Il ne reste de lui qu'un fragment de mâchoire inférieure. Mais ce fossile, mis au jour dans le désert égyptien, bouscule une idée bien installée : celle selon laquelle l'ancêtre commun des grands singes actuels aurait vécu en Afrique de l'Est. Son nom : Masripithecus moghraensis. Décrit dans la revue Science en mars 2026, il fait de nouveau parler de lui à la faveur d'une large diffusion de l'étude fin octobre.
Un singe de 17 à 18 millions d'années
Le fossile provient de Wadi Moghra, un site du nord de l'Égypte. Selon ScienceDaily, qui relaie les travaux de l'université de Californie du Sud (USC), il est daté de 17 à 18 millions d'années, au Miocène inférieur.
Son nom est une carte d'identité. Masr signifie « Égypte » en arabe, pithekos veut dire « singe » en grec, et moghraensis rend hommage au site de Wadi Moghra.
Les éléments clés de la découverte :
- Vestige : une partie de mâchoire inférieure, avec une dent
- Âge : 17 à 18 millions d'années
- Site : Wadi Moghra, nord de l'Égypte
- Publication : Science, 26 mars 2026
- Équipe : Centre de paléontologie des vertébrés de l'université de Mansoura (MUVP), en Égypte, avec l'université de Californie du Sud
Une découverte portée par des chercheurs égyptiens
L'étude est dirigée par le Centre de paléontologie des vertébrés de l'université de Mansoura. Sa première autrice, la paléontologue Shorouq Al-Ashqar, a mis au jour le fragment de mâchoire en 2024, selon Science News. Le projet avait démarré en 2021.
Le paléontologue Hesham Sallam, qui dirige le laboratoire, explique que l'équipe a cherché ce type de fossile pendant des années. Pour lui, « l'Afrique du Nord détient cette pièce manquante », rapporte ScienceDaily. C'est le premier grand singe fossile dont l'identification est certaine en Afrique du Nord.
Ce que le fossile change
Selon les analyses de l'équipe, Masripithecus serait plus proche des grands singes actuels (chimpanzés, gorilles, orangs-outans) que tous les singes connus de la même époque en Afrique de l'Est. Les modèles de biogéographie suggèrent que l'ancêtre commun des grands singes vivants, apparu il y a environ 23 à 16 millions d'années, pourrait avoir vécu en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient, et non en Afrique de l'Est.
Le coauteur Erik Seiffert, paléontologue à l'université de Californie du Sud, reconnaît avoir longtemps pensé que cet ancêtre vivait en Afrique de l'Est. Les nouveaux résultats remettent désormais « fortement en cause cette idée », a-t-il déclaré, selon ScienceDaily.
Attention toutefois aux raccourcis. Les auteurs n'affirment pas que Masripithecus est un ancêtre direct des humains, ni même des grands singes actuels. Son intérêt est d'éclairer l'origine plus large de cette lignée.
Un régime alimentaire polyvalent
L'analyse des dents donne une idée de son mode de vie. Masripithecus était principalement frugivore, mais ses dents étaient assez robustes pour broyer des aliments plus durs, comme des noix et des graines. Selon Science News, l'épaisseur de l'émail plaide pour ce régime mixte.
Pour Shorouq Al-Ashqar, citée par ScienceDaily, Masripithecus « était adapté à la polyvalence ». Un atout probable face aux saisons plus marquées d'Afrique du Nord et de la péninsule Arabique à cette époque.
Des réserves et de grands angles morts
Les chercheurs extérieurs à l'étude saluent la découverte tout en restant prudents. Interrogée par Science News, la paléontologue Susanne Cote, de l'université de Calgary, estime que les singes étaient sans doute plus répandus en Afrique que ne le montrent les fossiles, car de nombreuses régions restent très peu explorées. Le site étudié n'est, selon elle, qu'une « petite fenêtre » sur cette période.
James Rossie, de l'université Stony Brook (New York), juge que notre vision de l'évolution des singes en Afrique et en Arabie « comporte encore d'énormes angles morts ». Une seule mâchoire laisse aussi ouvertes bien des questions sur l'apparence, la taille et le comportement de l'animal.
Shorouq Al-Ashqar le reconnaît : d'autres pays d'Afrique du Nord, comme le Maroc, la Tunisie ou la Libye, pourraient encore livrer des fossiles de grands singes.
FAQ
Qu'est-ce que Masripithecus moghraensis ? Un grand singe fossile de 17 à 18 millions d'années, découvert à Wadi Moghra, en Égypte, et décrit dans Science en mars 2026.
Est-ce un ancêtre de l'être humain ? Les auteurs ne l'affirment pas. Le fossile éclaire l'origine de la lignée des grands singes, dont fait partie l'humain, sans être présenté comme un ancêtre direct.
Pourquoi cette découverte est-elle importante ? C'est le premier grand singe fossile certain d'Afrique du Nord. Il suggère que l'ancêtre commun des grands singes actuels a pu vivre en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient plutôt qu'en Afrique de l'Est.
