C'est une petite phrase qui a suffi à faire bouger les marchés. « Nous examinons des propositions de différents pays », a déclaré lundi 26 octobre Alexandre Alimov, haut responsable du ministère russe des Affaires étrangères, à l'agence Interfax, selon The Moscow Times. L'objectif : garantir la sécurité du transport de céréales à travers la mer Noire, devenue depuis l'été un théâtre d'attaques contre les navires et les ports.
Le diplomate a précisé que Moscou était « en dialogue avec tous les pays », y compris la Turquie, rapporte le quotidien turc Daily Sabah. Mais il a aussi douché les espoirs d'un retour rapide à la normale : « Pour l'instant, je ne vois aucune perspective de relance de l'accord céréalier. »
Les prix du blé reculent en Europe
La réaction ne s'est pas fait attendre. Sur Euronext, à Paris, le blé meunier pour livraison en décembre a perdu 2,7 % lundi, à 227,75 euros la tonne, après être descendu à 226,50 euros, son plus bas niveau depuis le 13 août, selon Investing.com. L'agence Bloomberg a elle aussi relevé que le blé effaçait la « prime » liée au risque en mer Noire après ces déclarations.
Ce recul reste fragile : aucun accord n'est sur la table, et le diplomate russe n'a pas précisé quels pays avaient fait des propositions ni leur contenu.
Pourquoi la mer Noire compte autant
La Russie et l'Ukraine ont fourni à elles deux 27 % des exportations mondiales de blé sur la campagne 2025-2026, selon une synthèse géopolitique publiée le 26 octobre. Or, depuis l'été 2026, les deux pays ont multiplié les frappes contre les navires de commerce et les infrastructures portuaires de l'autre camp.
Les chiffres donnent la mesure de la crise :
- les frappes ont mis hors service environ un tiers des capacités d'exportation de céréales des ports du Grand Odessa, en Ukraine ;
- côté russe, trois terminaux de Novorossiïsk ont été arrêtés en août, et les expéditions russes de céréales ont chuté de 73 % ce mois-là ;
- les expéditions de blé russe et ukrainien par les ports de la mer d'Azov et de la mer Noire sont quasiment à l'arrêt depuis la mi-août, selon Investing.com.
En 2022, la Turquie et l'ONU avaient négocié l'Initiative céréalière de la mer Noire, qui avait permis d'exporter près de 33 millions de tonnes de produits agricoles ukrainiens. La Russie s'en est retirée à l'été 2023, estimant que les sanctions occidentales entravaient toujours ses propres exportations alimentaires et d'engrais.
L'Égypte, premier importateur mondial, en première ligne
Pour l'Afrique, le sujet n'a rien d'abstrait. L'Égypte, premier importateur mondial de blé, a acheté plus de 82 % de son blé importé à la Russie et à l'Ukraine au premier semestre 2026, selon l'agence Reuters, reprise par CNBC Africa.
La rupture a été brutale. Selon S&P Global, les importations égyptiennes de blé ont chuté de 50 % en septembre par rapport à août, et de 74 % sur un an, à environ 359 000 tonnes. Les réserves de l'État couvrent jusqu'à six mois de consommation, selon des médias locaux citant le ministère de l'Agriculture, mais les importateurs privés, qui travaillent avec des stocks plus réduits, sont sous tension. « Le marché égyptien est en train de manquer de stock », a confié un acheteur local à S&P Global début octobre.
Le Maghreb paie plus cher
L'Algérie et la Tunisie, elles aussi très dépendantes du blé de la mer Noire, paient désormais nettement plus cher. Toujours selon S&P Global, depuis le début des perturbations en juillet, l'office algérien a payé 56 dollars de plus par tonne que lors de son dernier appel d'offres d'avant-crise, et son homologue tunisien 45 dollars de plus. Une partie des volumes vient désormais de Roumanie et de Bulgarie.
Ces surcoûts finissent tôt ou tard sur la facture des États, qui subventionnent souvent le pain, ou dans le prix payé par les consommateurs. Selon Interfax, cité par Daily Sabah, les pays africains sont par ailleurs devenus récemment de gros acheteurs de céréales russes, en particulier de blé.
Ce qu'il faut surveiller
La déclaration de Moscou intervient à la veille du sommet Russie-Afrique des 28 et 29 octobre, où la sécurité alimentaire figure parmi les sujets attendus. Reste à savoir si les « propositions » évoquées déboucheront sur un mécanisme concret de protection des navires, et si l'Ukraine, dont les exportations sont tout aussi touchées, y sera associée. Ni Kiev ni Ankara n'avaient réagi publiquement aux propos d'Alexandre Alimov dans les sources consultées.
FAQ
Pourquoi le prix du blé a-t-il baissé le 26 octobre ? Parce qu'un diplomate russe a déclaré à Interfax que Moscou étudiait des propositions pour sécuriser le transport de céréales en mer Noire. Le blé meunier a perdu 2,7 % sur Euronext.
L'accord céréalier de la mer Noire va-t-il revenir ? Pas à court terme : le même diplomate a dit ne voir « aucune perspective » de relance de l'accord de 2022, dont la Russie s'est retirée en 2023.
Quels pays africains sont les plus exposés ? L'Égypte, premier importateur mondial, qui achetait plus de 82 % de son blé importé à la Russie et à l'Ukraine, ainsi que l'Algérie et la Tunisie, qui paient leurs cargaisons plus cher depuis juillet.
