon les données Africapolis reprises par l'OCDE et ses partenaires.
Quelle sera la population d'Abidjan en 2050 ? Environ 11,6 millions d'habitants selon les projections de densité de l'OCDE rapportées par Le360 Afrique, contre 5,88 millions en 2020. Il s'agit d'une projection, pas d'une certitude.
Quand a lieu la Journée mondiale des villes 2026 ? Le 31 octobre 2026, avec un programme organisé jusqu'au 2 novembre à Fuzhou (Chine), sur le thème du logement convenable pour tous.
