C'est un paradoxe que connaissent bien les créateurs du Sahel : leurs pays comptent parmi les grands producteurs de coton du continent, mais les ateliers dépendent encore souvent de toiles importées. Selon la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala, « environ 98 % du coton de la région est exporté sous forme de fibre brute », a-t-elle déclaré en mars 2026 à Yaoundé, selon EcoMatin.
Depuis l'été, le Burkina Faso et le Mali multiplient pourtant les annonces pour transformer ce coton sur place. De quoi changer la donne pour la mode africaine ? Voici où en sont les projets.
L'« or blanc » part encore brut
Les pays du groupe C-4+ (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad, auxquels s'ajoute la Côte d'Ivoire) produisent plus d'un million de tonnes de coton par an, soit environ la moitié de la production africaine et 4 % de la production mondiale, d'après des données de l'OMC pour 2024 citées par EcoMatin. Le Bénin a, à lui seul, exporté pour 505 millions de dollars de coton brut en 2024.
Lors de la réunion de Yaoundé, en marge de la conférence ministérielle de l'OMC, une plateforme d'investissement 2026-2030 a été lancée. Ses promoteurs estiment les besoins à environ 12 milliards de dollars sur dix ans, avec à la clé quelque 500 000 emplois directs, selon EcoMatin. Ce sont des projections, pas des emplois déjà créés.
Au Burkina, TEXFORCES-BF tisse d'abord des uniformes
Le projet le plus concret se trouve à Bobo-Dioulasso. Le 9 septembre 2026, le capitaine Ibrahim Traoré a inauguré le complexe textile TEXFORCES-BF, un investissement de 17 milliards de FCFA installé sur 30 hectares, rapporte Sidwaya, le quotidien public burkinabè.
Les capacités annoncées par le président de son conseil d'administration sont des maxima « pouvant atteindre », par an :
- 20 millions de mètres de tissu au tissage ;
- 20 millions de mètres en finition-teinture ;
- 4 à 6 millions de tenues confectionnées ;
- jusqu'à un million de paires de chaussettes.
La priorité affichée reste l'habillement des Forces de défense et de sécurité, même si l'usine doit aussi produire des vêtements pour les civils. « La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit par l'action, elle se produit, elle se défend », a déclaré Ibrahim Traoré lors de l'inauguration, selon Sidwaya. TEXFORCES-BF est d'ailleurs citée parmi les acteurs textiles présents au Salon international de l'artisanat de Ouagadougou (SIAO), ouvert jusqu'au 8 novembre, aux côtés du Faso Dan Fani, d'après Faso7.
Au Mali, SOTEX-Mali et un objectif de 10 %
Le Mali a officiellement acté, le 29 juillet 2026, la création de la Société des textiles (SOTEX-Mali), selon ELLE Afrique francophone. Son ambition : maîtriser toute la chaîne, de la filature au tissage, en passant par la teinture et la confection. Le magazine y voit la promesse d'une production plus régulière d'étoffes emblématiques comme le bogolan et le bazin, mais l'article ne donne aucun chiffre d'investissement, de capacité ou d'emplois.
En octobre, à New York, le représentant permanent du Mali auprès de l'ONU, Issa Konfourou, a présenté un objectif : transformer localement « au moins 10 % » de la production nationale de coton fibre, rapporte La Nouvelle Tribune. Le calendrier et le financement n'ont pas été précisés.
Le Bénin, lui, a pris de l'avance avec des unités qui transforment déjà le coton en vêtements dans la zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), selon le même média.
Ce que cela peut changer pour les créateurs
Pour les stylistes, l'enjeu est concret : un tissu produit localement peut réduire la dépendance aux toiles importées et les coûts logistiques, et rendre l'approvisionnement plus régulier. Les créateurs maliens en parlaient déjà début octobre à la 3e Bamako Fashion Week, organisée sur le thème « La mode, levier de développement économique, social, culturel et environnemental ». Sa co-organisatrice, Mariam Bocoum, y appelait à « transformer nos savoir-faire en produits contemporains », selon le Journal du Mali.
Reste une prudence de taille : aucun de ces projets n'a encore publié de prix, de volumes réservés aux artisans ni de calendrier précis pour l'accès des créateurs aux tissus. Les premières années diront si l'« or blanc » du Sahel finit enfin sur les podiums africains plutôt que d'être exporté brut.
FAQ
Quelle part du coton ouest-africain est transformée sur place ? Très peu : environ 98 % du coton de la région est exporté sous forme de fibre brute, selon la directrice générale de l'OMC, citée par EcoMatin.
Qu'est-ce que TEXFORCES-BF ? Un complexe textile de 17 milliards de FCFA inauguré le 9 septembre 2026 à Bobo-Dioulasso, d'abord destiné aux tenues des forces de défense et de sécurité, mais aussi à des vêtements civils.
Quand SOTEX-Mali produira-t-elle ses premiers tissus ? Aucun calendrier de production n'a été rendu public à ce stade.
