La Guinée a désormais sa propre raffinerie d'or. Le président Mamadi Doumbouya a inauguré dimanche 1er novembre 2026 la Nimba Gold Refinery (NGR), installée à la Cité de l'Air, dans la commune de Gbessia, à Conakry, rapportent Guinéenews et Mediaguinee.
Le Premier ministre Amadou Oury Bah, le ministre des Mines et de la Géologie Bouna Sylla et plusieurs membres du gouvernement assistaient à la cérémonie. Pour les autorités, l'objectif est clair : garder dans le pays une partie de la valeur d'un or jusqu'ici exporté brut.
« Cette époque est révolue »
Le ministre Bouna Sylla a résumé l'ambition du projet. « Depuis toujours, la Guinée a exploité et exporté son or à l'état brut », a-t-il déclaré, cité par Guinéenews, avant d'ajouter : « Aujourd'hui, cette époque est révolue. »
Selon le ministère des Mines, cité par The Rio Times et allAfrica, la Guinée a exporté environ 70 tonnes d'or en 2025. L'orpaillage artisanal représente l'essentiel de cette production : environ 70 %, selon Bouna Sylla. allAfrica évoque environ 50 tonnes issues des mines artisanales.
Le ministre a relié ce projet au programme Simandou 2040, la stratégie de développement adossée au gigantesque gisement de fer de Simandou, et à la transformation locale des ressources naturelles. Guinéenews mentionne aussi trois projets de raffineries d'alumine en construction.
733 tonnes par an : une capacité théorique
Moussa Magassouba, qui s'exprimait au nom de la raffinerie, a avancé une capacité nominale de raffinage de 733 tonnes par an. Il estime qu'en tournant à 50 % de cette capacité, l'usine pourrait générer un flux financier annuel d'environ 4,5 milliards de dollars.
Ces chiffres sont à lire avec prudence. Une capacité nominale correspond à un maximum théorique, et non à une production attendue, souligne The Rio Times. Le chiffre de 733 tonnes est d'ailleurs dix fois supérieur aux quelque 70 tonnes exportées par le pays en 2025, et l'origine de l'or à raffiner au-delà de la production nationale n'a pas été précisée. Le mode de calcul des 4,5 milliards de dollars n'a pas non plus été détaillé.
« Il n'y a pas de développement économique sans industrialisation », a déclaré Moussa Magassouba, cité par Guinéenews.
L'État veut acheter jusqu'à 30 % de l'or
Le dispositif s'accompagne d'un mécanisme d'achat public. En vertu du Code minier, l'État prévoit d'acheter jusqu'à 30 % de l'or produit par les sociétés industrielles et semi-industrielles, payé en francs guinéens, a expliqué Bouna Sylla. Selon Mediaguinee, l'objectif est de renforcer les réserves de change de la Banque centrale.
Guinéenews précise que l'installation a fait l'objet d'un appel d'offres « ouvert et international », sur la base des articles 22, 30 et 78 du Code minier.
Plusieurs informations restent inconnues à ce stade :
- le montant de l'investissement ;
- l'identité des actionnaires et de l'opérateur ;
- le nombre d'emplois créés ;
- les certifications internationales visées ;
- le calendrier de montée en charge.
Une tendance ouest-africaine
La Guinée suit une voie déjà empruntée par d'autres pays de la région. Le Burkina Faso a engagé un projet comparable avec sa Raffinerie nationale d'or (RAFFINOR-BF), et le Ghana veut interdire l'exportation des minerais bruts d'ici 2030.
Pour Conakry, le défi sera de canaliser vers la raffinerie un or artisanal en grande partie informel. « Une partie importante de cette production artisanale échappe encore au contrôle de l'administration minière », a souligné Oumar Totiya Barry, directeur de l'Observatoire guinéen des mines et des métaux, cité par allAfrica.
Selon allAfrica, l'orpaillage artisanal a par ailleurs été suspendu la semaine précédant l'inauguration, officiellement pour des raisons environnementales. Cette information n'est pas reprise par les autres sources consultées.
