À un peu plus de deux mois de la fin du mandat d'António Guterres, la course à sa succession prend un tour inattendu. Selon le Wall Street Journal, cité par Euronews et le Kyiv Post, des responsables de l'administration de Donald Trump soutiennent l'idée de faire de Viktor Orbán, ancien Premier ministre hongrois, le prochain secrétaire général des Nations unies.
L'idée serait celle d'une candidature soutenue à la fois par les États-Unis, la Russie et la Chine. Aucune décision définitive n'a toutefois été prise, et ni la Maison-Blanche ni Pékin n'ont confirmé ces informations, souligne Euronews.
Ce que rapporte le Wall Street Journal
D'après le quotidien américain, un responsable du département d'État a reconnu que l'idée pouvait sembler « folle » au premier abord, tout en estimant qu'elle pourrait rallier au moins huit, voire dix des 15 membres du Conseil de sécurité, rapporte le Kyiv Post. Une source citée par le journal résume la logique : quand les États-Unis, la Russie et la Chine veulent la même chose au Conseil de sécurité, « ils l'obtiennent généralement ».
Toujours selon le WSJ, Viktor Orbán ne se lancerait que s'il était assuré de gagner, ce qui semble aujourd'hui peu probable. Une annonce américaine formelle pourrait attendre les élections de mi-mandat aux États-Unis, le 3 novembre. Viktor Orbán n'a pas fait de commentaire.
Battu aux législatives d'avril par le parti Tisza de Péter Magyar après 16 ans au pouvoir, l'ex-dirigeant hongrois est resté proche de Donald Trump, de Vladimir Poutine et de Xi Jinping.
Des réactions immédiatement critiques
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a indiqué ne pas s'attendre à ce que la Pologne soutienne une telle candidature. Son homologue ukrainien, Andriï Sybiha, a ironisé sur les « talents magistraux de veto et de chantage » de Viktor Orbán, qui seraient selon lui mis au service de l'ONU, rapporte Euronews.
Côté russe, le vice-ministre des Affaires étrangères Alexandre Alimov a rappelé à l'agence Interfax que les membres permanents ne présentent pas de candidats : les promoteurs de l'idée devraient d'abord trouver un pays pour la proposer. La France et le Royaume-Uni disposent par ailleurs d'un droit de veto, note le Kyiv Post.
Comment est choisi le secrétaire général
Selon l'article 97 de la Charte des Nations unies, le secrétaire général est nommé par l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Un candidat doit obtenir au moins neuf voix sur 15 au Conseil, sans veto de l'un des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni). Le mandat d'António Guterres s'achève le 31 décembre 2026.
Pour départager les candidats, le Conseil organise des « sondages informels » (straw polls), où chaque membre « encourage », « décourage » ou ne se prononce pas. Selon Security Council Report, six sondages ont eu lieu entre le 30 juillet et le 16 octobre. Une sélection aussi tardive serait inédite depuis la nomination de Kofi Annan, le 17 décembre 1996.
Une course sans favori
Lors du sondage du 16 octobre, le premier à distinguer les votes des membres permanents, aucun des sept candidats n'a obtenu le soutien des cinq grandes puissances, a rapporté l'agence AP. La Costaricienne Rebeca Grynspan restait en tête avec neuf votes favorables. Selon le décompte compilé par Wikipédia à partir des fuites :
- Rebeca Grynspan (Costa Rica) : 9 « encouragés », 5 « découragés » ;
- Carolyn Rodrigues-Birkett (Guyana) : 8 et 6 ;
- Rafael Grossi (Argentine), directeur de l'AIEA : 8 et 6 ;
- Macky Sall (Sénégal) : 5 et 10 ;
- Olara Otunnu (Ouganda) : 4 et 10.
Par tradition, le poste tourne entre les régions, et c'est cette fois le tour de l'Amérique latine et des Caraïbes, avec une pression pour désigner une femme. L'ambassadeur américain Mike Waltz a toutefois déclaré à l'AP que Washington voulait surtout « le meilleur candidat ».
Et l'Afrique dans tout ça ?
Après des résultats constamment défavorables, l'ancien président sénégalais Macky Sall a retiré sa candidature à la mi-octobre. L'Ougandais Olara Otunnu, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, reste le seul candidat africain en lice, mais avec un faible soutien.
Une nouvelle candidate est aussi entrée dans la course : Lana Nusseibeh, ancienne représentante des Émirats arabes unis à l'ONU, soutenue à l'unanimité par le Conseil de coopération du Golfe, selon le Jerusalem Post.
Pour le continent, l'enjeu est concret : le secrétaire général pèse sur les opérations de maintien de la paix, très présentes en Afrique, sur l'aide humanitaire, du Soudan à la RDC, et sur la réforme du Conseil de sécurité, où l'Afrique réclame des sièges permanents. Un nouveau sondage serait prévu le 28 octobre, selon le Kyiv Post, une date qui reste à confirmer.
FAQ
Viktor Orbán est-il officiellement candidat ? Non. Il s'agit d'informations du Wall Street Journal, non confirmées par Washington. Aucun pays ne l'a formellement nommé.
Quand le prochain secrétaire général sera-t-il choisi ? Le Conseil de sécurité doit faire sa recommandation avant la fin du mandat d'António Guterres, le 31 décembre 2026, puis l'Assemblée générale valide ce choix.
Reste-t-il un candidat africain ? Oui, l'Ougandais Olara Otunnu, depuis le retrait de Macky Sall à la mi-octobre.
