C'est une décision sans précédent depuis un demi-siècle. Le dimanche 25 octobre 2026, les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé l'envoi d'unités de l'Armée nationale populaire (ANP) au Niger, en réponse à une notification du président Abdelmadjid Tebboune, rapportent Burkina24 et The Rio Times, qui s'appuie sur l'agence officielle APS.
Si le déploiement se concrétise, ce serait la première intervention militaire de l'Algérie hors de ses frontières depuis la guerre israélo-arabe d'octobre 1973, lorsque l'armée algérienne avait été engagée aux côtés de l'Égypte.
Un vote à huis clos, sans chiffres publics
Le Conseil de la nation, chambre haute, a voté à l'unanimité, selon Burkina24. L'Assemblée populaire nationale, chambre basse, a donné son feu vert à la majorité absolue, d'après The Rio Times. Les sessions se sont tenues à huis clos, et le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a présenté la position du gouvernement.
La procédure s'appuie sur l'article 91 de la Constitution algérienne, selon The Rio Times. Cette disposition soumet l'envoi d'unités de l'armée à l'étranger à l'approbation du Parlement. La notification présidentielle était datée du 22 octobre.
Plusieurs points restent flous à ce stade :
- le nombre de soldats n'a pas été rendu public ;
- la date du déploiement n'est pas fixée officiellement ;
- le lieu exact n'est pas mentionné dans les communiqués algériens ;
- les termes de l'accord avec Niamey n'ont pas été détaillés.
Madama, l'ancienne base française, évoquée
Plusieurs médias francophones affirment que les troupes algériennes s'installeraient à Madama, dans l'extrême nord du Niger, non loin de la frontière libyenne. C'est notamment ce qu'avance La Nouvelle Tribune, en citant une source sécuritaire nigérienne non identifiée. Cette information n'est pas confirmée par les textes officiels.
Le symbole serait fort. La France avait fait de Madama un poste avancé de l'opération Barkhane à partir de 2014. Après le coup d'État du 26 juillet 2023, les militaires français ont quitté le Niger, les derniers soldats partant de Niamey le 22 décembre 2023.
Pétrole, gazoduc et sécurité : ce qu'Alger veut protéger
Selon les autorités algériennes citées par Burkina24, l'objectif est de protéger les intérêts énergétiques du pays et d'appliquer l'accord bilatéral conclu avec Niamey. La compagnie publique Sonatrach détient le bloc pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger.
The Rio Times rappelle aussi le projet de gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie, que l'instabilité régionale pourrait menacer, selon un ancien ambassadeur algérien cité par le média TSA. Le nord du Niger est par ailleurs une zone de passage pour les groupes armés et les trafics entre le Sahel et la Libye.
Un rapprochement rapide entre Alger et Niamey
Le vote intervient au terme d'un réchauffement spectaculaire. Les relations s'étaient tendues en 2025, mais elles se sont nettement améliorées après la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger en février 2026, selon The Rio Times.
Le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Mody, a été reçu à Alger le 20 octobre. Il a rencontré le président Tebboune et le chef d'état-major, le général Saïd Chanegriha, et un protocole de coopération militaire a été signé, d'après Burkina24. Fin août déjà, l'Algérie avait dépêché des avions de combat Sukhoï Su-30 au Niger, après des troubles à Niamey.
Ce que l'on attend de Niamey
Au 26 octobre, aucune déclaration publique du gouvernement nigérien n'avait été relevée sur ce vote, selon The Rio Times. La réaction des autres membres de l'Alliance des États du Sahel (AES), le Mali et le Burkina Faso, est également attendue.
Le sujet est sensible à Bamako, où les relations avec Alger se sont fortement dégradées depuis 2025. Le déploiement algérien pourrait donc redessiner les équilibres sécuritaires dans le Sahel central, au moment où l'AES et la CEDEAO tentent de reconstruire un cadre de dialogue.
