L'espoir porte un nom swahili : Tumaini. C'est ainsi qu'a été baptisé l'essai clinique qui doit enfin dire si un vaccin peut protéger contre le virus Bundibugyo, à l'origine de l'épidémie d'Ebola qui frappe la République démocratique du Congo depuis mai. Les premiers participants ont été vaccinés le vendredi 23 octobre à Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri et épicentre de l'épidémie, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Un essai pour combler un vide : aucun vaccin homologué contre Bundibugyo
Il existe des vaccins contre Ebola, mais ils visent la souche Zaïre, la plus fréquente. Contre le virus Bundibugyo, « il n'existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique », rappelle l'OMS dans son bulletin du 23 octobre. C'est tout l'enjeu de cet essai de phase 2/3 : vérifier, à grande échelle, si des vaccins existants ou nouveaux protègent contre cette souche.
« Cet essai nous aidera à comprendre si l'un des vaccins candidats conçus pour le virus Bundibugyo fonctionne », a écrit le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, sur les réseaux sociaux, selon Al Jazeera, qui cite l'AFP. Il précise que l'OMS « soutient cet effort mené par la RDC ».
Pour mesurer l'enjeu, il faut rappeler les chiffres. Selon les autorités congolaises, reprises par l'OMS, la RDC comptait au 20 octobre :
- 9 704 cas confirmés ;
- 4 687 décès, soit un taux de létalité de 48,3 % ;
- 2 595 guérisons ;
- des cas dans 66 zones de santé réparties sur huit provinces.
D'après l'agence Xinhua, il s'agit de l'épidémie d'Ebola la plus grave jamais enregistrée en RDC et de la deuxième au monde, après celle d'Afrique de l'Ouest en 2014-2016.
Comment fonctionne l'essai Tumaini
L'essai repose sur une plateforme dite « adaptative » : un seul protocole permet de tester plusieurs vaccins, et d'en ajouter en cours de route. Il évalue leur sécurité, la réponse immunitaire qu'ils provoquent et leur efficacité.
La méthode retenue est la vaccination « en anneau » : on vaccine en priorité les contacts des personnes malades, les plus exposés au virus. Autre particularité relevée par Al Jazeera : l'essai inclut les femmes enceintes et les enfants à partir de 12 ans, deux groupes souvent exclus des essais cliniques alors qu'ils paient un lourd tribut lors des épidémies.
Le premier vaccin testé est l'Ervebo, homologué contre la souche Zaïre mais dont l'efficacité contre Bundibugyo n'est pas démontrée. Deux candidats conçus spécifiquement contre Bundibugyo doivent rejoindre l'essai « prochainement », selon la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), qui les finance :
- un vaccin à vecteur adénoviral (ChAdOx1) de l'université d'Oxford, développé avec le Serum Institute of India selon Xinhua ;
- un vaccin à ARN messager de l'américain Moderna.
Ces deux candidats en sont encore à des essais plus restreints. Le nombre total de participants prévus à Bunia n'a pas été communiqué.
Une épidémie qui a franchi les frontières
L'essai démarre alors que le virus voyage. Au Kenya, le ministère de la Santé a annoncé le 23 octobre un deuxième décès, celui d'une femme de 65 ans, proche parente du premier patient, et un total de neuf cas confirmés, rapporte Al Jazeera. Les autorités kényanes affirment que tous les cas appartiennent à « un seul foyer, sans preuve de transmission communautaire », et que 135 contacts ont été placés en quarantaine. Splash Media avait déjà suivi l'apparition des premiers cas au Kenya.
Au Nigeria, un premier cas importé a été confirmé à Abuja et 44 contacts sont suivis, selon l'OMS (lire notre article sur le cas d'Abuja). L'Ouganda, qui avait déclaré la fin de son épidémie en août, interdit désormais le transit aux voyageurs revenant récemment de RDC, selon Al Jazeera.
L'OMS a déclaré l'épidémie urgence de santé publique de portée internationale, et l'Africa CDC l'a classée urgence de sécurité sanitaire continentale.
Ce que ça change pour les lecteurs africains
À court terme, rien ne change pour le grand public : l'essai vaccine des personnes exposées dans la zone de l'épidémie, et les résultats prendront du temps. Mais s'il démontre qu'un vaccin protège contre Bundibugyo, les équipes de riposte disposeraient d'un outil qui leur manque aujourd'hui, comme l'Ervebo a changé la lutte contre la souche Zaïre.
En attendant, l'OMS évalue le risque « très élevé » en RDC, « élevé » dans les pays voisins et « faible » dans le reste de la région africaine et dans le monde, une évaluation qu'elle indique être en cours de révision. Elle déconseille toute restriction de voyage ou de commerce avec les pays touchés. Les gestes de prévention restent ceux que nous avons détaillés dans notre article Ebola Bundibugyo : symptômes, transmission et prévention.
FAQ
Existe-t-il un vaccin contre Ebola Bundibugyo ? Non. Selon l'OMS, aucun vaccin ni traitement spécifique n'est homologué contre cette souche. L'essai Tumaini doit vérifier si l'Ervebo ou de nouveaux candidats peuvent protéger.
Qui peut être vacciné dans le cadre de l'essai ? Les contacts à haut risque des malades, dans la zone de Bunia, selon le principe de la vaccination en anneau. L'essai inclut les femmes enceintes et les enfants de 12 ans et plus.
L'épidémie touche-t-elle d'autres pays que la RDC ? Oui. Des cas ont été confirmés au Kenya (neuf cas, deux décès selon le ministère kényan) et au Nigeria (un cas importé). L'Ouganda a été touché plus tôt dans l'année.
