Une injection tous les six mois pour se protéger du VIH : c'est la promesse du lénacapavir, recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis juillet 2025. À l'approche du 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida, et presque un an après les premières injections sur le continent, voici où en est son déploiement en Afrique.
Qu'est-ce que le lénacapavir ?
Le lénacapavir est un médicament injectable utilisé en prophylaxie préexposition (PrEP), c'est-à-dire pour prévenir l'infection chez des personnes séronégatives. Il s'administre deux fois par an. Le 14 juillet 2025, à Kigali, l'OMS l'a recommandé comme option supplémentaire de PrEP. « Alors qu'un vaccin contre le VIH reste hors de portée, le lénacapavir est ce qui s'en rapproche le plus », avait déclaré son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Les résultats des essais expliquent cet enthousiasme. Lors d'un essai mené en 2024 auprès de plus de 2 000 jeunes femmes en Afrique du Sud et en Ouganda, aucune participante ayant reçu le lénacapavir n'a contracté le VIH, rappelle Al Jazeera. Le Fonds mondial évoque une efficacité « proche de 100 % » dans les essais cliniques.
L'enjeu est considérable : selon l'OMS, environ 1,3 million de personnes ont contracté le VIH dans le monde en 2024.
Neuf pays africains en première ligne
Les premières injections ont eu lieu le 1er décembre 2025 en Eswatini, puis le même jour en Zambie, selon le magazine spécialisé Positively Aware.
En avril 2026, le Fonds mondial indiquait que des livraisons avaient atteint neuf pays : Eswatini, Kenya, Lesotho, Mozambique, Nigeria, Afrique du Sud, Ouganda, Zambie et Zimbabwe. Avec les États-Unis, il vise à atteindre 3 millions de personnes d'ici 2028.
Où en est-on concrètement ? Selon des données présentées à la conférence internationale AIDS 2026 et rapportées par le site d'information aidsmap :
- 191 620 doses avaient été livrées dans ces neuf pays, soit environ 14 % du total prévu pour 2026 ;
- près de 66 000 personnes avaient commencé le traitement dans 900 sites ;
- plus de 10 000 soignants avaient été formés.
Ces chiffres datent du milieu de l'année 2026 et ont probablement évolué depuis.
Et l'Afrique francophone ?
Aucun pays d'Afrique francophone subsaharienne ne figurait parmi les neuf premiers. Mais le Fonds mondial a étendu en avril 2026 son soutien à l'introduction du lénacapavir à douze pays supplémentaires, dont le Bénin, le Maroc et le Rwanda. Les dates de lancement dans ces pays n'ont pas été précisées.
En Côte d'Ivoire, le ministère de la Santé et le Programme national de lutte contre le sida (PNLS) ont travaillé dès octobre 2025 sur une note de politique en vue d'une « potentielle » introduction, rapportait l'Agence ivoirienne de presse (AIP). Le pays a enregistré 8 209 nouvelles infections en 2024, dont 18 % chez les 15-24 ans, selon la même source.
Des stocks encore insuffisants
Sur le terrain, la demande dépasse parfois l'offre. Aidsmap signale que le déploiement a calé en Eswatini à cause de problèmes d'approvisionnement, et que les initiations ont reculé au Mozambique faute de stocks suffisants, alors que la demande reste forte.
Le contexte financier est tendu. Selon l'ONUSIDA, cité par Al Jazeera, les financements internationaux de la lutte contre le VIH ont chuté de 18 % en 2025, à 7,3 milliards de dollars. Le nombre de personnes sous PrEP est passé de 1,4 million en 2024 à 1,1 million en 2025.
Le prix, nerf de la guerre
Aux États-Unis, le lénacapavir coûte environ 28 000 dollars par personne et par an, selon Al Jazeera. Pour les programmes financés par le Fonds mondial et le PEPFAR (le programme américain de lutte contre le sida), le laboratoire Gilead le fournit sans marge. Des génériques sont attendus dès 2027, à un prix estimé autour de 40 dollars par personne et par an. Gilead a accordé des licences à plusieurs fabricants.
L'association Médecins sans frontières (MSF) dénonce toutefois l'exclusion d'au moins 26 pays à revenu intermédiaire de l'accord sur les génériques, selon Al Jazeera.
Un outil de plus, pas une solution unique
Le lénacapavir s'ajoute aux moyens de prévention existants. « Le lénacapavir complète, et ne remplace pas, les options de prévention du VIH existantes », a résumé Aleny Cuoto, du ministère de la Santé du Mozambique, lors de la conférence AIDS 2026, selon aidsmap.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Pour savoir quelle méthode de prévention vous convient et si le lénacapavir est disponible près de chez vous, parlez-en à un médecin ou à un centre de dépistage.
FAQ
Le lénacapavir est-il un vaccin contre le VIH ? Non. C'est un médicament injectable de prévention (PrEP), à renouveler tous les six mois. Il n'existe toujours pas de vaccin contre le VIH.
Dans quels pays africains le lénacapavir est-il disponible ? En 2026, des doses ont été livrées en Eswatini, au Kenya, au Lesotho, au Mozambique, au Nigeria, en Afrique du Sud, en Ouganda, en Zambie et au Zimbabwe, selon le Fonds mondial.
Le lénacapavir arrive-t-il en Afrique francophone ? Le Fonds mondial a étendu son soutien au Bénin, au Maroc et au Rwanda. La Côte d'Ivoire prépare son introduction. Aucune date de lancement n'a été annoncée.
