Quand on pense récif en Afrique de l'Est, on imagine des coraux multicolores. Au Mozambique, des scientifiques viennent pourtant de décrire des récifs d'un tout autre genre : faits non pas de corail, mais de tourbe, c'est-à-dire de la matière végétale accumulée par d'anciennes forêts et zones marécageuses aujourd'hui sous la mer.
Une forêt sous la mer
L'étude, publiée dans la revue Scientific Reports (DOI : 10.1038/s41598-026-65430-7), est présentée comme la première étude écologique consacrée aux récifs de tourbe tropicaux, selon le magazine Discover Wildlife. Elle a été menée par le Bazaruto Center for Scientific Studies (BCSS), dont le cofondateur de l'observatoire océanique, Mario Lebrato, est l'auteur principal.
Le scénario est le suivant : en montant, la mer a envahi des marécages côtiers et leurs arbres. Les vagues ont ensuite emporté les sédiments et mis à nu la tourbe sous-jacente, offrant une surface dure sur laquelle les êtres vivants ont pu s'installer. Les datations au carbone 14 situent la formation de ces dépôts entre environ 300 et 5 000 ans.
Une nurserie pour les poissons
Les récifs étudiés se trouvent à faible profondeur, entre 2 et 4 mètres, dans une eau de 24,5 à 28,6 °C qui peut varier de 4 °C dans une même journée. Malgré l'absence de corail, la vie y abonde :
- chacun des trois récifs étudiés abrite 26 à 36 espèces de petits poissons, un mélange proche de celui d'un récif corallien voisin ;
- au total, 41 espèces de petits poissons ont été observées à la fois sur les récifs de tourbe et sur les récifs coralliens proches, même si les communautés restent différentes, précise Notre-Planète.info ;
- langoustes, huîtres et balanes se cachent dans les crevasses ;
- herbiers marins, macroalgues et éponges colonisent les surfaces ;
- des tortues vertes et des dugongs ont été vus à proximité, en train de brouter les herbiers.
Les jeunes poissons de récif, comme les vivaneaux et les gorettes, s'y abritent. Mario Lebrato décrit ces récifs comme « une nurserie pour les poissons de récif », rapporte Discover Wildlife.
Un possible puits de carbone
La tourbe n'a pas oublié son passé terrestre. Certains échantillons contiennent jusqu'à 40 % de carbone organique en masse sèche. Ces récifs pourraient donc constituer un habitat de « carbone bleu », ces écosystèmes côtiers qui stockent du carbone. Les chercheurs restent prudents : leur rôle dans le stockage durable du carbone n'est pas encore établi et demande d'autres études.
Des habitats fragiles à protéger
Ces récifs restent vulnérables : de fortes tempêtes peuvent les ensevelir sous le sable, les mettre à nu ou les endommager. Pour Mario Lebrato, ces résultats montrent l'intérêt de protéger des habitats jusqu'ici négligés, et pourraient nourrir les politiques de conservation dans d'autres régions du monde au profil similaire.
La découverte rappelle que les côtes africaines recèlent encore des écosystèmes peu étudiés. Le site Le360 Afrique a d'ailleurs résumé la trouvaille d'une formule : une forêt engloutie « nourrit encore la mer ».
FAQ
Qu'est-ce qu'un récif de tourbe ? Un récif formé non pas de corail mais de tourbe, de la matière végétale issue d'anciennes forêts et zones marécageuses submergées, sur laquelle s'installent algues, invertébrés et poissons.
Où se trouvent ces récifs ? Dans les eaux peu profondes de l'archipel de Bazaruto, au large du Mozambique, entre 2 et 4 mètres de profondeur.
Quel âge ont-ils ? Les datations au carbone 14 situent la tourbe entre environ 300 et 5 000 ans.
Sources : Discover Wildlife, Notre-Planète.info, Le360 Afrique, EurekAlert!.
