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Soudan : près de 300 sites archéologiques et une église autour d'une gravure énigmatique

Par Ibrahime StevePublié le •Découvertes•0 vues
sites archéologiques Soudan
4 min de lecture

Dans le nord du Soudan, une équipe d'archéologues polonais a recensé près de 300 sites anciens dans la région du Mahas, près de la troisième cataracte du Nil. Au cœur de leur étude, publiée fin septembre dans la revue scientifique Antiquity : une église chrétienne du VIIe siècle bâtie autour d'un personnage gravé dans le granit, peut-être un souverain nubien.

Près de 300 sites sur 12 000 ans d'histoire

Le projet s'appelle « Good Shepherd of Miseeda » (le Bon Pasteur de Miseeda). Il est conduit par la Dre Joanna A. Ciesielska, de l'Université de Varsovie, avec des chercheurs de l'Université Jagellonne de Cracovie et de l'Académie polonaise des sciences, selon HeritageDaily et Archaeology News Online Magazine.

L'équipe a combiné prospection de terrain, étude des céramiques et de l'art rupestre, cartographie informatique et entretiens avec les habitants. Résultat : près de 300 sites enregistrés, qui couvrent une histoire très longue.

D'après l'article publié dans Antiquity, mis en ligne le 24 septembre 2026, trois périodes concentrent l'essentiel des traces :

  • le Mésolithique, il y a environ 12 000 à 8 200 ans ;
  • la fin du Néolithique et le pré-Kerma, vers 3000 à 2500 avant notre ère ;
  • la période chrétienne, du VIe au XVe siècle de notre ère.

Une énigme gravée dans le granit

La pièce maîtresse est un personnage humain grandeur nature, sculpté sur une colline de granit. Les chercheurs y voient peut-être un souverain nubien, mais sa date exacte et son identité restent à établir. Des études antérieures l'attribuaient à l'époque de Kerma ou, plus largement, à la période koushite.

Les auteurs le comparent à une autre gravure monumentale rare : celle du roi méroïtique Sherkarer, à Gebel Qeili, interprétée comme un signe de la domination de Méroé sur les marges de son royaume. Par analogie, la figure de Miseeda pourrait avoir servi de marqueur de frontière.

Sur la même colline, d'autres gravures représentent un lion, peut-être un rhinocéros, un éléphant et du bétail. S'y ajoutent des croix et des bateaux datant de la période chrétienne.

Une église construite autour de l'image

Le détail le plus fascinant est sans doute le suivant : au VIIe siècle, une église a été édifiée autour de ce personnage gravé, déjà très ancien à l'époque. Pour les chercheurs, c'est le signe que le lieu a gardé une forte valeur sociale et sacrée pendant des siècles, d'une religion à l'autre.

L'église semble être devenue le centre d'un paysage sacré local, avec des gravures de style chrétien tout autour, dont certaines orientées vers elle. Les poteries retrouvées comprennent des gobelets liés au royaume de Nobadia et des céramiques inspirées des ateliers de Dongola, dans le royaume de Makuria, datées de la fin du Ve au VIIe siècle.

Ce que disent les habitants aujourd'hui

Le volet ethnographique de l'étude apporte un regard rare. Selon l'article d'Antiquity, les habitants considèrent aujourd'hui l'église à la fois comme maudite et miraculeuse. Ils la surnomment « Beit Kitchiner » ou « Beit Sheitan » (la « maison du diable »), et son caractère sacré s'efface peu à peu.

Les vides de l'histoire, une piste à creuser

Paradoxe : la grande époque des royaumes de Kerma et de Koush, entre 1700 avant notre ère et le IVe siècle, est peu représentée dans les vestiges du secteur. Les chercheurs soulignent que cela ne signifie pas forcément que la région était abandonnée.

Ni l'article scientifique ni les comptes rendus consultés ne précisent les dates des campagnes de terrain, ni l'impact de la guerre qui frappe le Soudan depuis 2023 sur ce patrimoine. Ces points restent à éclaircir auprès de l'équipe.

Ces travaux rappellent en tout cas la richesse du patrimoine nubien, encore largement méconnu du grand public africain. Après la découverte de deux statues colossales de Ramsès II en Égypte, la vallée du Nil continue de livrer ses secrets.

FAQ

Où se trouve Miseeda ? Dans la région du Mahas, dans le nord du Soudan, près de la troisième cataracte du Nil.

Qui a mené ces recherches ? Une équipe polonaise conduite par Joanna A. Ciesielska (Université de Varsovie), avec l'Université Jagellonne et l'Académie polonaise des sciences. L'étude est parue dans la revue Antiquity.

Qui représente la gravure ? On ne le sait pas avec certitude. Les chercheurs évoquent un possible souverain nubien, peut-être koushite, et un rôle de marqueur de frontière.

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