Le 12 octobre 2006, la Côte d'Ivoire perdait Douk Saga. Il avait 32 ans. Vingt ans plus tard, le « Président » autoproclamé de la Jet Set reste la figure tutélaire d'un genre qui a quitté les boîtes de nuit d'Abidjan pour conquérir les capitales africaines et les soirées de la diaspora : le coupé-décalé.
Plusieurs médias africains ont marqué cet anniversaire, notamment Afriquinfos, Wakat Séra et Camer.be. Retour sur un personnage qui a fait de la fête une philosophie.
Qui était Douk Saga ?
De son vrai nom Stéphane Doukouré (Wakat Séra et Afriquinfos écrivent Stéphane Hamidou Doukouré), Douk Saga est né le 22 mai 1974 à Yamoussoukro. Selon Wakat Séra, il suit des études d'informatique à Abidjan avant de partir pour Paris en 2001, dans une Côte d'Ivoire qui glisse vers la crise politico-militaire de septembre 2002.
C'est dans les discothèques parisiennes, avec le chanteur Molare, qu'il pose les bases d'un nouveau style. De retour à Abidjan en 2003, il fonde la Jet Set, un groupe d'« ambianceurs » qui revendique l'héritage des sapeurs congolais. Toujours selon Wakat Séra, on y retrouve Molare, Lino Versace, Shacoole, Serge Defalet, Boro Sanguy, Solo Béton et Kuyo Junior.
Il meurt le 12 octobre 2006 à Ouagadougou, au Burkina Faso. Afriquinfos rappelle que des milliers de fans l'ont accompagné jusqu'au cimetière de Williamsville, à Abidjan.
Le coupé-décalé, une réponse joyeuse à la crise
Le coupé-décalé naît dans un pays fracturé. Selon Afriquinfos, il mêle des rythmes dansants, des influences du zouglou et du ndombolo et des arrangements électroniques. Il prône la joie de vivre et la réussite affichée, à rebours de la morosité ambiante du début des années 2000.
Douk Saga en est le visage : vêtements de grands couturiers, lunettes noires, bijoux. Wakat Séra parle d'une culture du « boucan », c'est-à-dire de la visibilité, où l'on met en scène les marques, l'argent et l'ambiance. Le provocateur va jusqu'à réclamer une décoration aux autorités ivoiriennes, estimant avoir redonné espoir et joie aux Ivoiriens pendant une période difficile, rapportent Wakat Séra et Camer.be.
Le « travaillement » et la « Sagacité » : un vocabulaire passé dans la langue
L'héritage de Douk Saga tient autant à la musique qu'aux mots et aux gestes qu'il a popularisés :
- le « travaillement » : jeter des billets sur un artiste ou un invité pour faire monter l'ambiance ;
- le « farotage » : l'art de la frime, de la générosité ostentatoire ;
- la « Sagacité » : à la fois un titre resté classique des soirées et un mot entré dans le langage courant ivoirien, selon Afriquinfos ;
- des pas de danse repris par toute une jeunesse, comme le décalé-chinois ou le konami, toujours selon Afriquinfos.
Ce goût de l'ostentation a aussi valu au mouvement ses controverses, rappelle Wakat Séra. Mais il a surtout fait du coupé-décalé un phénomène culturel majeur en Afrique de l'Ouest dès 2003.
Une descendance de DJ Arafat à Didi B
Vingt ans après, la lignée est visible. Afriquinfos cite DJ Arafat, devenu « le roi du coupé-décalé », et Serge Beynaud parmi ceux qui ont repris le flambeau. Le site range aussi Didi B parmi les artistes contemporains qui s'inscrivent dans cet héritage, et rappelle que des « Coupé-Décalé Awards » ont vu le jour depuis.
Wakat Séra souligne de son côté que le mouvement a évolué, mais que son esprit reste présent dans les pratiques festives actuelles, et qu'il a démontré l'importance de la danse, de l'image et de la personnalité de l'artiste dans la musique urbaine francophone.
Un anniversaire discret
Pour ce vingtième anniversaire, Camer.be fait état de quelques manifestations organisées par des membres de la Jet Set et, selon ses informations, d'un dépôt de gerbe sur sa tombe à Williamsville. Le site regrette toutefois que la date soit passée presque inaperçue sur les grandes chaînes et plaide pour un travail de transmission, afin que les jeunes générations connaissent l'origine du coupé-décalé. Le détail de ces hommages n'a pas été confirmé par d'autres sources.
Vingt ans après, la question reste ouverte : le coupé-décalé a-t-il encore besoin de son « Président » ? À en juger par les pistes de danse d'Abidjan à Paris, son esprit n'a pas pris une ride.
FAQ
Quand Douk Saga est-il mort ? Douk Saga est mort le 12 octobre 2006 à Ouagadougou, au Burkina Faso, à l'âge de 32 ans.
Pourquoi Douk Saga est-il appelé le « Président » ? Il s'était lui-même proclamé « Président » de la Jet Set, le groupe d'ambianceurs qu'il a fondé à Abidjan en 2003 et qui a popularisé le coupé-décalé.
Qui a repris l'héritage de Douk Saga ? Selon Afriquinfos, DJ Arafat et Serge Beynaud ont repris le flambeau, et des artistes comme Didi B s'inscrivent dans cet héritage.
