Splash MediaACTUALITÉS
CULTURE & DÉCOUVERTES

Sénégal : Sonko menace de bloquer le budget rectificatif, les eurobonds chutent

Par Ibrahime StevePublié le •Politique•0 vues
Ousmane Sonko
4 min de lecture

Le bras de fer entre Ousmane Sonko et le gouvernement du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô s'invite sur les marchés financiers. En jeu : le vote d'un budget rectificatif dont dépend en partie le programme du Fonds monétaire international (FMI), clé de voûte du plan de traitement de la dette sénégalaise.

« Nous ne rejetons rien, nous ne validons rien »

Ousmane Sonko s'est exprimé lors d'une conférence de presse à l'issue d'un conclave du Pastef au King Fahd Palace de Dakar, selon Xalima. « Pour le moment, nous ne rejetons rien, nous ne validons rien. Mais si c'est maintenu tel quel, nous rejetons », a-t-il déclaré, cité par Connectionivoirienne.

Selon Reuters, repris par Zawya, il a indiqué que les députés ne voteraient ni la loi de finances rectificative (LFR) 2026, ni le projet de budget 2027 en l'état. Son poids est décisif : le Pastef détient 130 des 165 sièges de l'Assemblée. Limogé de la primature par le président Bassirou Diomaye Faye en mai, Ousmane Sonko a été élu président de l'Assemblée avec 132 voix, rappelle Reuters.

Subventions, carburant et dette au cœur du désaccord

Le principal grief porte sur les subventions énergétiques. Selon MADAR, Ousmane Sonko affirme que les subventions aux produits pétroliers passeraient de 790 à 552 milliards de FCFA, une baisse qu'il attribue aux engagements pris auprès du FMI. Il estime que le litre de gasoil pourrait grimper à 867 FCFA et dénonce une baisse de 555 milliards des crédits d'investissement.

Les chiffres demandent prudence. Selon Reuters, la LFR 2026 porte au contraire les subventions énergétiques à 790,3 milliards de FCFA, contre 250 milliards dans le budget initial, et c'est le projet de budget 2027 qui prévoit une réforme pour les ramener à 1 % du PIB par an d'ici 2029. Les 552 milliards cités par Ousmane Sonko n'ont pas pu être rapprochés précisément des documents budgétaires.

Le chef du Pastef conteste aussi la stratégie de traitement de la dette dans le cadre commun du G20. Selon Reuters, il estime que le Sénégal a un problème de trésorerie plutôt qu'un problème de stock de dette. Il a défié le Premier ministre à un débat télévisé : « Si l'actuel Premier ministre le souhaite, on se retrouve face à face sur un plateau », rapporte MADAR

Les obligations sénégalaises reculent

La réaction des investisseurs a été immédiate. Le mardi 20 octobre, toutes les obligations du Sénégal libellées en euros et en dollars ont perdu plus d'un cent, les échéances longues reculant le plus, selon des données Tradeweb citées par Reuters. L'obligation à échéance 2037 a cédé 2,166 cents, à 48,931 cents par euro.

Les enjeux sont lourds. Un accord a été trouvé début septembre au niveau des services du FMI pour une facilité élargie de crédit de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Selon PressAfrik, le décaissement dépend en partie de l'approbation du conseil d'administration du Fonds et du vote de la LFR. Sans ce vote, le programme pourrait être retardé, souligne Reuters.

Des finances publiques sous tension

La LFR 2026 abaisse la prévision de croissance à 2,7 %, contre environ 5 % dans le budget initial, et porte le déficit à 7,6 % du PIB, contre 5,4 %, selon Reuters. Les autorités évaluent la dette totale à 105,3 % du PIB fin 2025.

Le président Diomaye Faye avait demandé, par lettre du 2 octobre, l'inscription prioritaire de la LFR à l'ordre du jour, en vertu de l'article 84 de la Constitution, selon PressAfrik. Washington pousse aussi : le Trésor américain souhaite que la restructuration soit bouclée en moins d'un an, selon l'Agence Ecofin.

Le gouvernement silencieux, la rue mobilisée

Le gouvernement n'a pas répondu officiellement aux exigences du Pastef, selon MADAR. Le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf, a toutefois critiqué le bilan d'Ousmane Sonko durant ses 26 mois à la primature.

Le contexte social reste tendu. Une grève générale de 72 heures est prévue du 21 au 23 octobre, à l'appel de centrales syndicales qui réclament notamment une baisse des prix des produits de base, comme Splash Media l'a détaillé.

Fin de l’articleÀ lire ensuite
Votre lecture continue

À lire ensuite

Dans la même rubriquePrésidentielle 2027 en France : dates, candidats, sondages, tout comprendreLes Français éliront le successeur d'Emmanuel Macron les 18 avril et 2 mai 2027. À six mois du premier tour, Marine Le Pen domine les sondages, la gauche…Politique 4 minLire l’article