Du 28 octobre au 1er novembre 2026, Lagos Fashion Week déroule sa nouvelle saison sous un thème explicite : « CRAFTED: Heritage. Innovation. Circular Futures. » (« Façonné : patrimoine, innovation, futurs circulaires »). Selon Marie Claire Nigeria, il s'agit de relier les techniques artisanales anciennes à une esthétique contemporaine, autour du savoir-faire et de la circularité.
Le guide publié par BellaNaija le 28 octobre précise que cette édition met l'accent sur le zéro déchet et sur trois textiles traditionnels : l'adire, l'aso-oke et l'akwete, avec des présentations hors podium consacrées à la production de tissus et au tissage en direct. Petit guide pour reconnaître ces étoffes.
L'adire, l'indigo des teinturières yoruba
L'adire est un tissu de coton teint à l'indigo et décoré par réserve. Le mot signifie « nouer et teindre » en yoruba, explique le Victoria and Albert Museum (V&A) de Londres. Le musée souligne que ces tissus étaient « généralement préparés, et toujours teints, par des femmes ».
Plusieurs techniques coexistent, selon le V&A :
- Adire oniko : le tissu est noué avec du raphia avant la teinture ;
- Adire eleko : les motifs sont peints à la main avec un amidon de farine de manioc, qui bloque la teinture ;
- Adire alabere : la réserve est obtenue par couture.
La technique remonte au XIXe siècle, mais l'adire connaît un essor dans les années 1920 avec l'arrivée de cotonnades européennes importées. Ibadan était alors le centre de production des tissus peints à la main. Parmi les motifs célèbres figure « Ibadan dun » (« Ibadan est agréable »), inspiré des piliers de la mairie de Mapo, d'après le V&A. Le British Museum conserve plusieurs pièces d'adire yoruba collectées à Ibadan, Ila et Ado-Ekiti.
L'aso-oke, le tissu des grandes cérémonies
L'aso-oke est tissé par des artisans yoruba du sud-ouest du Nigeria. Le Saint Louis Art Museum, qui lui a consacré une exposition, le présente comme un « tissu de prestige » transformé en vêtements pour les occasions festives et cérémonielles, notamment les grandes robes d'homme agbada, du début du XIXe à la fin du XXe siècle.
Le musée distingue trois types fondamentaux :
- Sanyan : soie sauvage non teinte ;
- Alaari : soie teinte en magenta ;
- Etu : teint à l'indigo.
Les tisserands y ajoutent des techniques comme l'ikat, les ajours, l'assemblage de bandes ou des motifs en trame flottante, allant de formes géométriques à des messages écrits. Aujourd'hui encore, l'aso-oke reste associé aux cérémonies et aux grandes fêtes familiales.
L'akwete, un savoir-faire de femmes igbo
Changement de région avec l'akwete, du nom d'une localité de l'État d'Abia, dans le sud-est du pays. Dans une étude publiée en 2025 dans le Chitrolekha Journal on Art and Design, la chercheuse Chika Chinyeogwa Chudi-Duru (université Nnamdi Azikiwe d'Awka) rappelle que ce tissage est « exclusivement pratiqué par des femmes igbo », sur un métier vertical (étude en ligne).
Ses motifs symboliques racontent, selon l'étude, la vision du monde igbo : événements sociaux, structures familiales, vécu des femmes ou récits historiques. Le British Museum conserve un textile d'Akwete daté de 1880 à 1913, signe de l'ancienneté de cette tradition.
Pourquoi ces tissus reviennent sur les podiums
En plaçant ces textiles au centre de sa programmation, Lagos Fashion Week, organisée par Style House Files, met en avant la production locale, l'artisanat et la réduction du gaspillage. Le programme Green Access, qui présente des mini-collections de jeunes créateurs axées sur la mode circulaire, s'inscrit dans cette logique, selon BellaNaija.
Pour les lecteurs de la diaspora, ces étoffes rappellent que la mode africaine ne se résume pas au wax : elles sont tissées ou teintes sur le continent, selon des savoir-faire documentés depuis plus d'un siècle. Les défilés des prochains jours, d'Orange Culture à Lisa Folawiyo, diront comment les créateurs les réinterprètent.
FAQ
Quel est le thème de Lagos Fashion Week 2026 ? « CRAFTED: Heritage. Innovation. Circular Futures. », un thème centré sur l'artisanat, le patrimoine textile et la mode circulaire.
Quelle est la différence entre l'adire et l'aso-oke ? L'adire est un tissu teint à l'indigo par réserve (nouage, amidon ou couture), traditionnellement par des femmes yoruba. L'aso-oke est un tissu de prestige tissé, porté lors des cérémonies.
D'où vient le tissu akwete ? D'Akwete, dans l'État d'Abia (sud-est du Nigeria), où il est tissé par des femmes igbo sur un métier vertical.
