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Sénégal : l'Assemblée rejette le budget rectificatif 2026, l'exécutif dans l'impasse

Par Ibrahime StevePublié le •Politique•0 vues
Sénégal : l'Assemblée rejette le budget rectificatif 2026, l'exécutif dans l'impasse
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Mardi 3 novembre 2026, à Dakar, la majorité Pastef a mis fin à l'examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 en adoptant une « question préalable ». Le texte est renvoyé au gouvernement sans débat sur le fond, après deux rejets en commission, et l'exécutif n'a pas encore précisé comment il comptait boucler l'exercice budgétaire.

Un rejet sans débat sur le fond

La procédure choisie par les députés est radicale. Le député Amadou Ba, du groupe majoritaire Pastef, a présenté une question préalable, une motion qui permet de déclarer qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Une fois adoptée, elle vaut rejet du projet de loi, en l'occurrence le projet n° 40/2026.

« La question préalable a été adoptée et nous considérons le projet de loi de finances rectificative rejeté », a annoncé El Hadji Malick Ndiaye, premier vice-président de l'Assemblée, selon Impact.sn.

Le décompte a varié au cours de la séance. Le premier résultat annoncé faisait état de 109 voix pour la motion, 20 contre et 3 abstentions, sur 132 votants, d'après Impact.sn et TRT Afrika. L'Assemblée a ensuite invoqué un « problème technique » ayant laissé de côté 17 votes par procuration, ce qui porte le total à 126 voix, selon Bénin Web TV et Ouestaf News.

Trois semaines de bras de fer

Ce vote clôt un feuilleton commencé en octobre. La commission des finances avait rejeté le texte une première fois le 23 octobre. Le 27 octobre, à la demande du ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, il avait été renvoyé en commission pour chercher un compromis, avant d'être rejeté une seconde fois le 30 octobre.

Le blocage s'inscrit dans la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Limogé de la primature fin mai 2026, le chef du Pastef a été élu dans la foulée président de l'Assemblée nationale. Le 19 octobre, il avait jugé le texte « pas acceptable en l'état », rapporte Ouestaf News.

Ce que reproche la majorité Pastef

Les députés de la majorité dénoncent un manque de « sincérité budgétaire ». Amadou Ba affirme que le gouvernement n'a pas transmis plusieurs documents demandés : rapports sur l'exécution des investissements publics, sur la dette publique, ainsi que des rapports du cabinet Forvis Mazars et de l'Inspection générale des finances. « Nous n'avons pas pu disposer de toutes les données pertinentes », a-t-il déclaré, selon TRT Afrika.

Le Pastef conteste aussi plusieurs prévisions, dont un déficit de 7,6 % du PIB, et doute que l'État puisse mobiliser 644 milliards de FCFA d'investissements financés par des ressources extérieures d'ici la fin de l'année, selon Ouestaf News. Le parti réclame des garanties sur le pouvoir d'achat et critique, d'après ses déclarations d'octobre, la baisse des investissements dans la santé et l'éducation.

La réponse du gouvernement

Cheikh Diba a rejeté ces critiques. Selon lui, la sincérité budgétaire « n'a jamais été un débat » à l'Assemblée, et la LFR 2025 avait elle aussi été adoptée une semaine avant la clôture de l'exercice, rapporte Impact.sn. « Ce n'est pas bon de jouer », a-t-il lancé aux députés, selon TRT Afrika.

Le gouvernement justifie la révision par la hausse des prix des hydrocarbures, la baisse des recettes et l'alourdissement du service de la dette. Ouestaf News cite les chiffres avancés par l'exécutif :

  • un manque à gagner de 340 milliards de FCFA sur les recettes ;
  • 540 milliards de FCFA de surcoût lié aux subventions pétrolières ;
  • une réduction de 555 milliards de FCFA des crédits d'investissement.

Selon TRT Afrika, l'enveloppe consacrée aux tarifs de l'électricité et au gaz domestique passerait de 250 à plus de 790 milliards de FCFA.

Trésorerie, FMI : les risques d'un blocage

Le ministère des Finances avait averti dès le 31 octobre qu'une incertitude prolongée pourrait mettre en péril le financement des dépenses de 2026. D'après l'exécutif, cité par TRT Afrika, un rejet compromettrait la fourniture d'électricité, le paiement des dettes envers les entreprises et les rappels de salaires des enseignants.

Le dossier pèse aussi sur les discussions avec le Fonds monétaire international. Un accord préliminaire a été conclu en septembre pour un programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, mais le conseil d'administration du FMI ne l'a pas encore approuvé, souligne TRT Afrika. Le Pastef a par ailleurs exprimé des réserves sur le recours au cadre commun du G20 pour le traitement de la dette.

Et maintenant ?

Le ministre a assuré que le président de la République « assumera ses responsabilités », sans préciser lesquelles, selon Ouestaf News. Jeune Afrique estime que ce rejet ravive l'hypothèse d'une dissolution de l'Assemblée. Aucune décision n'a été annoncée à ce stade.

Splash Media a suivi les étapes précédentes : le renvoi en commission du 27 octobre et le second rejet du 30 octobre.

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