Demain, le 27 décembre 2025 (élections législatives en Côte d'Ivoire) , 255 sièges de l'Assemblée nationale seront en jeu. Mais derrière les chiffres — 2 740 candidats qui sillonnent le pays — se dessine une bataille autrement plus profonde : celle de l'équilibre démocratique ivoirien.
Ce ne sont pas que des élections. C'est un test grandeur nature pour une nation qui porte encore les cicatrices de ses crises passées, mais refuse de se laisser définir par elles.
Marcory : le champ de bataille où tout se joue
Si vous voulez comprendre l'état de la démocratie ivoirienne, ne regardez pas les sondages. Allez à Marcory.
Laurent Tchagba, ministre des Eaux et Forêts et porte-étendard du RHDP, y mène une campagne de proximité. Porte-à-porte, marchés, quartiers. Il mise sur l'insertion professionnelle des jeunes, les projets concrets. Face aux ferrailleurs du quartier Brésil et aux femmes du marché d'Aliodan, il défend un bilan et une vision.
Face à lui ? Raoul Aby, député-maire sortant. Trente-cinq ans d'ancrage local. Un discours qui résonne :
« Le PDCI-RDA est un parti de paix. Nous ne saurions brûler la Côte d'Ivoire parce que notre candidat a été éliminé. »
Son message est limpide — l'opposition ne cherche pas à bloquer, mais à empêcher que des lois contraires aux intérêts du peuple soient votées. Sans majorité absolue, le gouvernement négocie. Et c'est précisément là que réside la démocratie.
Mais Marcory n'est pas une affaire à deux. Deux candidats indépendants, Amagou Wilfried Zahui et Doho Joris, promettent de reverser intégralement leurs indemnités parlementaires aux populations. Une promesse audacieuse dans un pays où la classe politique est souvent accusée de déconnexion.
L'enjeu : Marcory dira si l'ancrage compte plus que la machine, si la proximité l'emporte sur les promesses d'en haut.
Cocody : quand l'élite intellectuelle vote
Yopougon compte plus d'un million d'habitants. Mais c'est Cocody qui intrigue. Quatorze prétendants pour deux sièges. Une commune où la participation présidentielle a chuté à 19,24 % en octobre dernier — le plus faible taux d'Abidjan.
Le maire Jean-Marc Yacé du PDCI-RDA y est favori, selon les observateurs de terrain. Son message ? « Une voix est une voix. Vous devez aller voter, vous devez surveiller… et vous devez ramener la victoire. » Il demande à chaque militant de convaincre mille électeurs. Rien que ça.
Cocody, c'est la commune des intellectuels à la retraite qui donnent des consignes à leurs descendants depuis leurs salons. C'est là que le vote sanction s'exprime le plus clairement quand la démocratie est malmenée.
Le RHDP y est présent, mais dans les zones où la démocratie règne, la magie ne pourra pas s'opérer aussi facilement. Le réveil a sonné.
Yopougon : quand le poids lourd rencontre l'alliance
Le maire Adama Bictogo conduit la liste RHDP avec une représentation féminine qui dépasse les 58 %. Face à lui, l'alliance PDCI-FPI-ADCI présente une coalition qui incarne l'unité de l'opposition.
Yopougon n'est pas qu'un bassin électoral. C'est un symbole pendant ces Législatives en Côte d'Ivoire. La commune la plus peuplée d'Abidjan dira si la machine du pouvoir peut tout balayer ou si la coalition adverse tient le choc.
Bouaké : la victoire sans combat qui en dit long
Amadou Koné, ministre des Transports, conduit la seule liste validée à Bouaké. Aucun adversaire pendant ces Législatives en Côte d'Ivoire. Les candidatures indépendantes ont été rejetées par le Conseil constitutionnel.
L'absence d'opposition dans la deuxième ville du pays pose question. Est-ce la preuve d'une domination sans partage du RHDP dans son fief ? Ou le signe d'un système qui filtre les alternatives ?
Les indépendants qui changent la donne
Dans tout le pays, des candidats sans étiquette secouent le jeu. À Koun-Fao, à Gouméré-Tabagne, à Niakara, ils portent des projets ancrés dans le développement local : accès à l'eau potable, agriculture, infrastructures.
Leur présence force les grands partis à descendre du piédestal. À écouter, vraiment. À promettre moins et à livrer plus.
Ce qui se joue vraiment
Au-delà des sièges, trois questions traversent ce scrutin :
1. L'équilibre institutionnel : Le RHDP cherche la majorité absolue. Le PDCI plaide pour un Parlement qui ne soit pas une chambre d'enregistrement. Hien Sié Georges, candidat PDCI à Bondoukou, l'a dit clairement :
« Le pouvoir législatif ne devrait pas être concentré entre les mains d'un seul parti. »
2. La proximité contre la technocratie : Partout, le message est le même. Raoul Aby à Marcory :
« Pour représenter un peuple, il faut le connaître, connaître son vécu, ses besoins et son histoire. On ne peut pas envoyer quelqu'un de l'extérieur. »
3. La réconciliation par les urnes : Après la présidentielle d'octobre boycottée par l'opposition, ces législatives sont une chance de renouer avec un processus inclusif. Le PDCI a choisi de participer malgré l'invalidation de Tidjane Thiam à la présidentielle. Un pari sur la paix.
Et maintenant ?
Les résultats provisoires des Législatives en Côte d'Ivoire seront proclamés entre le 28 et le 30 décembre. Les recours pourront être déposés jusqu'au 5 janvier 2026.
Mais au-delà des chiffres, ce scrutin dira si la Côte d'Ivoire peut réconcilier pouvoir fort et contre-pouvoir vigoureux. Si elle peut transformer la mémoire des crises en sagesse politique.
Demain, dans les bureaux de vote d'Abidjan, de Bondoukou, de Korhogo, 8,7 millions d'électeurs ne choisiront pas seulement des députés. Ils choisiront le type de démocratie qu'ils veulent incarner.