Le jugement a été rendu le vendredi 6 novembre 2026 par un collège de trois juges de la Haute Cour, à Dar es Salaam. Selon Al Jazeera, la cour a écarté l'accusation de trahison, passible de la peine de mort, mais a retenu celle d'incitation. D'après l'agence Associated Press, les juges ont estimé que l'accusation n'avait pas prouvé l'intention d'intimider le gouvernement, tout en reconnaissant Tundu Lissu coupable d'avoir incité la population à perturber l'élection de 2025.
« Nous sommes convaincus qu'à travers ses déclarations, l'accusé avait l'intention de perturber les élections et de provoquer des violences », a déclaré l'un des juges, cité par Al Jazeera. Le même magistrat a ajouté : « Nous vous condamnons à quatre ans de prison, mais les portes de l'appel sont ouvertes. »
Âgé de 58 ans, Tundu Lissu est détenu depuis plus de 18 mois, selon AP. L'agence ne précise pas si cette période sera déduite de sa peine : ce point n'a pas été confirmé à ce stade. Après l'audience, il a été reconduit en prison.
« Persécution politique », dénonce l'opposant
Arrivé au tribunal sous haute sécurité, le poing levé, sous les cris de « Viva ! » de ses partisans, le président de Chadema a rejeté le verdict. Il a qualifié son procès de « persécution politique » et accusé les juges de suivre les ordres du gouvernement de la présidente Samia Suluhu Hassan, rapporte Al Jazeera.
« Je n'ai pas été inculpé d'incitation, mais vous, les juges, me condamnez pour cela. Je crois qu'il s'agissait de directives », a-t-il lancé à la cour, selon la chaîne qatarie. « Ceux qui sont innocents, comme moi, ne s'excusent pas », a-t-il également déclaré, d'après AP.
Aucune réaction officielle du gouvernement tanzanien au verdict n'était rapportée par ces deux sources au moment de la rédaction.
Les réactions à l'étranger et chez les juristes
Pour Tito Magoti, avocat tanzanien des droits humains établi à Oxford, l'abandon de la trahison est « un coup dur » pour l'État. « Cela montre qu'il n'y avait pas d'intention de l'inculper pour trahison, mais plutôt de le mettre derrière les barreaux », a-t-il déclaré à Al Jazeera.
Toujours selon Al Jazeera, des parlementaires britanniques et européens ont qualifié l'affaire de politiquement motivée et réclamé la libération immédiate de l'opposant. La correspondante de la chaîne, Catherine Soi, relève que « beaucoup de gens en Tanzanie vous diront qu'ils ont peur de s'exprimer, surtout depuis deux ans ».
Retour sur une affaire née avant la présidentielle de 2025
Tundu Lissu a été arrêté le 9 avril 2025, après un meeting en faveur de réformes électorales, et inculpé de trahison dès le lendemain, rappelle AP. Il a toujours nié tout acte répréhensible, affirmant que son discours relevait d'une campagne légitime. Il est resté en détention pendant toute la présidentielle d'octobre 2025, dont les candidats des deux principaux partis d'opposition avaient été écartés.
Samia Suluhu Hassan a été déclarée vainqueure avec 98 % des voix. Le scrutin a été suivi de manifestations réprimées dans le sang. Les bilans divergent fortement :
- 518 morts au moins selon une commission d'enquête, dont le président, Mohamed Chande Othman, estime que le bilan réel est probablement plus élevé (AP) ;
- environ 2 000 morts selon Chadema, un chiffre que l'ONU dit ne pas pouvoir vérifier (AP) ;
- des « milliers » de manifestants tués selon l'opposition et des organisations de défense des droits humains (Al Jazeera).
L'ONU a réclamé une enquête et signalé que la police avait déplacé des corps depuis des morgues vers des lieux non divulgués, selon AP.
Un opposant au parcours marqué par la violence
Tundu Lissu a survécu en 2017 à une tentative d'assassinat au cours de laquelle il a reçu 16 balles. Il a subi près de 20 opérations et a vécu plusieurs périodes d'exil, en invoquant des menaces contre sa vie. Fin octobre, il avait mis fin à une courte grève de la faim, après avoir été autorisé à rencontrer son jeune frère en privé, selon son avocat principal Rugemeleza Nshala, cité par AP. Le jour du verdict, il a demandé à la cour l'autorisation d'assister aux obsèques de son frère aîné, Alute Mughwai Lissu, décédé le dimanche précédent.
Pourquoi c'est important pour l'Afrique
La Tanzanie, longtemps présentée comme un pôle de stabilité en Afrique de l'Est, voit son image ternie par la répression post-électorale de 2025. La condamnation du principal opposant du pays relance le débat sur l'usage de la justice contre les adversaires politiques, un sujet qui traverse de nombreux pays du continent. La suite dépendra désormais d'un éventuel appel, que la cour a explicitement évoqué.
Questions fréquentes
Tundu Lissu a-t-il été condamné pour trahison ? Non. La Haute Cour a écarté l'accusation de trahison, passible de la peine de mort, mais l'a condamné à quatre ans de prison pour incitation.
Peut-il faire appel ? Oui. L'un des juges a déclaré que « les portes de l'appel sont ouvertes ». Aucun appel n'avait été annoncé officiellement dans les sources consultées.
Qui est Tundu Lissu ? C'est le président de Chadema, principal parti d'opposition tanzanien. Il a survécu à une tentative d'assassinat en 2017 et est détenu depuis avril 2025.
