Saint-Louis, Barra, Brufut, Banjul : ces noms de ports reviennent chaque jour dans les dépêches espagnoles depuis la fin de l'été. Après un premier semestre plus calme, les traversées en pirogue de l'Afrique de l'Ouest vers les îles Canaries repartent nettement à la hausse en cet automne 2026. Les chiffres, les profils et ce qu'ils disent de la jeunesse de la sous-région.
Une hausse brutale depuis la mi-août
Selon les chiffres du ministère espagnol de l'Intérieur publiés par le quotidien La Razón et repris par Madar, 4 162 personnes sont arrivées par bateau aux Canaries entre le 16 août et le 15 octobre 2026, contre 1 608 sur la même période de 2025. C'est une hausse de 159 %.
Le rythme s'est emballé : la moyenne est passée de 21 arrivées par jour avant la mi-août à 68 au cours des deux mois suivants. Sur la seule période du 16 septembre au 15 octobre, 3 378 personnes ont débarqué, contre 784 le mois précédent.
L'agence européenne Frontex fait le même constat. Dans son bilan des neuf premiers mois publié mi-octobre et résumé par PressAfrik, elle relève environ 1 900 franchissements irréguliers détectés sur la route atlantique en septembre, soit quatre fois plus qu'en août.
Sur l'année, des chiffres pourtant en baisse
Ce regain doit être replacé dans la tendance annuelle. De janvier à septembre 2026, Frontex comptabilise environ 7 100 détections sur la route des Canaries, en recul de 45 % sur un an. Au 15 octobre, le ministère espagnol recensait 8 970 arrivées depuis janvier, contre 13 491 un an plus tôt, soit une baisse de 33,5 %.
Frontex attribue ce recul aux mesures prises par la Mauritanie, puis plus récemment par le Sénégal et la Gambie avec l'Espagne et l'Union européenne, qui « ont permis de réduire significativement les départs ». Mais son directeur exécutif, Hans Leijtens, prévient que « les réseaux de passeurs ne disparaissent pas lorsque le nombre de migrants diminue ». L'agence souligne aussi que « l'instabilité au Sahel provoque des départs vers l'Atlantique et la Méditerranée occidentale ».
Qui part, et d'où ?
Selon Frontex, les Sénégalais, les Gambiens et les Marocains constituent la majorité des personnes enregistrées sur la route des Canaries. Les médias espagnols, citant des sources policières, estiment qu'environ 60 % des embarcations récentes partent de la côte atlantique marocaine, le reste d'Afrique de l'Ouest.
Les arrivées de ces derniers jours dessinent un profil précis. Le 31 octobre au soir, deux pirogues ont accosté à La Restinga, sur l'île d'El Hierro, avec 307 personnes après six jours de mer, selon l'agence EFE reprise par Infobae. Elles étaient parties de Barra et de Brufut, en Gambie. À bord se trouvaient des ressortissants du Sénégal, de Gambie, de Guinée, du Mali, de Côte d'Ivoire et du Niger, dont une majorité d'hommes, mais aussi des femmes et des mineurs.
Entre le 2 et le 3 novembre, 975 personnes réparties sur 11 embarcations sont encore arrivées aux Canaries, selon une synthèse de dépêches EFE publiée par les-canaries.fr. Les occupants ont déclaré être partis de Saint-Louis, de Dangane ou de Banjul, après cinq à neuf jours de traversée. Ces chiffres sont provisoires et n'émanent pas d'un communiqué officiel.
Une question d'emploi et d'avenir
Derrière ces chiffres se pose la question de l'avenir des jeunes de la sous-région. Environ 15 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail en Afrique subsaharienne, selon la Banque mondiale, qui estime qu'il faudrait créer autant d'emplois chaque année pour les absorber. Le contraste entre ce flux de nouveaux actifs et le nombre d'emplois formels disponibles nourrit, d'une génération à l'autre, la tentation du départ.
La traversée reste extrêmement dangereuse. Les embarcations restent jusqu'à neuf jours en mer, et une partie des pirogues est interceptée ou secourue avant d'atteindre l'archipel. Sur la Méditerranée, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que près de 2 000 personnes y ont perdu la vie depuis le début de l'année, selon PressAfrik. Aucun bilan consolidé et récent des décès sur la route atlantique n'a pu être vérifié pour cet article.
Ce qu'il faut surveiller
Les prochains bilans de Frontex et du ministère espagnol de l'Intérieur diront si la hausse se confirme. Côté africain, l'efficacité des dispositifs de surveillance côtière et, surtout, l'offre d'alternatives économiques pour les jeunes resteront au cœur du débat.
FAQ
Les départs vers les Canaries augmentent-ils en 2026 ? Sur l'année, ils baissent : environ 7 100 détections de janvier à septembre selon Frontex (−45 %). Mais depuis la mi-août, les arrivées ont fortement accéléré (+159 % sur deux mois selon l'Espagne).
D'où partent les pirogues ? Environ 60 % des embarcations récentes partent de la côte atlantique marocaine, selon des sources policières espagnoles. Les autres partent du Sénégal (Saint-Louis, Dangane) et de Gambie (Banjul, Barra, Brufut).
Quelles nationalités sont les plus représentées ? Selon Frontex, les Sénégalais, les Gambiens et les Marocains sont majoritaires sur la route des Canaries.
