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Expulsions vers le Cameroun : 35 millions de dollars d'aide militaire américaine en jeu

Par Ibrahime StevePublié le •Actualités•0 vues
expulsions vers le Cameroun
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Washington aurait accepté de fournir environ 35 millions de dollars d'équipements militaires au Bataillon d'intervention rapide (BIR), une unité d'élite de l'armée camerounaise. En échange, Yaoundé accueillerait des personnes expulsées des États-Unis qui ne sont pas camerounaises. C'est ce qu'a révélé le Wall Street Journal le 29 octobre 2026, en citant des responsables américains et des collaborateurs du Congrès, selon les comptes rendus publiés par La Nouvelle Tribune et Camer.be.

Point important : ni Washington ni Yaoundé n'ont confirmé officiellement l'existence de cet accord. Selon Camer.be, le département d'État et l'ambassade du Cameroun à Washington n'ont pas commenté ses termes.

Ce que contiendrait l'accord

D'après le Wall Street Journal, tel que repris par la presse africaine, le département d'État a négocié l'aide militaire et l'accord d'expulsion en un seul paquet. L'aide comprendrait notamment des véhicules blindés de transport de troupes destinés au BIR.

Les chiffres connus restent modestes, mais ils progressent :

  • 17 personnes ont été expulsées vers le Cameroun en janvier et février 2026, selon Human Rights Watch ;
  • elles venaient de neuf pays africains : Angola, RD Congo, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Sénégal, Sierra Leone et Zimbabwe ; aucune n'était camerounaise ;
  • au moins 36 personnes ont été transférées au Cameroun depuis janvier, selon le Wall Street Journal cité par Camer.be et La Nouvelle Tribune.

Le nombre de vols, la nationalité de tous les expulsés et leur lieu d'hébergement à l'arrivée ne sont pas précisés.

Le BIR, une unité controversée

Créé au début des années 2000 et en partie formé par des instructeurs américains, le BIR est la principale force engagée contre Boko Haram dans l'Extrême-Nord du Cameroun. Il est aussi l'une des unités les plus critiquées par les organisations de défense des droits humains.

En 2017, Amnesty International a documenté des cas de torture et de détention secrète, en citant la base du BIR de Salak, près de Maroua, comme un lieu de détention non officiel. L'ONG a qualifié certains de ces abus de crimes de guerre. En 2019, lors du premier mandat de Donald Trump, Washington avait suspendu une partie de son aide sécuritaire au Cameroun en invoquant des violations des droits humains.

La loi américaine dite « Leahy » interdit en principe toute aide militaire à une unité étrangère impliquée dans des violations graves des droits humains. Selon Camer.be, qui s'appuie sur le Wall Street Journal, la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen a tenté pendant plusieurs mois de bloquer ces fonds, avant que l'équipe du secrétaire d'État Marco Rubio ne passe outre en avril 2026. Cette information n'a pas été confirmée par le département d'État.

Une politique qui vise toute l'Afrique

Le Cameroun n'est pas un cas isolé. Dans un rapport publié le 8 octobre 2026, Human Rights Watch estime que les États-Unis ont transféré plus de 500 personnes vers des pays africains qui ne sont pas les leurs. L'ONG cite six pays d'accueil : le Cameroun, la Centrafrique, la RD Congo, la Guinée équatoriale, l'Eswatini et le Soudan du Sud.

HRW décrit des passagers menottés pendant des vols de 18 heures ou plus, souvent sans savoir où ils allaient. Certains auraient été détenus arbitrairement à l'arrivée, d'autres renvoyés vers des pays où ils risquaient la persécution. « Expulser des gens vers des pays où ils n'ont jamais mis les pieds fait partie d'une politique américaine conçue pour causer de la souffrance humaine », a déclaré Michael Garcia Bochenek, directeur par intérim du programme États-Unis de HRW.

Au Cameroun, HRW indiquait en février que 15 des 17 expulsés étaient détenus à Yaoundé, sans base légale selon l'ONG, et que deux étaient déjà rentrés dans leur pays d'origine.

Ce que ça change pour l'Afrique et la diaspora

Pour les Africains installés aux États-Unis sans titre de séjour définitif, le message est clair : une expulsion ne se fait plus forcément vers le pays d'origine. Des Sénégalais, Ghanéens ou Congolais peuvent se retrouver dans un pays tiers où ils n'ont ni famille ni statut.

Pour les gouvernements africains, ces accords posent une question de souveraineté et de responsabilité : accepter de l'aide, de l'argent ou du matériel en échange de l'accueil de personnes refoulées par Washington. HRW appelle les États concernés à suspendre ces accords et à respecter le principe de non-refoulement. Les autorités camerounaises n'ont pas, à ce stade, répondu publiquement à ces critiques.

FAQ

Le Cameroun a-t-il confirmé l'accord ? Non. Ni Yaoundé ni Washington n'ont confirmé officiellement l'accord révélé par le Wall Street Journal le 29 octobre 2026.

Combien de personnes ont été expulsées vers le Cameroun ? Au moins 36 depuis janvier 2026, selon le Wall Street Journal. Les 17 premières venaient de neuf pays africains, selon Human Rights Watch.

Qu'est-ce que le BIR ? Le Bataillon d'intervention rapide est une unité d'élite de l'armée camerounaise, en première ligne contre Boko Haram et accusée d'abus graves par Amnesty International.

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