Le détroit d'Ormuz, par où transite une grande partie du pétrole et du gaz du Golfe, pourrait rouvrir rapidement… si Washington accepte les conditions de Téhéran. C'est le message du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, alors que les discussions menées au Qatar sont entrées dimanche 1er novembre dans leur troisième journée.
Un plan en deux jours, porté par le Qatar
Selon l'agence indienne ANI, qui cite Al Jazeera (The Tribune), le Qatar avait d'abord proposé un délai de mise en œuvre de cinq jours. Les discussions l'ont ramené à deux jours, a indiqué Abbas Araghchi. « La réouverture du détroit d'Ormuz conformément à nos conditions ouvre la voie à la reprise des négociations », a-t-il déclaré, selon la même source.
Il ne s'agit pas de négociations directes entre l'Iran et les États-Unis. D'après Reuters, cité par Armees.com, les pourparlers ont suivi une visite de médiateurs qataris à Téhéran vendredi, et Washington est tenu informé par des contacts réguliers. Le chef de la diplomatie iranienne a jugé les consultations en progrès, sans décision finale.
Ce que réclame Téhéran
Les exigences iraniennes, rapportées par ANI et Al Jazeera, sont lourdes. Ce sont des demandes de Téhéran, pas des engagements américains :
- la levée des sanctions imposées après l'effondrement, en juillet, du protocole d'accord d'Islamabad ;
- le rétablissement des dérogations accordées en juin pour les exportations de pétrole iranien ;
- le dégel de tous les avoirs iraniens bloqués, « y compris ceux détenus au Qatar » ;
- une réduction de la présence militaire américaine dans la région ;
- la reconnaissance d'un couloir de navigation discuté avec Oman, et la fermeture des autres routes.
Le responsable sécuritaire Mohsen Rezaei a durci le ton : selon ANI, il a affirmé qu'il n'y aurait pas de négociations et que le détroit resterait fermé tant que les sept conditions de l'Iran ne seraient pas remplies. Il a néanmoins salué un changement de ton américain. Une lettre du vice-président JD Vance lui a été remise par les médiateurs qataris ; elle proposerait, selon ces informations, un cadre de discussions directes incluant le programme nucléaire. Son contenu exact n'a pas été rendu public.
Washington souffle le chaud et le froid
Côté américain, le secrétaire d'État Marco Rubio a confirmé la poursuite des contacts diplomatiques, sans calendrier d'accord. Donald Trump a écarté toute nouvelle frappe sur l'Iran avant les élections de mi-mandat du mardi 3 novembre, sans exclure d'agir ensuite. « Il y a des discussions, ils veulent parler, ils continuent de parler », a-t-il déclaré, tout en jugant Téhéran « pas très fiable », selon ANI.
Le guide suprême Mojtaba Khamenei aurait par ailleurs ordonné aux forces iraniennes de se préparer à une nouvelle attaque, d'après Armees.com. Les deux camps restent donc dans une posture de dissuasion.
Le Brent recule, mais reste très élevé
Les marchés ont réagi à la piste diplomatique. Lundi 2 novembre en début de séance asiatique, le Brent a perdu 1,59 dollar, à 111,84 dollars le baril, et le WTI américain 1,56 dollar, à 102,56 dollars, selon Reuters, repris par Business Recorder. Le Brent avait terminé octobre à son plus haut niveau depuis six mois.
Un analyste de KCM Trade, Tim Waterer, y voit un simple « repli technique » et estime que le baril pourrait remonter vers 120 dollars si la rhétorique s'envenime après les midterms. Dimanche, l'Opep+ a par ailleurs maintenu ses objectifs de production pour décembre et n'envisage pas de nouvel ajustement avant l'an prochain.
Ce que ça change pour l'Afrique
Pour les pays africains importateurs de produits pétroliers, un baril au-dessus de 110 dollars pèse sur les budgets, les subventions aux carburants et le coût du transport, donc sur les prix des denrées. Une réouverture du détroit ferait baisser la prime de risque et soulagerait ces économies, ainsi que les compagnies maritimes qui desservent les ports du continent.
À l'inverse, les producteurs africains, comme le Nigeria ou l'Angola, profitent de cours élevés pour leurs recettes d'exportation. Splash Media avait déjà détaillé ces effets lors de la flambée d'octobre, quand l'Iran affirmait avoir frappé sept pétroliers dans le détroit (lire notre article).
La semaine qui s'ouvre sera décisive : un accord à Doha avant ou juste après le scrutin américain ferait retomber la pression ; un échec relancerait le risque de nouvelles frappes.
Questions fréquentes
Le détroit d'Ormuz est-il rouvert ? Non. Au 2 novembre, il s'agit d'un plan en discussion à Doha, conditionné à des concessions américaines. Aucun accord n'a été annoncé.
Les États-Unis et l'Iran négocient-ils directement ? Non. Les échanges passent par la médiation du Qatar. Une lettre de JD Vance évoquerait de futures discussions directes, ce qui n'est pas confirmé officiellement.
Pourquoi le prix du pétrole compte-t-il pour l'Afrique ? Beaucoup de pays africains importent leurs carburants : un baril cher renchérit le transport, l'électricité et l'alimentation, et alourdit les subventions publiques.
