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Frappe de drone à Abyei : au moins 153 morts sur un marché entre Soudan et Soudan du Sud

Par Ibrahime StevePublié le •Actualités•0 vues
Frappe de drone à Abyei
4 min de lecture

Le marché d'Amiet, grand carrefour commercial de la zone d'Abyei, a été frappé par des drones lundi 19 octobre vers 11 h 30, en pleine activité. Les victimes sont en majorité des commerçants, soudanais comme sud-soudanais. Le bilan a doublé en 24 heures.

Un bilan passé de 73 à 153 morts

Le premier bilan, donné lundi par les autorités locales à Radio Tamazuj, faisait état d'au moins 73 morts et 19 blessés. « Ce que nous pouvons confirmer maintenant, c'est 73 personnes, mais le chiffre pourrait être plus élevé », avait alors déclaré Yohana Akol Ngor, ministre de l'Information par intérim de l'administration d'Abyei.

Mardi, le même responsable a annoncé à l'agence Reuters un bilan de 153 morts, « ceux dont nous pouvons confirmer le décès », en précisant que le nombre allait encore augmenter, selon la dépêche reprise par Business Day et ABC News. Des incendies ralentissaient la récupération des corps, dont certains sont calcinés. Toujours selon lui, environ 8 000 personnes ont été déplacées.

Ces chiffres proviennent des autorités locales et n'ont pas pu être vérifiés de façon indépendante. Médecins sans frontières (MSF) indique soigner plus de 20 blessés, dont certains brûlés, à l'hôpital d'Ameth Bek.

Ce que l'on sait de l'attaque

  • Lieu : le marché commun d'Amiet, à une dizaine de kilomètres de la ville d'Abyei, dans le comté d'Ameth-Aguok.
  • Mode opératoire : environ 12 frappes ont touché le centre, le sud et la porte nord du marché, selon Bulabek Deng Kuol, chef suprême des Ngok Dinka, cité par Radio Tamazuj.
  • Cible présumée : selon Yohana Akol Ngor, la zone de vente de carburant était visée. Trois sources diplomatiques, un humanitaire et un expert ont indiqué à Reuters que la frappe a touché un dépôt de carburant utilisé par les Forces de soutien rapide (FSR) pour ravitailler leurs troupes.
  • Victimes : des civils, surtout des commerçants. Un commerçant a affirmé à Radio Tamazuj que quatre Somaliens figurent parmi les morts.

Juba accuse l'armée soudanaise, qui n'a pas réagi

Les autorités d'Abyei et le gouvernement sud-soudanais attribuent l'attaque aux Forces armées soudanaises (FAS). Reuters précise que Yohana Akol Ngor n'a pas fourni de preuve à l'appui de cette accusation. Un porte-parole de l'armée soudanaise n'a pas répondu aux sollicitations de l'agence, pas plus que les FSR.

Lundi, le ministère sud-soudanais des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur du Soudan à Juba, Isam Mohamed Hassan Karar, pour lui signifier sa « vive protestation » et sa « profonde inquiétude », rapporte Sudans Post. Juba appelle Khartoum à épargner les civils et à régler les questions liées à Abyei par la voie diplomatique.

Les deux camps divergent sur un point clé : des responsables du gouvernement soudanais affirment que les FSR sont actives dans certaines parties d'Abyei, ce que Yohana Akol Ngor dément. Reuters n'a pu vérifier aucune des deux affirmations. À l'ONU, le porte-parole Stéphane Dujarric s'est dit « alarmé par les attaques de drones incessantes à travers le Soudan », selon Reuters.

Abyei, une zone disputée sur les routes de la guerre

Abyei est revendiquée à la fois par le Soudan et le Soudan du Sud depuis l'indépendance de ce dernier en 2011. Riche en pétrole, placée sous la protection d'une force de l'ONU (FISNUA), elle attend toujours le référendum sur son statut prévu par l'accord de paix de 2005, jamais organisé faute d'accord sur le corps électoral. Deux communautés s'y côtoient : les Ngok Dinka, proches du Soudan du Sud, et les Misseriya, éleveurs arabes nomades.

Depuis le début de la guerre entre l'armée et les FSR, en avril 2023, Abyei sert de point de transit pour la logistique des paramilitaires, en particulier le carburant, selon des diplomates et experts cités par Reuters. Dès mai, la force de l'ONU avait averti que la présence accrue des FSR aggravait l'insécurité. Le Soudan du Sud assure ne pas prendre parti.

Une guerre des drones qui déborde

La frappe d'Amiet s'inscrit dans une escalade. Ces derniers jours, des attaques ont visé Nyala, tenue par les FSR, et l'aéroport de Khartoum, contrôlé par l'armée. L'ONG soudanaise Emergency Lawyers a fait état de dizaines de morts les 17 et 18 octobre à al-Muglad, au Kordofan-Occidental, et attribue ces frappes à l'armée. Le Tchad accuse lui aussi l'armée soudanaise de frappes sur son territoire, selon Reuters. Le 18 octobre, Splash Media rapportait déjà qu'au Conseil de sécurité, l'arrêt immédiat des frappes de drones avait été réclamé.

Pour la région, l'enjeu dépasse le drame humain : l'attaque crée un nouveau point de friction entre Khartoum et Juba, et montre que la guerre soudanaise touche désormais directement ses voisins.

FAQ

Où se trouve Abyei ? À la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud. La zone est revendiquée par les deux pays et placée sous la protection d'une force de l'ONU.

Qui est accusé de la frappe ? Les autorités d'Abyei et le Soudan du Sud accusent l'armée soudanaise, qui n'a pas réagi. L'accusation n'a pas été vérifiée de façon indépendante.

Pourquoi ce marché aurait-il été visé ? Selon des sources diplomatiques citées par Reuters, la frappe a touché un dépôt de carburant utilisé par les FSR. Les autorités d'Abyei démentent toute présence des FSR dans la zone.

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