Deux jours après les élections législatives du 27 octobre, Israël n'a toujours pas de majorité claire. Avec près de 90 % des voix dépouillées, le bloc de Benyamin Nétanyahou obtiendrait 53 sièges sur 120, celui de Gadi Eisenkot 48, et les partis arabes un record de 19 élus, selon les chiffres de la Commission électorale centrale rapportés par le Times of Israel. Il faut 61 sièges pour gouverner.
Des résultats encore provisoires
Le décompte n'est pas terminé. Les bulletins dits « à double enveloppe », principalement ceux des soldats, mais aussi des détenus, du personnel médical et des représentants israéliens à l'étranger, sont en cours de dépouillement depuis jeudi. Selon le responsable du centre de contrôle de la Commission, Elad Naveh, cité par Ynet, il est trop tôt pour mesurer leur effet ; ils pourraient dépasser le demi-million. Les résultats officiels sont attendus le 4 novembre.
Les chiffres ont d'ailleurs varié au fil du dépouillement : à 85 % des bulletins, l'AFP donnait 54 sièges au camp Nétanyahou, 49 à l'opposition et 17 aux partis arabes, selon une dépêche reprise par Blick. Les sondages de sortie des urnes donnaient même le bloc Eisenkot en tête de deux ou trois sièges.
Répartition provisoire des principaux partis (Times of Israel, décompte de mercredi après-midi) :
- Likoud (Nétanyahou) : 26 sièges ;
- Yashar (Eisenkot) : 21 ;
- B'Yachad (Bennett) : 12 ;
- Liste unifiée (Jabareen) : 12 ;
- Les Démocrates (Golan) : 8 ;
- Shas, Judaïsme unifié de la Torah, Otzma Yehudit, Raam, Israël Beytenou : 7 chacun ;
- Sionisme religieux : 6.
Nétanyahou recule, sans être battu
Le bloc sortant perd beaucoup de terrain : il détenait 68 sièges dans la Knesset précédente. Mais l'opposition ne parvient pas non plus à la majorité, et le Likoud reste le premier parti du pays. « La majorité sioniste doit revenir à la raison et s'unir », a lancé Benyamin Nétanyahou, cité par Ynet. Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major, estime de son côté que « le public a choisi le changement ».
La participation a été la plus élevée depuis plus de 25 ans, selon l'AFP. Il s'agissait du premier scrutin depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
Le Likoud crie à la fraude, sans preuve
Mercredi, le Likoud a affirmé que « les élections en Israël ont été volées par les partis arabes », réclamant une enquête de la police et du Shin Bet sur des faits présumés de corruption, de menaces et de fraude, d'après le Times of Israel. Le parti n'a pas apporté de preuve de fraude massive. Selon l'AFP, la Commission électorale n'a relevé aucune irrégularité, et un de ses responsables a balayé ces accusations sur la chaîne 12. Jeudi, le direct du Times of Israel indiquait que la police avait elle aussi écarté ces allégations.
Les partis arabes, faiseurs de roi ?
Avec 19 sièges, contre 10 dans la Knesset sortante et un précédent record de 15, les partis arabes pèsent comme jamais. Les citoyens arabes représentent près de 20 % de la population. Le président de la Liste unifiée, Youssef Jabareen, s'est dit prêt à soutenir un gouvernement d'opposition sans y entrer, afin de faire tomber Nétanyahou, rapporte l'AFP. Le parti islamiste Raam se dit lui aussi ouvert.
Le problème : Gadi Eisenkot avait écarté cette option pendant la campagne, et la plupart des partis de l'opposition juive refusent de s'appuyer sur ces formations. Dans le camp Eisenkot, Yaïr Golan, chef des Démocrates, est pour l'instant le seul à plaider ouvertement pour cette alliance, selon l'AFP.
Ce qui va se passer maintenant
Une fois les résultats définitifs connus, le président Isaac Herzog consultera les chefs de partis pour désigner la personnalité chargée de former un gouvernement. Il a prévenu qu'un nouveau scrutin serait « inévitable » faute d'accord, et a appelé les partis à « tout faire » pour former une coalition, selon l'AFP. En attendant, Benyamin Nétanyahou reste Premier ministre par intérim. Après les élections de 2022, il avait fallu 58 jours pour former une coalition.
Pourquoi l'Afrique regarde ce scrutin
Le prochain gouvernement israélien héritera de dossiers qui touchent directement le continent : la guerre à Gaza, au cœur de la plainte pour génocide déposée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, la situation en Cisjordanie occupée, et les relations nouées avec le Maroc depuis la normalisation de 2020. Nétanyahou avait aussi promis, en cas de victoire, de « finir le travail » en Iran, rapporte la RTBF, une perspective qui pèse sur la stabilité régionale et les prix de l'énergie.
FAQ
Qui a gagné les élections en Israël ? Aucun camp n'a la majorité de 61 sièges. Le Likoud de Nétanyahou est le premier parti, mais son bloc obtiendrait 53 sièges, contre 48 pour celui d'Eisenkot, selon des résultats provisoires.
Quand seront connus les résultats officiels ? Ils doivent être publiés le 4 novembre 2026, après le décompte des bulletins à double enveloppe.
Combien de sièges pour les partis arabes ? Environ 19 selon le dernier décompte disponible, un record historique, porté par une forte mobilisation de l'électorat arabe.
