Après une semaine de colère sur les marchés d'Abobo, de Yopougon et de Daloa, le gouvernement ivoirien change de méthode pour faire baisser le prix du poisson importé. Un comité technique réunissant l'administration, les professionnels de la filière et les associations de consommateurs a été installé le lundi 26 octobre 2026 au ministère du Commerce, à Abidjan, selon l'Agence ivoirienne de presse (AIP).
Sa mission : analyser chaque maillon de la chaîne de distribution et les facteurs, internes comme externes, qui font grimper les coûts. Sa première réunion de travail est prévue ce mercredi 28 octobre.
Une crise partie des marchés
Tout est parti des commerçantes de poisson congelé. Celles du grand marché d'Abobo ont été les premières à exprimer leur colère contre la hausse des prix, comme l'a rapporté KOACI le 20 octobre. À Daloa, les vendeuses ont protesté le 21 octobre et suspendu leurs activités jusqu'au 26 octobre, selon Abidjan.net.
Le chinchard et le maquereau, vendus en cartons, sont au cœur de l'alimentation de nombreux ménages ivoiriens. Leur renchérissement touche donc directement le panier de la ménagère, dans un contexte où la vie chère reste une préoccupation majeure.
Des premières baisses obtenues
Le jeudi 22 octobre, le ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, Kalil Konaté, a réuni au Plateau importateurs, grossistes, demi-grossistes, détaillants et représentants des consommateurs. À l'issue de cette séance, le carton de 20 kg de chinchard et de maquereau est passé de 33 000 à 30 500 FCFA au niveau de l'importateur, soit une baisse de 2 500 FCFA, d'après Abidjan.net. « L'essentiel, c'est de réduire le coût de la vie pour les populations ivoiriennes », a déclaré le ministre.
Le samedi 24 octobre, l'interprofession de la filière pêche (Interpêche) a précisé la portée de la mesure lors d'une conférence de presse à Treichville. Selon KOACI, le carton de chinchard revendu aux commerçantes passe de 36 500 à 31 500 FCFA, soit 5 000 FCFA de moins.
Les chiffres clés :
- 33 000 → 30 500 FCFA : prix du carton de 20 kg à la sortie de l'importateur (−2 500 FCFA) ;
- 36 500 → 31 500 FCFA : prix du carton de chinchard pour les commerçantes, selon Interpêche (−5 000 FCFA) ;
- une vingtaine d'espèces de poisson importées sont vendues sur le marché ivoirien ;
- 12 % : part des besoins en poisson couverte par la production nationale, selon le ministre des Ressources animales et halieutiques cité par la RTI.
Les deux montants ne se contredisent pas : le premier concerne le prix de l'importateur au demi-grossiste, le second le prix payé par les vendeuses au détail. La baisse est toutefois présentée comme transitoire par le gouvernement.
Importateurs et détaillants priés de rester à leur place
Pour Interpêche, une partie du problème tient à l'organisation du marché. Certains opérateurs cumulent importation et vente au détail, ce qui brouille la formation des prix. « Il faut désormais veiller au strict respect de la chaîne de distribution », a affirmé son directeur exécutif, Habdramane Coulibaly, cité par Abidjan.net.
Les importateurs devront présenter leurs factures pour établir leurs coûts réels. Des directeurs centraux et régionaux ainsi que des inspecteurs du ministère du Commerce sont chargés de vérifier que la baisse arrive bien jusqu'aux consommateurs.
Ce que doit trancher le comité
Le comité installé le 26 octobre était présidé par le directeur de cabinet du ministre, Raymond Laurent Assoua. Il doit se pencher sur l'ensemble des espèces importées, et pas seulement sur le chinchard et le maquereau. « Nous allons travailler sur les différents facteurs pour trouver des solutions durables et applicables », a indiqué le représentant d'Interpêche, cité par l'AIP.
Le président de la Fédération ivoirienne des consommateurs Le Réveil, Soumahoro Ben N'Faly, a salué l'initiative. Les commerçantes d'Abobo et de Yopougon, elles, ont appelé au calme en attendant les conclusions, selon l'AIP. Le gouvernement a aussi annoncé la création d'une commission de suivi et d'un observatoire de la formation des prix et des marges.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
La crise rappelle la forte dépendance du pays aux importations. En 2024, les achats de viande et de poisson à l'étranger ont coûté près de 780 milliards FCFA, selon le ministre Sidi Tiémoko Touré, cité par l'AIP. Le développement de l'aquaculture locale est présenté par le gouvernement comme l'une des réponses de long terme.
À court terme, tout dépendra de la capacité du comité à obtenir des baisses sur les autres espèces et à les faire respecter sur les étals.
