Le 12 avril 2026, le Bénin a élu son nouveau président dans une relative quiétude. Romuald Wadagni, ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances depuis dix ans, remporte l’élection avec 94,05 % des voix selon les résultats provisoires de la Commission électorale nationale autonome (CENA). Son principal adversaire, Paul Hounkpè du FCBE, reconnaît sa défaite dès le 13 avril. À 49 ans, ce fils de Lokossa succède à Patrice Talon, dont il fut le dauphin désigné. Technocrate rigoureux formé à l’international, Wadagni incarne la continuité d’une politique de redressement économique tout en promettant de transformer ces acquis en « progrès social accéléré » pour les sept années à venir.
Un parcours exemplaire : de Lokossa à la Marina
Né le 20 juin 1976 à Lokossa (département du Mono), Romuald Wadagni grandit dans une famille modeste mais valorisant l’excellence. Aîné de cinq enfants, fils d’un statisticien-économiste et haut fonctionnaire, il excelle très tôt en mathématiques et assume des responsabilités familiales concrètes (maçonnerie, mécanique). Après un baccalauréat scientifique au Bénin, il part en 1995 en France intégrer l’École supérieure des affaires de Grenoble (IAE). Il en sort major avec un Master en Finances. Recruté par Deloitte en 1998, il y fera une carrière fulgurante pendant 17 ans.
Superviseur à Lyon, il obtient le diplôme d’expert-comptable américain (CPA) en 2003, travaille à Boston sur des missions d’audit pour de grandes entreprises, et suit une formation en capital-investissement à Harvard Business School en 2007. Promu associé en 2012 à seulement 36 ans – le plus jeune de l’histoire du cabinet en France –, il développe l’activité en Afrique francophone, ouvre des bureaux en RDC et impose les normes IFRS et US GAAP. Ce parcours international, loin des arènes politiques, forge son style : discret, factuel, rigoureux et orienté résultats.
En avril 2016, à 39 ans, Patrice Talon le nomme ministre de l’Économie et des Finances. Choix audacieux : un pur technocrate sans passé partisan prend les rênes d’un pays endetté et fragilisé. Dix ans plus tard, il devient le candidat unique de la majorité (Union Progressiste le Renouveau et Bloc Républicain), adoubé par Talon, et remporte un scrutin marqué par une participation de 58,75%. Avec Mariam Chabi Talata comme colistière, il promet de « transformer l’essai économique en victoire sociale ».
Les réformes économiques (2016-2026) : l’ère de la rigueur et de la crédibilité retrouvée
Dès sa nomination, Romuald Wadagni fait de l’assainissement des finances publiques sa priorité absolue. Le Bénin hérite d’une administration opaque et d’une dette élevée. Les mesures phares s’articulent autour de plusieurs piliers :
1. Discipline budgétaire et transparence
Réduction progressive du déficit budgétaire par optimisation des dépenses et rationalisation de la masse salariale.
Digitalisation massive de la fiscalité : plateformes en ligne pour déclarations et paiements, élargissement de l’assiette et lutte contre la fraude. Le budget national triple, passant d’environ 1 200 milliards FCFA en 2016 à plus de 3 500 milliards en 2025-2026.
Transparence exemplaire : le Bénin devient 1er pays francophone au Budget Ouvert (79/100 en 2023) et figure parmi les leaders mondiaux en transparence fiscale.
2. Accès innovant aux marchés internationaux
Wadagni ouvre le Bénin aux capitaux privés :
Première sortie en 2018 (260 millions €), premier eurobond en 2019 (500 millions €).
Émissions record : 700 millions € en 2021 (à 4,9 %), eurobond vert de 500 millions €, et 750 millions $ en 2024 sur 14 ans.
Amélioration des notations souveraines (Moody’s B2 → B1, S&P vers BB-, Fitch stable). Le Bénin intègre la BERD en 2024.
Ces opérations, saluées internationalement, diversifient les sources de financement et réduisent la dépendance aux bailleurs traditionnels.
3. Réformes régionales et monétaires
Président du Conseil des ministres de l’UEMOA (2018-2020), Romuald Wadagni pilote la réforme historique du Franc CFA (accord de 2019 : fin du compte d’opérations, évolution vers l’Eco). La BAD qualifie cette réforme d’« historique ».
4. Amélioration du climat des affaires
En 2020, le Bénin devient champion mondial selon la CNUCED pour la création d’entreprises grâce à la digitalisation des guichets uniques.
Sélection comme premier pays du G20 Compact with Africa.
Soutien massif pendant les crises : plus de 41 milliards FCFA injectés face à la Covid-19 et à l’inflation de la crise russo-ukrainienne.
Résultats concrets : Croissance moyenne de 6,4 % (pics à plus de 7 %), doublement du PIB en dix ans, rebond post-Covid (3,8 % en 2020, 7,2 % en 2021). Revenu par habitant en hausse significative. Wadagni est régulièrement élu « Meilleur ministre des Finances d’Afrique ».
Le programme présidentiel de Romuald Wadagni : continuité et tournant social
Wadagni assume pleinement l’héritage Talon : infrastructures (ports, routes, énergie), attractivité des investissements et stabilité macroéconomique. Mais son mandat 2026-2033 met l’accent sur la seconde phase :
Industrialisation régionale : Division du pays en six pôles pour un développement de proximité (agriculture, tourisme, industrie, numérique).
Jeunesse et innovation : Plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. Création d’un écosystème numérique, formation, accès au crédit en 48h, export de solutions tech béninoises.
Progrès social : Écoles de filles, campus numériques, assainissement, santé, routes rurales.
Sécurité et climat : Réponse aux menaces jihadistes au Nord et plan de financement climatique via crédits carbone et obligations vertes.
Son slogan « Plus Loin, Ensemble » traduit cette ambition inclusive et territoriale.
Défis et perspectives
Malgré les succès, des critiques persistent : croissance encore insuffisamment inclusive, persistance de la pauvreté et de l’économie informelle, centralisation décisionnelle et questions sur les libertés publiques. La dette reste à surveiller, même si les fondamentaux s’améliorent. Politiquement, Wadagni, sans base partisane historique, devra élargir sa coalition et restaurer un dialogue inclusif. Sur le plan sécuritaire, la situation au Nord exige une réponse combinée développement-sécurité.
Romuald Wadagni représente une nouvelle génération de dirigeants africains : formés à l’international, pragmatiques et axés sur la performance. De l’expert-comptable de Deloitte au président, son parcours incarne la méritocratie et la bonne gouvernance. Les Béninois l’ont plébiscité pour ses résultats chiffrés ; ils l’attendront désormais sur les vies transformées.
L’ère Wadagni commence. Elle s’annonce comme celle de la consolidation économique au service d’un développement humain et territorial ambitieux. Dans un Bénin jeune, dynamique et confronté aux défis démographiques et climatiques du XXIe siècle, le technocrate discret dispose de sept ans pour démontrer que les bons chiffres peuvent, bel et bien, changer des destins.