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IA en Afrique francophone : six pays s'accordent sur des lignes directrices communes

Par Ibrahime StevePublié le •Tech•0 vues
IA Afrique francophone
5 min de lecture

L'intelligence artificielle (IA) s'invite dans les administrations, les écoles, les hôpitaux et les services financiers d'Afrique de l'Ouest. Six pays francophones ont décidé de ne pas avancer en ordre dispersé et disposent désormais d'un cadre commun. Mais, comme le relève une analyse publiée le 10 octobre par OSIRIS, ce cadre reste « en quête d'application ».

Un texte commun, porté depuis Ouagadougou

Le document s'intitule « Lignes directrices pour une intelligence artificielle éthique, inclusive et responsable en Afrique francophone ». Il concerne le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Mali et le Sénégal.

Selon OSIRIS, le projet a été piloté par le ministère burkinabè de la Transition digitale, avec l'appui de Niyel, une organisation basée à Dakar. Sa rédaction s'est nourrie d'un atelier régional tenu à Ouagadougou du 28 au 30 octobre 2024, avec des contributions de l'AUDA-NEPAD, l'agence de développement de l'Union africaine. Le travail a été financé par le programme AI4D, soutenu par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI, Canada) et par le ministère britannique chargé du développement.

D'après le programme AI4D, le processus a réuni des chercheurs, des experts techniques et les directeurs généraux du numérique de chaque pays. Le texte a été versé aux contributions écrites du premier Dialogue mondial des Nations unies sur la gouvernance de l'IA, à Genève. OSIRIS date cette présentation du 6 juillet 2026.

Sept principes et cinq piliers

Le document repose sur sept principes, détaillés par OSIRIS :

  • transparence et explicabilité des systèmes ;
  • responsabilité ;
  • respect des droits fondamentaux ;
  • inclusion et non-discrimination ;
  • souveraineté numérique et gouvernance locale ;
  • protection des données ;
  • gouvernance partagée.

Il s'organise aussi autour de cinq piliers stratégiques, selon AI4D : la gouvernance des données, l'inclusion, la formation, l'innovation locale et la coopération régionale.

Parmi les recommandations figurent des autorités de régulation indépendantes, des comités d'éthique, des audits réguliers, des clauses éthiques dans les marchés publics et des « bacs à sable réglementaires » pour tester des innovations. Le texte propose aussi d'introduire des modules d'IA et d'éthique numérique dès le secondaire. Il prévoit une grille d'autoévaluation à 10 indicateurs et un calendrier d'action sur trois ans.

« Subir cette transformation ou en devenir acteur »

La ministre burkinabè de la Transition digitale, Aminata Zerbo/Sabané, résume l'enjeu : chaque État doit choisir entre « subir cette transformation ou en devenir acteur », selon les propos rapportés par OSIRIS. Dans le préambule, l'expert Seydina Ndiaye oppose « ceux qui sont en mesure de gouverner la technologie » à ceux qui la subissent.

Côté guinéen, Aly Cherif, directeur national des technologies de l'information et de l'économie numérique, plaide, selon AI4D, pour une IA au service du développement humain, notamment dans l'éducation, la santé et l'agriculture, tout en se méfiant des systèmes importés qui creusent les déséquilibres.

Des pays à des stades très différents

Les six pays ne partent pas du même point. OSIRIS relève notamment :

  • Sénégal : une feuille de route sur l'IA jusqu'en 2028, comprenant 52 actions ;
  • Guinée : une feuille de route nationale 2026-2035, validée le 20 décembre 2025 ;
  • Bénin : une stratégie IA et mégadonnées budgétée à 4,68 milliards de FCFA sur cinq ans.

Tous disposent d'une loi sur la protection des données personnelles, adoptée en 2008 au Sénégal, en 2013 au Mali et en Côte d'Ivoire, en 2016 en Guinée, en 2021 au Burkina Faso et en 2022 au Bénin. Mais ces lois ne couvrent pas toujours les usages de l'IA, et les autorités chargées de les appliquer manquent souvent de moyens, souligne l'analyse.

Ces dernières semaines, l'IA a aussi fait l'objet d'annonces dans la région, comme l'AI Scaling Hub lancé à Dakar avec la Fondation Gates ou l'initiative de la BAD et du PNUD déployée depuis Abidjan.

Un cadre sans force obligatoire

C'est la principale limite : le texte fixe des principes et des priorités, mais ne crée aucune obligation légale. Selon OSIRIS, son adoption officielle par chaque État n'a d'ailleurs pas encore eu lieu. Le document prévoit cinq leviers pour passer à l'acte : un acte officiel, une stratégie nationale dotée d'un budget et d'un calendrier, un point focal national, des feuilles de route sectorielles et un mécanisme régional de suivi (CEDEAO, Union africaine ou Smart Africa).

Le financement pose aussi question. Le document évoque un Fonds africain pour l'IA de « plus de soixante milliards de francs CFA », alors que d'autres textes parlent de 60 milliards de dollars après le sommet de Kigali d'avril 2025, un écart que l'analyse estime à environ 600 fois. OSIRIS rappelle aussi qu'il n'existe pas de cadre contraignant sur l'IA au niveau de la CEDEAO.

Le site Wakat Sera pose la même question : ces lignes directrices resteront-elles un cadre politique, ou deviendront-elles des obligations ?

Questions fréquentes

Quels pays sont concernés ? Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Mali et le Sénégal.

Ces lignes directrices sont-elles obligatoires ? Non. Elles fixent des principes et un calendrier d'action, mais n'ont pas de force juridique. Chaque État doit les traduire dans ses propres lois et stratégies.

Qu'est-ce que cela change pour les citoyens ? Rien d'immédiat. À terme, le texte vise une meilleure protection des données personnelles, plus de transparence sur les systèmes d'IA utilisés par les administrations et des recours accessibles en cas d'abus.

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