Que doit être un « vrai homme » en Côte d'Ivoire ? La question, longtemps laissée aux conversations de maquis et aux sermons, a désormais ses chiffres. Le rapport Masculinité et égalité femmes-hommes : perspectives de la Côte d'Ivoire et du Sénégal a été présenté le 30 juin 2026 à l'université Félix-Houphouët-Boigny, à Cocody, rapporte Sidwaya. Ses enseignements touchent la famille, le couple, le travail et la santé des hommes eux-mêmes.
Une enquête inédite
L'étude a été conduite par le Centre de développement de l'OCDE et la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD), avec l'Agence nationale de la statistique (ANStat), qui a mené la collecte sur le terrain. Selon les résultats préliminaires présentés en mars et relayés par Abidjan.net, 2 796 personnes ont été interrogées dans 1 530 ménages couvrant les huit zones linguistiques du pays, avec un taux de réponse individuel de 91,4 %.
La Côte d'Ivoire devient ainsi le premier pays à disposer de données quantitatives nationales sur les normes de masculinité. Elle est « également le premier pays pour lequel l'Indice des masculinités de l'OCDE a été calculé », a souligné Hyeshin Park, cheffe de l'unité Genre et développement du Centre de développement de l'OCDE, citée par Sidwaya. Le Sénégal, lui, n'est couvert que par des enquêtes qualitatives.
L'homme pourvoyeur, une norme quasi unanime
Les chiffres présentés en juin dessinent une image très nette :
- 96 % des personnes interrogées estiment que le rôle le plus important d'un homme est de subvenir aux besoins financiers de sa famille ;
- 84 % jugent que l'homme doit être le principal décideur du ménage, selon AllAfrica ;
- plus de 9 hommes sur 10 disent ressentir un stress constant à l'idée de ne pas pouvoir assumer cette responsabilité ;
- l'indice des normes de masculinité atteint 57 sur 100 en moyenne, avec environ 65 dans le Nord contre 53 à Abidjan et dans le Sud.
Les résultats préliminaires de mars donnaient aussi la mesure des inégalités concrètes : 73 % des hommes ont un emploi, contre 46 % des femmes ; 79 % des décisions économiques du foyer sont prises par des hommes ; et les femmes consacrent 7,3 heures par jour aux tâches domestiques et aux soins, contre 2,2 heures pour les hommes.
Les jeunes hommes plus conservateurs
C'est l'un des enseignements les plus surprenants : les jeunes hommes affichent des attitudes plus restrictives que les hommes plus âgés, alors que les jeunes femmes sont plus égalitaires. L'écart entre les sexes risque donc de se creuser dans la nouvelle génération. L'éducation reste le facteur le plus régulièrement associé à des attitudes plus égalitaires.
Le rapport met aussi en évidence un « écart silencieux » : la différence entre ce que les gens pensent personnellement et ce qu'ils croient être l'opinion de la majorité peut atteindre 30 points. Autrement dit, beaucoup d'Ivoiriens se pensent plus isolés dans leurs opinions qu'ils ne le sont réellement.
Les violences conjugales encore justifiées
Environ 30 % des femmes et 20 % des hommes déclarent avoir subi des violences conjugales au moins une fois dans leur vie, et plus des deux tiers des victimes évoquent des violences répétées. Selon les résultats préliminaires, près de 30 % de la population estime ces violences justifiées dans certaines situations, une proportion en hausse chez les femmes et les jeunes.
Les hommes aussi en paient le prix
Le rapport souligne que ces normes pèsent aussi sur les hommes. Selon les chiffres cités lors de la présentation, leur espérance de vie est inférieure de près de cinq ans à celle des femmes, leur taux de suicide est 4,6 fois plus élevé et leur consommation de tabac 20 fois supérieure.
Et maintenant ?
Les responsables présents ont plaidé pour que le rapport débouche sur des politiques publiques. « La valorisation des compétences féminines et la promotion d'une masculinité positive doivent aller ensemble », a déclaré Euphrasie Kouassi Yao, conseillère spéciale du Premier ministre chargée du genre. Le directeur de cabinet du ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfant, Moussa Diarrassouba, a souhaité que le document soit « non pas un aboutissement mais un commencement ». Il a aussi affirmé que « l'égalité n'est pas une perte, parce qu'un homme qui partage, qui écoute et qui accompagne est un homme plus libre », selon AllAfrica.
Aucune mesure concrète n'a toutefois été détaillée publiquement dans les comptes rendus consultés.
FAQ
Qui a réalisé l'enquête sur la masculinité en Côte d'Ivoire ? Le Centre de développement de l'OCDE et la Chaire UNESCO CUEFPOD, avec l'Agence nationale de la statistique (ANStat), qui a collecté les données auprès de 1 530 ménages.
Quel est le principal résultat ? 96 % des personnes interrogées estiment que le rôle premier de l'homme est de subvenir aux besoins financiers de sa famille.
Les jeunes sont-ils plus égalitaires que leurs aînés ? Les jeunes femmes, oui. Les jeunes hommes, au contraire, ont des attitudes plus restrictives que les hommes plus âgés.
Si vous êtes victime de violences conjugales ou traversez une période difficile, parlez-en à un proche ou à un professionnel de santé.
