Prévenir ne suffit pas. C'est la conclusion d'une étude publiée dans le Bulletin of the American Meteorological Society et présentée le 2 novembre 2026 par l'université de Bristol. Dirigée par la climatologue Elizabeth Kendon, de l'Institut Cabot pour l'environnement, elle associe des chercheurs britanniques, européens et d'Afrique australe.
Une alerte reçue, une évacuation rarement suivie
Les chercheurs ont interrogé des ménages dans trois pays exposés aux cyclones de l'océan Indien. La grande majorité des personnes interrogées disent avoir reçu l'alerte :
- 90 % à Madagascar ;
- 80 % au Malawi ;
- 77 % au Mozambique.
Pourtant, moins de la moitié des répondants ont évacué après l'alerte, selon le communiqué de l'université. Les auteurs identifient trois grands freins : des alertes trop tardives, une méfiance envers leur contenu, et une capacité limitée à partir, ce qu'ils appellent « l'immobilité involontaire » : ne pas avoir où aller, de quoi se déplacer ou à qui confier ses biens.
« Les systèmes d'alerte précoce exigent plus que des prévisions exactes », résume Elizabeth Kendon (traduction Splash Media). La chercheuse insiste aussi sur un point : avec le changement climatique, des extrêmes jamais observés vont survenir, et l'anticipation ne peut plus se fonder sur la seule mémoire des catastrophes passées.
Des catastrophes qui se répètent
L'étude rappelle l'ampleur du risque. Au moins 13 millions de personnes ont été touchées par des événements liés au climat en Afrique en 2025. Le cyclone tropical Freddy, en février 2023, a fait plus de 1 500 morts, et la sécheresse de 2015-2016 en Afrique australe a menacé la sécurité alimentaire de 40 millions de personnes.
Madagascar en a encore fait l'expérience cette année. En février 2026, le cyclone Gezani a fait au moins 59 morts et 15 disparus, selon le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC), cité par l'agence Reuters. Le BNGRC comptait aussi 16 428 déplacés, 804 blessés et près de 424 000 personnes affectées. Une dizaine de jours plus tôt, la tempête Fytia avait tué 14 personnes et déplacé plus de 31 000 habitants, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU.
Six priorités pour sauver des vies
Pour que l'alerte se traduise en protection, les auteurs proposent six chantiers :
- se préparer à des événements sans précédent ;
- tester sous contrainte les systèmes d'alerte ;
- renforcer les services météorologiques nationaux ;
- associer les communautés à la conception des alertes ;
- combiner savoirs locaux et connaissances scientifiques ;
- mieux coordonner les différentes administrations.
Autrement dit, un SMS ou un message radio ne protège personne si les habitants n'y croient pas, s'il arrive trop tard ou s'ils n'ont aucun moyen de partir.
Une saison 2026-2027 annoncée moins cyclonique, mais pas sans danger
À Madagascar, les prévisions saisonnières de la Direction générale de la météorologie (DGM), relayées en octobre par L'Express de Madagascar, tablent sur moins de cyclones que la normale : entre zéro et deux pourraient toucher directement l'île. Sous l'influence d'El Niño, les trajectoires devraient plutôt se décaler vers le sud, selon le forum régional SWIOCOF-15.
Le journal souligne toutefois qu'un seul cyclone suffit à provoquer de lourds dégâts. Les prévisionnistes annoncent par ailleurs :
- un Sud et un Ouest secs, avec un risque de sécheresse marquée en janvier dans plusieurs régions, dont le Menabe, l'Anosy et l'Androy ;
- un Nord et un Est proches de la normale ou plus humides, avec des risques de fortes pluies, de glissements de terrain et d'inondations ;
- une chaleur excessive sur presque toute l'île, avec un possible nouveau record de température.
Le premier système de la saison, la tempête tropicale modérée Agueda, a été baptisé le 20 octobre. Il est resté loin des côtes et n'a donné lieu à aucune alerte cyclonique, selon L'Express de Madagascar.
Un enjeu de société, pas seulement de météo
L'étude de Bristol déplace le débat : la question n'est plus seulement de prévoir le temps, mais de savoir si les familles ont confiance dans les messages reçus et les moyens d'agir. Transport, abris, protection des biens et du bétail, information dans les langues locales : autant de leviers qui relèvent des politiques publiques et des communautés elles-mêmes.
FAQ
Pourquoi les habitants n'évacuent-ils pas après une alerte cyclonique ? Selon l'étude, à cause d'alertes tardives, d'une méfiance envers leur contenu et d'une incapacité matérielle à partir.
Combien de cyclones sont attendus à Madagascar en 2026-2027 ? La météo malgache prévoit entre zéro et deux cyclones touchant directement l'île, soit moins que la normale.
Quel a été le bilan du cyclone Gezani ? Au moins 59 morts, 15 disparus et 16 428 déplacés selon le BNGRC, cité par Reuters en février 2026.
