Le gaspillage alimentaire sort de l'ombre en Côte d'Ivoire. Le jeudi 22 octobre 2026 à Abidjan, le Comité de concertation État-secteur privé (CCESP) a présenté une étude sur l'opportunité d'un cadre légal contre le gaspillage, devant plus de 60 représentants de l'administration, des entreprises et de la société civile, rapporte Fraternité Matin, repris par AllAfrica. Sa principale proposition : un pacte national plutôt qu'une loi immédiate.
89 kg par habitant et par an
L'étude s'appuie sur les estimations du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Selon elles, les ménages ivoiriens jetteraient environ 89 kg de nourriture par personne et par an. À l'échelle du pays, cela représente près de 2,9 millions de tonnes.
Ces chiffres doivent être lus comme des ordres de grandeur. Le rapport lui-même le souligne, faute de données nationales de référence : aucune grande enquête ivoirienne ne mesure aujourd'hui ce que les familles, les restaurants ou les commerces jettent réellement.
Un problème mondial, mal mesuré en Afrique
Le dernier rapport du PNUE sur l'indice du gaspillage alimentaire, publié en 2024, donne la mesure du phénomène. En 2022, 1,05 milliard de tonnes de nourriture ont été gaspillées dans le monde, soit environ 19 % des aliments disponibles pour les consommateurs. Les ménages en sont responsables à 60 %, avec en moyenne 79 kg par personne et par an.
Plusieurs enseignements du rapport concernent directement l'Afrique de l'Ouest :
- le gaspillage n'est pas un problème de pays riches : l'écart entre pays à revenu élevé, intermédiaire supérieur et intermédiaire inférieur n'est que de 7 kg par habitant et par an ;
- la chaleur compte : selon le PNUE, les ménages des pays les plus chauds semblent jeter davantage de nourriture ;
- le coût climatique est lourd : les pertes et le gaspillage alimentaires représentent 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ;
- le paradoxe social est criant : 783 millions de personnes souffraient de la faim au moment de l'étude.
Les données africaines restent rares. Pour l'Afrique subsaharienne, le PNUE ne disposait que de 44 points de données issus de 14 pays, souligne le site The Exchange Africa. Le rapport suggère que le gaspillage y est en général plus faible en milieu rural, peut-être parce que les restes y nourrissent les animaux ou finissent en compost.
Neuf recommandations, 52 mesures
Face à ce constat, l'étude du CCESP écarte l'adoption immédiate d'une loi spécifique. Elle recommande une approche « mixte et progressive », déclinée en neuf recommandations et 52 mesures. Parmi elles :
- mesurer enfin les pertes et le gaspillage ;
- moderniser les règles sur les dates de consommation ;
- sécuriser juridiquement les dons alimentaires ;
- ajuster les incitations fiscales pour encourager ces dons.
Priorité affichée : un pacte national contre le gaspillage alimentaire. Il réunirait l'État, les entreprises, la grande distribution, les restaurateurs et les structures de redistribution, comme les banques alimentaires et les associations. Les participants ont aussi évoqué la création d'un groupe de travail placé sous l'égide du CCESP.
Représentant le ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté, le directeur de cabinet Kouadio Jules a appelé à passer « d'une logique de perte à une logique de valorisation, et d'une logique de gaspillage à une logique de partage ». Au nom du CCESP, Georges Copré a, selon Fraternité Matin, insisté sur l'enjeu économique : réduire les coûts, créer des emplois et préserver les ressources.
Et maintenant ?
La prochaine étape consiste à transformer ces recommandations en engagements concrets, note le quotidien ivoirien. Aucun calendrier n'a été rendu public pour la signature d'un éventuel pacte.
Pour les familles, l'enjeu est aussi budgétaire. Chaque kilo de riz, de pain ou de fruits jeté est un kilo acheté pour rien.
FAQ
Combien de nourriture les Ivoiriens gaspillent-ils ? Environ 89 kg par personne et par an, soit près de 2,9 millions de tonnes à l'échelle du pays, selon les estimations du PNUE citées par le CCESP. Ce sont des ordres de grandeur, faute de données nationales.
La Côte d'Ivoire va-t-elle adopter une loi contre le gaspillage alimentaire ? Pas dans l'immédiat. L'étude présentée le 22 octobre 2026 recommande d'abord un pacte national et des mesures progressives, comme la révision des règles sur les dates de consommation et des incitations fiscales aux dons.
Le gaspillage alimentaire concerne-t-il seulement les pays riches ? Non. Selon le PNUE, l'écart de gaspillage des ménages entre pays riches et pays à revenu intermédiaire n'est que de 7 kg par habitant et par an.
