Une petite zone plus clairsemée au sommet du crâne, des cheveux qui cassent, un cuir chevelu qui démange ou brûle : ces signes discrets peuvent révéler une alopécie cicatricielle centrale centrifuge, souvent désignée par son sigle anglais CCCA. Peu connue du grand public, elle est pourtant, selon l'Académie américaine de dermatologie (AAD), plus fréquente chez les femmes noires. À l'approche des fêtes de fin d'année, voici comment la reconnaître et pourquoi il ne faut pas attendre.
Une chute de cheveux qui laisse une cicatrice
La CCCA fait partie des alopécies dites « cicatricielles » : une inflammation détruit peu à peu les follicules pileux, qui sont remplacés par du tissu cicatriciel. Une fois le follicule détruit, le cheveu ne repousse plus à cet endroit. C'est ce qui la distingue de nombreuses autres chutes de cheveux, temporaires.
Selon la base de référence dermatologique néo-zélandaise DermNet, c'est la forme d'alopécie cicatricielle la plus fréquente chez les femmes noires. Elle touche surtout des femmes d'âge moyen, mais peut aussi concerner des hommes et des personnes de toutes origines. Un communiqué de l'université du KwaZulu-Natal (Afrique du Sud), publié en 2019, estimait sa prévalence entre 2,7 % et 5,6 % chez les femmes d'origine africaine, généralement âgées de 30 à 60 ans. L'AAD précise qu'elle n'est pas contagieuse.
Les signes qui doivent alerter
D'après l'AAD et DermNet, la CCCA présente plusieurs signes caractéristiques :
- une perte de cheveux qui commence au sommet ou au centre du crâne, sous forme d'une petite plaque ronde qui s'étend progressivement vers l'extérieur ;
- des cheveux qui cassent dans cette zone, parfois un signe précoce ;
- des démangeaisons, picotements, brûlures ou une sensibilité du cuir chevelu, même si certaines personnes ne ressentent rien ;
- de petites bosses sur le cuir chevelu ;
- une peau lisse et brillante là où les follicules ont disparu.
L'évolution est généralement lente, ce qui explique qu'on la remarque souvent tard. « La petite zone a tendance à s'agrandir de plus en plus sans traitement », prévient l'AAD (traduction Splash Media).
Génétique et pratiques capillaires : ce que l'on sait
Les causes exactes de la CCCA restent mal connues et sont probablement multiples, souligne DermNet. Plusieurs pistes sont étudiées :
- La génétique. La maladie touche parfois plusieurs membres d'une même famille, note l'AAD. Une étude publiée en février 2019 dans le New England Journal of Medicine a associé la maladie à des mutations du gène PADI3, qui intervient dans la formation de la tige du cheveu. Ces variants ont été retrouvés chez 5 patientes sur 16 dans le premier groupe étudié et chez 9 sur 42 dans le groupe de confirmation.
- Les pratiques capillaires. Défrisants chimiques, chaleur, tresses ou tissages très serrés sont soupçonnés depuis longtemps. Mais les études n'ont pas montré de lien constant, rappellent DermNet et une série de cas publiée en 2023 dans le JAAD Case Reports. Selon l'université du KwaZulu-Natal, la piste privilégiée est celle d'une prédisposition génétique que des facteurs extérieurs pourraient déclencher ou aggraver.
- D'autres associations ont été décrites, comme le diabète de type 2, sans que le lien de cause à effet soit établi.
Pourquoi consulter tôt
C'est le message principal des dermatologues : plus le diagnostic est précoce, plus on a de chances de freiner la maladie. « Commencer le traitement tôt peut empêcher la CCCA de s'étendre et de provoquer une perte de cheveux plus définitive », écrit l'AAD. L'organisation prévient aussi que les produits contre la chute de cheveux vendus en magasin ou en ligne ne permettent pas de la traiter efficacement.
Le diagnostic repose sur l'examen du cuir chevelu par un dermatologue, parfois complété par une petite biopsie. Le médecin peut aussi rechercher d'autres causes, comme un trouble de la thyroïde ou une carence. Le traitement, s'il est nécessaire, est prescrit au cas par cas.
Des gestes doux au quotidien
Sans prétendre prévenir la maladie, DermNet recommande d'éviter les pratiques qui agressent le cuir chevelu lorsqu'une CCCA est suspectée ou diagnostiquée :
- privilégier les coiffures naturelles et éviter celles qui tirent ou irritent ;
- limiter la chaleur (sèche-cheveux, fers, peignes chauffants) ;
- en cas de défrisage, le confier à un professionnel, espacer les applications et éviter toute brûlure du cuir chevelu.
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical. Si vous remarquez une zone qui se dégarnit au sommet du crâne, consultez un dermatologue ou un médecin.
FAQ
La CCCA est-elle causée par les tresses ? Pas de façon démontrée. Les coiffures serrées et les défrisants sont soupçonnés, mais les études n'ont pas établi de lien constant. Une prédisposition génétique est également en cause.
Les cheveux peuvent-ils repousser ? Là où le follicule a été remplacé par une cicatrice, la repousse n'est pas possible. Un traitement précoce vise surtout à stopper la progression, selon l'AAD et DermNet.
Quelle différence avec l'alopécie de traction ? L'alopécie de traction est liée aux tensions répétées sur les cheveux. La CCCA débute au sommet du crâne et implique une inflammation. Seul un dermatologue peut faire la différence.
