La Côte d'Ivoire, le Mali et la Guinée veulent désamorcer les conflits entre éleveurs et agriculteurs avant le retour de la saison sèche. Au terme d'une semaine de concertations à Odienné, chef-lieu de la région du Kabadougou, les trois pays ont adopté la « Déclaration d'entente d'Odienné », un engagement tripartite sur la gestion de la mobilité du bétail dans le Wassoulou, l'espace frontalier qu'ils partagent.
L'adoption du texte a été rapportée le 28 octobre 2026 par Le360 Afrique, qui reprend l'agence marocaine MAP, et par la revue de presse d'allAfrica. Selon ces deux sources, les consultations se sont tenues du 19 au 23 octobre. Abidjan.net, qui a couvert l'ouverture, annonçait de son côté des travaux du 19 au 21 octobre.
Ce que prévoit la déclaration d'Odienné
D'après Le360, le texte engage les trois États sur plusieurs points concrets :
- renforcer la coopération institutionnelle et transfrontalière ;
- garantir un accès équitable et réglementé aux ressources naturelles partagées, à commencer par l'eau et les pâturages ;
- harmoniser les calendriers de transhumance ;
- coordonner les campagnes de vaccination du bétail et partager les itinéraires des troupeaux ;
- créer un comité tripartite chargé de suivre les engagements ;
- donner plus de place aux organisations d'éleveurs dans la gestion de la transhumance.
La déclaration veut aussi faire du Wassoulou un espace de développement partagé, qui associe les jeunes et les femmes. Le texte intégral n'a pas été rendu public à ce stade, et ni le calendrier de mise en place du comité tripartite ni son financement n'ont été précisés.
Pourquoi la transhumance crée des tensions
À la saison sèche, les éleveurs déplacent leurs troupeaux sur de longues distances à la recherche d'eau et de pâturages. Ces mouvements traversent des frontières, des champs et des terroirs villageois, ce qui provoque régulièrement des frictions avec les communautés d'accueil.
Les participants ont listé les principaux points de tension : l'accès à l'eau et aux pâturages, le vol de bétail, les feux de brousse et la sécurisation des espaces pastoraux. À l'ouverture des travaux, Hubert Bié, secrétaire permanent du Comité national du CILSS en Côte d'Ivoire, a appelé à répondre « au manque d'eau, à l'insuffisance des ressources fourragères et aux conflits d'usage », selon Abidjan.net.
Représentant le ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques, son conseiller technique Dagnogo Komissiri a insisté sur l'organisation des pistes pastorales, la médiation locale et « le suivi sanitaire des troupeaux », rapporte le même média.
Un appel à passer des engagements aux actes
Le conseiller technique du Premier ministre ivoirien, Patrick Christian Kakou (orthographié Kacou Christian Patrick par Abidjan.net), a plaidé pour des résultats tangibles. « Aucun de nos trois pays ne peut à lui seul apporter des réponses durables à des problématiques qui dépassent nos frontières », a-t-il déclaré, selon Le360. Il a appelé à une coopération « plus structurée, plus opérationnelle et résolument tournée vers les résultats ».
Dès l'ouverture, il avait défendu « une approche axée sur la prévention des conflits et une gouvernance pastorale participative » et proposé une feuille de route assortie d'un mécanisme tripartite de suivi, selon Abidjan.net. Le coordonnateur du projet PEPISAO, Moussa Assoumane, a pour sa part salué l'attachement des trois pays au dialogue et aux solutions négociées.
Un cadre régional porté par le CILSS
La rencontre a été initiée par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), avec l'appui de la CEDEAO, de l'Agence française de développement (AFD) et de l'Union européenne, dans le cadre de la Semaine du pastoralisme. Elle s'inscrit dans la deuxième phase du projet PEPISAO (Élevages et pastoralisme intégrés et sécurisés en Afrique de l'Ouest), soutenu par l'AFD.
L'accord a une portée politique particulière : le Mali a quitté la CEDEAO et forme avec le Burkina Faso et le Niger l'Alliance des États du Sahel (AES). La coopération technique sur la transhumance se poursuit donc au-delà des divergences institutionnelles, alors que les discussions entre la CEDEAO et les pays de l'AES ont repris en octobre. Les organisations interprofessionnelles du secteur, dont l'OIA-GRCI en Côte d'Ivoire, sont invitées à travailler avec leurs homologues malienne et guinéenne.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la déclaration d'entente d'Odienné ?
C'est un engagement commun de la Côte d'Ivoire, du Mali et de la Guinée, adopté fin octobre 2026 à Odienné, pour encadrer la transhumance transfrontalière dans le Wassoulou : calendriers harmonisés, vaccinations coordonnées, partage des itinéraires et comité tripartite de suivi.
Qu'est-ce que le Wassoulou ?
C'est une zone frontalière partagée par le nord-ouest de la Côte d'Ivoire, le sud du Mali et le nord-est de la Guinée, où les troupeaux circulent d'un pays à l'autre.
Qui soutient cette initiative ?
Le CILSS a initié la rencontre, avec l'appui de la CEDEAO, de l'AFD et de l'Union européenne, dans le cadre du projet régional PEPISAO.
