L'Organisation météorologique mondiale (OMM) l'a confirmé début octobre : l'épisode El Niño en cours est « fermement installé et se renforce rapidement », selon les mots de sa secrétaire générale, Celeste Saulo (propos traduits de l'anglais). Pour l'Afrique, où une grande partie de la population vit de l'agriculture pluviale, ce phénomène né dans le Pacifique a des conséquences très concrètes, de la récolte au prix du sac de mil.
Un épisode hors norme
Dans sa mise à jour du 8 octobre 2026, l'OMM indique que l'anomalie de température de surface de la mer dans la zone de référence Niño 3.4 est passée de +1,6 °C en juin à +2,5 °C en août. Les modèles prévoient une moyenne d'environ +3,7 °C pour octobre-décembre, avec un pic attendu vers décembre. Ce serait la valeur la plus élevée depuis le début des observations, au-delà du précédent record de +2,6 °C enregistré entre novembre 2015 et janvier 2016.
L'OMM, qui s'appuie sur le consensus de 13 centres nationaux et internationaux, estime à près de 100 % la probabilité que l'épisode se poursuive jusqu'en février 2027. Selon le Climate Adaptation Center, une valeur quotidienne record de +3,35 °C a été relevée le 15 octobre. Ce relevé journalier n'a pas fait l'objet d'une communication officielle de l'OMM, et le qualificatif de « super El Niño » n'a rien d'officiel.
Au Sahel, pas de sécheresse généralisée annoncée
El Niño est souvent associé à des pluies déficitaires au Sahel. Le Centre régional Agrhymet du CILSS, basé à Niamey, appelle pourtant à la nuance. Dans une note technique de mai 2026 citée par SciDev.Net, il rappelait que « la présence d'un El Niño fort en 2026 ne signifie pas automatiquement une saison déficitaire ».
Sa mise à jour du 31 août dessine une situation contrastée pour septembre-novembre :
- Sahel occidental : cumuls de pluie inférieurs à la moyenne attendus au sud de la Mauritanie, au Sénégal, dans une grande partie du Mali et au nord de la Guinée et du Burkina Faso, avec une fin de saison plus rapide ;
- Sahel central : situation hétérogène, proche de la moyenne voire supérieure par endroits (Burkina Faso, sud-ouest du Niger, nord du Bénin) ;
- Sahel oriental : déficits probables au centre et à l'est du Nigeria et dans une grande partie du Tchad ;
- Golfe de Guinée : pluies supérieures à la moyenne possibles sur certaines zones côtières, de la Guinée au sud du Nigeria, en passant par la Côte d'Ivoire et le Ghana, avec un risque d'inondations lors d'épisodes de fortes pluies.
Agrhymet souligne qu'un Atlantique tropical nord et une Méditerranée plus chauds que la normale pourraient en partie atténuer l'effet d'El Niño.
La chaleur, risque le plus partagé
Le signal le plus net concerne les températures. Agrhymet prévoit des températures supérieures à la moyenne sur presque toute la région, avec un signal plus marqué au Sahel et dans certains pays du golfe de Guinée. Il évoque des risques de stress thermique en fin de saison des pluies et au début de la saison sèche. L'OMM note de son côté qu'un El Niño puissant conduit souvent à l'une des années les plus chaudes jamais enregistrées, comme en 2024.
Pour les ménages, cela touche la santé, en particulier celle des personnes âgées et des jeunes enfants, la consommation d'eau et d'électricité, mais aussi les cultures de contre-saison.
À l'est du continent, les premiers effets sont déjà là
Plusieurs régions d'Afrique de l'Est subissent déjà les conséquences de l'épisode, selon une synthèse publiée le 23 octobre par OkayAfrica à partir de dépêches de Reuters et de l'OIM :
- Soudan : la saison des pluies de juillet à septembre a été la plus sèche depuis plus de trente ans à l'échelle nationale, d'après des données de l'Institut d'études géologiques des États-Unis ; le Programme alimentaire mondial prévoit 1,2 million de personnes supplémentaires en situation de faim sévère d'ici août 2027 ;
- Somalie : l'Organisation internationale pour les migrations avertit que près de 874 000 personnes pourraient être déplacées en trois mois, en grande majorité par des inondations.
Ce que l'on peut faire dès maintenant
Agrhymet recommande de suivre les séquences sèches, le retrait de la mousson, les crues et les épisodes de chaleur, ainsi que la seconde saison des pluies dans le golfe de Guinée. Pour les agriculteurs comme pour les ménages urbains, les bulletins des services météorologiques nationaux restent la référence, l'OMM renvoyant elle-même vers les centres climatiques régionaux pour les prévisions locales.
« Le Sahel occidental pourrait connaître un risque de déficits des totaux pluviométriques », résumait en août Seydou Tinni Halidou, chef de division au centre Agrhymet, interrogé par SciDev.Net. L'enjeu des prochains mois sera de transformer ces alertes en décisions : stocks de semences, gestion de l'eau, prévention des inondations et protection des plus vulnérables face à la chaleur.
FAQ
Qu'est-ce qu'El Niño ? C'est un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial, qui modifie la circulation atmosphérique et donc les pluies et les températures dans de nombreuses régions du monde, dont l'Afrique.
Jusqu'à quand durera l'épisode actuel ? L'OMM estime à près de 100 % la probabilité qu'il se poursuive jusqu'en février 2027, avec un pic attendu vers décembre 2026.
El Niño signifie-t-il forcément la sécheresse au Sahel ? Non. Agrhymet prévoit des déficits surtout au Sahel occidental et oriental, mais des pluies proches de la normale, voire excédentaires, dans d'autres zones, avec des risques d'inondations.
